In a Heartbeat (2017)

Pontage coronarien

In a Heartbeat

Année : 2017

Réalisation :

Beth David et Esteban Bravo

2/10

 

 

Vu le : 9 août 2017

Petite leçon sur l’art par Douglas Sirk (celui dont les mélodrames acidulés se passaient de petits cœurs animés et des caricatures antipathiques) :

 

Raconter une histoire, ce n’est pas faire de la politique. Exemple parfait donc en quatre minutes de ce qu’il ne faut pas faire en matière d’art (en matière publicitaire, c’est parfait). In a Heartbeat, c’est encore l’illustration de ce qu’est la pollution dans « l’art » du politiquement correct,

L’art n’est pas un prospectus publicitaire. Il se montrera peut-être efficace en terme de propagande pour prêcher des convaincus, se donner bonne conscience une fois que la guerre sera finie ou sur le point de l’être, comme d’autres changent de camp à la fin des guerres pour être toujours du côté des vainqueurs. Parce qu’on ne défend pas (réellement) une cause (qu’elle nous soit personnelle ou qu’on croit juste, peu importe) en prenant l’art comme moyen de lutte idéologique.

Certains films de propagande sont amusants à voir cinquante ans après, on rira peut-être de celui-là, un jour. En attendant, c’est du terrorisme, de la dictature, pro-LGBT, comme il y a des terroristes de la bonne conscience gauchiste, antiraciste, féministe, végétaliste. Qu’importe la cause. Aucune cause n’est juste quand on choisie l’art comme étendard. “Nous” et “eux”, les “bons”, et les “méchants”. Si « tu n’es pas avec nous, tu es fasciste, intolérant, or whatever ». Ben non, comme dirait Douglas Sirk, il faut faire confiance à l’intelligence et à l’imagination du spectateur, pas se faire le reflet de la bonne conscience d’une époque. Une œuvre d’art questionne, pose parfois certains constats mais ne jamais y répond, met en lumière les contradictions des discours, la difficulté de tenir une idéologie, bref, met sous le feu des projecteurs tous nos petits travers, les dilemmes de nos basses existences, nos nécessaires imperfections, avec parfois des morales qui s’imposent pour chaque spectateur mais que jamais l’œuvre ou son auteur n’auront cherché à imposer, sinon en lui faisant croire.

Seuls la propagande et la publicité brossent le spectateur dans le sens du poil, définissent des archétypes manichéens pour nous plonger dans un monde simplifié, rassurant, où nous n’aurions plus à réfléchir, à forcer notre intelligence.

Le meilleur film sur l’homosexualité ne peut être qu’un film avec des homosexuels, sans tenir de discours, sans forcer de morale. Un bon film, quand sa conclusion et sa morale paraissent évidentes, ne sert, là, que des lieux communs, mais les seuls dont l’humanité et le spectateur aient finalement besoin depuis la nuit des temps : c’est compliqué, mais il faut être tolérant, s’aimer, ne pas succomber à la facilité, etc. Et on fait tout le contraire dans ce film. Le sujet est montré de manière niaise, montre de gentils homos contre de méchants intolérants, et la facilité c’est précisément de tomber dans ce piège de l’amour idyllique contre lequel tout, et tous, s’opposent. On prend le spectateur par la main, on lui dit « nous », et on montre du doigt « eux », ceux qui ne pensent pas « comme nous ». Il n’y a aucune différence avec la haine de l’autre parce qu’il est homo, juif, petit, gros ou laid : la question est de toujours voir les choses de manière binaire et de montrer du doigt des coupables, des individus différents, des méchants.

Un film vulgaire, niais, abêtissant, faux-cul, gonflé comme un foc : le vent pile poil dans le dos et en avant toute. Pire que tout, il est inefficace comme une pub de la sécurité routière et sert ceux qui les commandites, pas ceux qu’il est supposé défendre.

Deux films au hasard, parmi tant d’autres, à préférer à ces quatre minutes d’intolérance correcte : La Rumeur et Thé et Sympathie.

