Le Docteur du cabinet Caligari, Stanley Kubrick (1964)

Comment j’ai appris à ne plus faire l’amour

Strangelove

le-docteur-du-cabinet-caligari-stanley-kubrick-1964Année : 1964

Réalisation :

Stanley Kubrick

6/10 lien imdb 7,6 lien iCM
Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

 

Avec :

Miss Julie
Le docteur Caligari
Frank
Vu le : 13 février 1964

 

Quand le prêtre s’avance et tue l’assassin de Miss Julie, une lumière en arrière-plan ouvre un halo qui va distordre les images du film jusqu’à son apogée : la scène terrible du couronnement du docteur où l’écran reprendra ses dimensions normales…

Le docteur du cabinet Caligari de Kubrick est un rêve, un cauchemar, une plongée dans le gouffre torsadé des passions enfouis. Pourtant la conclusion absurde de l’œuvre nous ramène brutalement à une réalité cruelle. Celle qu’il n’y a de plus grand danger que quand tout concorde dans le même sens pour accomplir des ambitions que l’on croit alors légitimes et grandes. Tout y est consumé comme à la cire, discordant comme un cri à l’aide, vicieux comme si le spectateur ne se mettait pas pour la première fois, non plus à la place de la victime, mais du bourreau. Sympathy for the devil

Le docteur n’est pas seulement un monstre, c’est le monstre qui se cache derrière le masque des apparences. Celui que chacun préfère ne pas connaître et ne jamais rencontrer.

Quand le film est sorti en 1964, l’Amérique et l’Union soviétique se livraient depuis vingt ans une guerre psychologique. C’est cette guerre que Kubrick a parfaitement illustrée. Une guerre non pas entre des nations, des idéologies, mais des conceptions faussées du monde, répondant à des codes échappant à la raison ou au pouvoir des hommes. On ne se bat jamais mieux que contre celui qui nous donne la chance d’exister à travers sa propre haine.

Kubrick montre que l’homme, par sa nature, est un être de destruction. Sa peur est le moteur qui le fait avancer.

Si Miss Julie est un personnage léthargique, sans ambition sinon celui de se faire aimer, son amour est un frein aux ambitions du docteur. C’est pourquoi il fera appel à Frank pour se débarrasser d’elle. Dès lors, le spectateur comprend qu’il n’y a plus d’espoir et que le docteur est prisonnier d’une passion folle et destructrice que les effets de distorsion de l’image et du récit nous invitent à partager avec lui.

La folie de Caligari, si elle n’est visible d’abord d’aucun des autres protagonistes, et si elle apparaît même auprès de certains pour être du génie et de l’ambition, c’est parce qu’elle pourrait être la folie de chacun d’entre nous. La voir et le comprendre, détachée de nous, comme un rêve sous hypnose, nous donne l’expérience de sa logique propre et de son évidence.

Le film pour Kubrick devient le lieu où s’expose la monstruosité de l’homme, et ce faisant, espère lui offrir une seconde chance. À l’homme.

Quand le mur de la peur est tombé en 1989 quinze ans après ce film, une nouvelle terreur s’est emparée des dirigeants soviétiques : ils se sont revus comme le docteur, commanditer ce à quoi ils s’étaient préparés depuis son édification. Or si les dirigeants du bloc de l’Est sont restés sans rien faire, c’est peut-être un peu parce qu’ils avaient en tête, projeté en dehors d’eux, et non en eux, comme un monstre dévoilé, ce dont Kubrick était parvenu à exprimer dans son film. La folie en action, l’ambition des pères que l’on suit aveuglement avant que la peur salutaire nous dévoile les bienfaits qu’on aurait à se muer dans l’ombre et à se vautrer dans l’indécision.

Le Docteur du cabinet Caligari (Strangelove) est une boîte de Pandore où s’amasse ce qui fait autant notre monstruosité que notre humanité. La peur permet d’en sceller les portes. Plus personne ne parle de guerre psychologique, mais de tout faire pour préserver intact notre passion pour les miss Julie qui nous détournent du Caligari qui est en chacun de nous.

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