Lettre d’amour, Kinuyo Tanaka (1953)

Vous avez un Imai

Love Letters / Koibumi KoibumiAnnée : 1953

Vu le : 12 novembre 2016

Note : 8

Liens :

lien imdb 7,2 lien iCM TVK

Listes :

L’obscurité de Lim

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Limeko – Japanese films

Réalisation :

Kinuyo Tanaka
adaptation : Keisuke Kinoshita

Avec :

Masayuki Mori
Yoshiko Kuga
Jûkichi Uno
Kyôko Kagawa
Chieko Nakakita
Takako Irie

Pour son premier film en tant que réalisatrice, l’actrice Kinuyo Tanaka (« épouse et mère du cinéma japonais ») met le paquet. C’est peut-être à la fois la qualité du film et son principal défaut. Tanaka veut en mettre plein la vue, alors pour bien faire, elle profite d’une adaptation exécutée par Kinoshita (déjà lui-même réalisateur aguerri) d’un roman d’un écrivain populaire et déjà adapté deux fois par Naruse (Fumio Niwa), surtout, elle fait presque passer l’ensemble des grosses têtes du cinéma japonais de l’époque sous les projecteurs de sa caméra. Même Chishû Ryû y fait une apparition inutile. Tanaka tient quant à elle, un petit rôle en or où elle est forcément excellente… mais était-ce bien nécessaire ?

On est dans un shomingeki tendance mélo, un peu avant que Naruse y plonge totalement, un terrain sur lequel Mizoguchi (le cinéaste chez qui Tanaka a sans doute été le mieux utilisée) s’aventurera rarement. S’il fallait y chercher une correspondance de style, il faudrait plus certainement lorgner du côté de Tadashi Imai. D’ailleurs on y retrouve la présence dans un des deux rôles principaux de Yoshiko Kuga, présente notamment dans Jusqu’à notre prochaine rencontre, dont le ton de Lettre d’amour semble vouloir se rapprocher. Pour une bonne part aussi Kinuyo Tanaka semble avoir fait son marché sur le plateau d’Oharu femme galante[1]. Bref, tous ces efforts seraient louables s’ils n’étaient pas au fond un peu inutiles et desservaient le film dans ces excès. L’idée d’avoir une tête connue pour chaque personnage, même anecdotique, n’est pas mauvaise en soi ; le problème, c’est que pour un sujet aussi intimiste (l’amour contrarié au fond entre un homme et une femme), il faut à un moment, comme sait le faire Naruse à l’époque, recentrer son récit autour de ces deux personnages. Or, entre ces deux amoureux, on aura finalement droit qu’à une seule scène, et encore, même pas dans le dernier acte où tout devrait se jouer. C’est plutôt frustrant. L’intrigue se perd ainsi à un moment à voir le frangin et la fille en question flirter plus ou moins, et le personnage du meilleur ami tend là aussi à prendre toujours trop de place. Voilà une sorte de carré magique avec lequel les bords auraient très vite dû s’araser pour ne plus se concentrer que sur une ligne dramatique unique… Résultat, quand Kinuyo Tanaka lance les violons et les larmes, ce sera toujours avec les confidents, jamais avec les deux protagonistes principaux. Pire, Kinuyo Tanaka (ou Kinoshita, ou l’auteur, Fumio Niwa), nous prive de la dernière scène de rencontre espérée alors que l’un accourt vers l’autre… (en même temps, vu la tournure sur la fin des événements, ce n’était pas très tentant, de quoi rappeler le dénouement lamentable du Nain d’Uchikawa dans une chambre d’hôpital).

La maîtrise de la mise en scène et forcément de la direction d’acteurs restent impressionnantes. Le sujet (les lettres d’amour envoyées par les femmes japonaises délaissées par leur amant américain), en revanche, sert un peu de prétexte à notre amourette. Ou le contraire, c’est bien le problème.

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