Meurtres dans la 110e rue, Barry Shear (1972)

Meurtres dans la 110e rue

Across 110th StreetAnnée : 1972

Réalisation :

Barry Shear

8/10 lien imdb
Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Avec :

Anthony Quinn, Yaphet Kotto, Anthony Franciosa

Vu le : 24 juillet 2017

 

(Yaphet Kotto encore de la partie, quel formidable acteur…)

Polar sale et méchant avec un parti pris très en faveur des Noirs against ze rest of ze world. Qu’ils soient flics ou criminels, les Noirs sont toujours ou presque présentés de manière positive. C’est pas que c’est particulièrement bien finaud (peut-être même un peu opportuniste quelques mois après les révoltes raciales dont il est question dans le film), mais le pari, il faut le reconnaître est très bien tenu, parce que les séquences entre les criminels ayant pour but de les rendre plus humains (c’est la faute de la misère, de la société, etc., loin des monstres sans relief de nombreux films) sont de loin les meilleures séquences du film.

Direction d’acteurs et interprètes impeccables, un peu comme si une même classe d’acteurs de Cassavetes s’immisçait dans un même polar. Difficile sans doute aujourd’hui de s’en satisfaire, mais ça devait être à l’époque un petit exploit (puisque ces acteurs sont noirs, je le rappelle) et on n’est pas encore (ou pas tout à fait) dans la blaxploitation. De leur côté, Kotto et Anthony Quinn sont parfaits dans leur rôle respectif mais leurs chamailleries sont trop répétitives. L’intérêt, paradoxalement est ailleurs.

Fiamma que non si spegme, Vittorio Cottafavi (1949)

La flamme qui ne s’éteint jamais

Fiamma que non si spegmeAnnée : 1949

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

8/10 lien imdb
Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Vu le : 4 janvier 2017

 

Encore un portrait de femme réussi pour Cottafavi, même si l’accent est plus porté ici sur le fils et son sacrifice final (tiré d’une histoire vraie semble-t-il : un carabinier préférant avouer un crime qu’il n’a pas commis pour que des innocents ne soient pas exécutés « pour l’exemple »).

Jean-François Rauger ne s’y était pas trompé en évoquant la scène au cœur du film dans un de ses papiers (présentation vidéo plutôt[1]) : la femme reçoit une lettre de son mari au front, et rentre chez elle, joyeuse, annoncer la nouvelle à son beau-père ; sauf que ce dernier vient, lui, de recevoir la nouvelle de sa mort… Aucun dialogue, mais un travelling arrière d’accompagnement gesticulant dans l’étroitesse de la maison jusqu’à la compréhension et le passage du bonheur à la sidération… Cottafavi ne s’arrête pas là, il suit la femme dans sa chambre et achève sa séquence magistralement avec un gros plan de dos sur la tête de cette femme qui vient de tout perdre et qui tourne la tête vers nous en guise de conclusion. C’est beau comme du Tarkovski. Le reste du film se tient très bien, mais cette séquence est admirable. À l’image de la Trilogie d’Apu[2], le récit a beau être centré sur le personnage principal, on n’en a que pour la mère.


[1] ‘Analyse de 5 séquences’

[2] La Complainte du sentier

Femmes libres, Vittorio Cottafavi (1954)

Principes d’évaporations moraux

Una donna libera

Année : 1954

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

8/10 lien imdb
Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

 

Avec :

Françoise Christophe,
Pierre Cressoy
Gino Cervi
Vu le : 23 juillet 2017

Remarquable petit drame, là encore, enfermé dans une bogue de noir, façon « flash-back, comment j’en suis arrivé là ».

Ça ressemble quand même pas mal de mémoire aux Amants passionnés[1] de David Lean tourné quatre ans avant. On a même droit aux séquences identiques sur terrasse avec vue sur un lac…

Au-delà de la copie (ou de la simple ressemblance), le petit drame bourgeois présenté est typique de ce qu’il se fait de mieux à l’époque pour décrire la condition de la femme et ses petits dilemmes. Être libre, indépendante, se couper de sa famille, renoncer au grand amour et au mariage, et puis « merde, je ne vais quand même pas finir jeune fille avec mes idées à la con… » et là, le retournement.

Ce qui est remarquable, c’est l’absence de jugement. Tous les personnages commencent avec des principes, qui se heurtent souvent à ceux des autres ; et puis la vie, les circonstances les poussent à les changer ou à les contredire. Le plus symptomatique là-dedans, c’est bien le personnage du chef d’orchestre, coureur invétéré, qui initie la belle aux “joies” de l’indépendance, mais qui, on le comprend grâce au tableau qu’il garde précieusement chez lui, ne l’a jamais oubliée et n’aura finalement jamais aimé qu’elle malgré ce qu’il pourrait avouer. Il y a ce qu’on dit et voudrait montrer de soi, la volonté de suivre certains principes moraux, et ce que finalement on ressent. Jolis dilemmes intérieurs. Les idéaux, c’est bien beau (tous les idéaux, pas seulement ceux exposés dans le film et opposant les personnages), mais le cœur a ses raisons… Les circonstances, parfois, aussi, décident à notre place.

Le film décrit également assez bien la différence homme/femme dans leur approche du travail et de la vie sentimentale de cette époque : les hommes sont présentés comme pragmatiques en amour (ils vont droit au but et savent ce qu’ils font, quels que soient leurs principes – les deux hommes qui s’opposent ici, l’amant invétéré et le mari traditionnel – se retrouvent au moins là-dessus) alors qu’ils sont plus “romantiques” au travail (ils semblent accepter la part irrationnelle et aléatoire de leur occupation professionnelle, et cela semble bien alimenter leur envie d’aller de l’avant) ; les femmes semblent au contraire plus raisonnables au travail (ça implique une certaine docilité et un respect des règles et de la hiérarchie, une absence apparente d’ambition) et plus idéalistes (ou naïves, manipulables, romantiques) en amour. Le constat est le même que dans de nombreux films : quoi qu’il arrive la femme est toujours perdante (c’est le point commun de tous ces films tournés à la même époque et sur tous les continents). D’où la tragédie, et le passage à l’acte brutal. Rien de féministe pour autant. Pas d’idéologie crétine, puisqu’on ne juge pas dans une œuvre réussie, on n’affirme rien : le constat d’abord, au spectateur ensuite d’en tirer les conclusions. Le constat, déjà bien difficile à appréhender et à illustrer, c’est bien suffisant, ce que les histoires parviennent parfois à faire. Le spectateur, s’il ne s’est pas encore forgé des idées préconçues et grossières, fera le reste, au point même de prêter à l’auteur des intentions qu’il n’a jamais cherchées à exprimer (et pour cause, si seul le constat se transmet dans une œuvre réussie).

Une femme a (encore) tué…

Le film ne cesse de casser les certitudes des personnages, et donc des nôtres, s’interdit les facilités et comme toutes les meilleures œuvres pousse à la prise de conscience d’une complexité qui nous dépasse. Des dilemmes impossibles à résoudre, des fausses évidences, le danger des réponses toutes faites… Si ces personnages ne cessent de se contredire, s’ils évoluent au point de renier leurs principes moraux passés, c’est bien qu’aucune certitude n’est possible. Face à l’inconfort de la vie et de ses expériences parfois traumatisantes, on ne fait que s’adapter. Les principes finissent toujours par fléchir.

Il y a des fables qui tendent à réduire le monde en simples devinettes faciles à comprendre et qui nous trompent, et il y en a d’autres qui nous ouvrent les yeux sur la complexité des choses, et nous poussent ainsi à l’humilité, la compréhension, la tolérance. Même un petit mélo (le film est toutefois reconnu comme étant un des « cent meilleurs films italiens ») peut y arriver.

Peut-être le meilleur Cottafavi.

 


[1] Les Amants passionnés

Jolie affiche française avec laquelle on sent bien l’influence noire :

La grande strada, Vittorio Cottafavi, Michal Waszynski (1947)

La grande strada

La grande stradaAnnée : 1947

Réalisation :

Vittorio Cottafavi, Michal Waszynski

5/10 lien imdb
Vu le : 22 juillet 2017

 

Film de propagande polonaise pour le compte des Soviétiques et tourné avec la bienveillance des Italiens, donc de Cottafavi (si j’ai tout compris).

Résultat, en dehors d’une histoire mélodramatique de patient aveugle qui appelle sa belle dans son lit et qui prend son infirmière pour elle avant que le dénouement lui ouvre les yeux, en dehors aussi d’une des pires introduction de film qu’il m’ait été donné de “voir” avec une séquence de bombardement usant de flashs anti-épileptiques (ils remettront ça à la fin avec une courte séquence d’orage insupportable pour mes yeux et ma tête), eh ben on tient peut-être là le film qui a servi de références aux Italiens pour calibrer par la suite toute leur “vision” du doublage :

— Œdipe, nous allons vous montrer un film pour savoir si notre technique de doublage est satisfaisante. Vous êtes prêt ?

— Je suis tout ouïe.

(La projection du film La grande strada commence, avec un doublage horrible des acteurs polonais en italien.)

— Désolé pour les images de la première scène, Œdipe…

— J’ai rien vu, de quelle scène parlez-vous.

— Ah, très bien. Non rien. Alors, comment trouvez-vous le montage ?

— Ben, sur Jocaste, c’était parfait !

— Vous êtes sûr ? N’est-ce pas parfois un peu désynchronisé ?

— Qu’est-ce que vous entendez par là ?

— Eh bien que le son du doublage pourrait ne pas correspondre toujours à l’image…

— Ah non, je dois être aveugle.

— Vous l’êtes ?

— Je le suis.

— Mother fucker

La Folie Almeyer, Vittorio Cottafavi (1973)

La Folie Almeyer

Année : 1973

 Vu le : 4 janvier 2017

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

4/10 lien imdb

 

Téléfilm pour la télévision française sans grand intérêt.

Je ne sais pas à quel point le scénario a dû être adapté par rapport à l’œuvre originale de Joseph Conrad, mais fort possible que celui-ci ait dû être manié de telle sorte à réduire les coûts. C’est que le film est terriblement statique n’offrant pour ainsi dire qu’un seul lieu de tournage. Aventure dans un verre d’eau. Une scène dans une forêt de bambous semble même avoir été tournée aux Jardins des plantes.

C’est également très bavard et ça manque de pas mal de plans de coupes, nécessaires quand on est pauvre en arrière-plans, pour offrir du rythme et de l’alternance ; là encore, Cottafavi a toujours montré qu’il était capable de produire ça, c’est donc probable qu’il ait été contraint à la fois par le budget et par la durée de tournage.

Rapport confidentiel, Milton Katselas (1975)

Rapport confidentiel

Report to the CommissionerAnnée : 1975

Réalisation :

Milton Katselas

7/10 lien imdb
Avec :

Michael Moriarty, Yaphet Kotto, Susan Blakely

Vu le : 20 juillet 2017

On sent le film adapté d’un roman à succès où chacun fait parfaitement son job dans une production de grand studio, mais dans laquelle il manque l’essentiel : un chef d’orchestre capable de relever les petites failles et cohérences du scénario (adaptation plus précisément). C’est parfois pénalisant et on lève le sourcil, mais en dehors de ça le film est très réussi.

Direction d’acteurs parfaite, une intrigue fouillée, parfois confuse et donc incohérente dans certaines situations, et un spectacle plaisant.

Il faut voir une course poursuite formidable entre un cul-de-jatte et un taxi, ou celle d’un mac en slip sur les toits de la ville. Yaphet Kotto est comme à son habitude excellent, tout comme Susan Blakely.

Ça sent bon la crasse et l’humidité des années 70.