La problématique du réchauffement climatique n’a aucun sens si elle n’est pas immédiatement reliée à une autre, celle de l’extinction massive des espèces

Fatigué de voir toutes ces polémiques concernant le réchauffement climatique. Faire du réchauffement climatique une urgence absolue est un piège. Parce que ses conséquences et ses implications ne sont pas comprises. Le citadin, l’homme consumériste du XXIᵉ siècle, le réchauffement climatique, ça ne peut avoir dans sa représentation du monde qu’un impact anecdotique, ça se limite à modifier quelques habitudes de consommation histoire d’être citoyen, un peu comme on donne aux bonnes œuvres. Il n’y a alors pas plus d’urgence pour lui que pour la faim dans le monde ; c’est pour lui une sorte de marronnier citoyen, une problématique dont il a vaguement conscience, mais dont il refusera toujours de comprendre à long terme les réelles conséquences. Et presque à raison on pourrait presque dire. La planète se réchauffe ? On s’adaptera pense-t-il ; on ira moins dans certaines régions du monde ; on créera un budget climatisation pour les heures chaudes de l’été comme on a un budget chauffage en hiver ; et puis on acceptera en fonction de son implication des « petits » sacrifices de consommation pour « faire un geste pour la planète », un peu comme on décide de manger plus de légumes pour sa santé.

Parce qu’au fond, cet homme-là, il en a rien à foutre du réchauffement climatique. Et s’il s’en moque, c’est que les conséquences d’un tel dérèglement lui échappe.

Et là, c’est la faute des écologistes, des scientifiques, qui peinent à fixer les priorités de notre époque, à traduire pour l’imaginaire collectif, pour ce citadin du XXIᵉ siècle qui s’est forgé des habitudes de vie héritées du siècle passé, non pas l’urgence, mais la et les catastrophes environnementales déjà opérées grosso-modo depuis l’ère industrielle. Quand on parle de « nature », de « planète », ou même comme je le fais ici « d’environnement », on ne parle pas de la catastrophe bien réelle qui se déroule sous nos yeux et pour laquelle on ne fait rien à force de parler du réchauffement climatique. « Nature », « planète », « environnement », ça sonne creux pour l’homme des villes, ce sont des concepts creux car éloignés de son propre environnement.

Cette catastrophe qu’il faudrait plus mettre en lumière, c’est l’extinction massive des espèces. Ce n’est plus une « urgence », c’est un fait, c’est une catastrophe, et la seule chose que l’homme peut encore faire, c’est en limiter l’impact à l’avenir. Et dans cette perspective, la lutte contre le dérèglement climatique, ce n’est qu’un aspect du problème. Le climat, il a toujours changé, oui, c’est un drame, oui, on peut agir sur lui, oui on peut espérer changer la tendance au prix d’énormes efforts, mais si on ne comprend pas l’enjeu bien plus dramatique qui se cache derrière, c’est une lutte perdue d’avance. L’enjeu, c’est le ralentissement de la disparition des espèces animales et végétales. Le climat change, les espèces les plus adaptées changeront avec lui. Seulement au rythme où nous allons, la seule espèce capable de s’adapter à une telle crise environnementale, c’est la nôtre. Le citadin n’a aucun souci à se faire, il est en haut de l’échelle, et au prix d’éventuelles crises sociales, il y a peu de chances qu’il disparaisse à moyen ou long terme. En revanche, c’est pour la diversité que c’est dramatique, pour les autres espèces, et là il ne faudrait pas croire que la disparition des espèces ça se limite à préserver les lions ou autres animaux de cirques ou de zoos. Parce que si encore une fois on se réfugie derrière des symboles, des arbres-écrans, c’est toute la forêt en péril qu’on ignore.

L’enjeu, c’est donc bien l’extinction massive des espèces. Pour une espèce qui s’adapte au stress environnemental, il y a cent, mille, dix mille, qui disparaissent, qui ont déjà disparu et qui disparaîtront encore. La terre se réchauffe ? « On » s’adapte. Mais les espèces disparues ne s’adaptent plus. Ce qui est perdu est perdu. Et ce qui est perdu, ce sont des espèces qui ont évolué en même temps que nous, qui sont parfois plus anciennes que la nôtre, qui sont les héritières d’une longue évolution, les survivants des précédentes extinctions de masse et les témoins du miracle de la vie.

Préserver la biodiversité, ce n’est pas non plus œuvrer pour maintenir une ressource éventuelle dans le cycle du vivant : les espèces ne sont pas au service de l’homme. Que nous puissions tirer profit à tous les niveaux et cela déjà depuis des dizaines de milliers d’années, de certaines espèces, c’est pour beaucoup ce qui nous a permis de nous élever en tant qu’espèce au-dessus de toutes les autres, oui. Mais si cette exploitation est réelle et doit pouvoir se maintenir dans des proportions raisonnées, elle n’est pas la finalité de la préservation des espèces. On mange de la viande, des végétaux, toute notre pharmacopée est tirée et dépend de cette richesse, mais on ne préserve pas la nature à notre seul profit. Autrement, on ne chercherait qu’à préserver les espèces dont on tire profit. Difficile à concevoir pour un homme citadin du XXIᵉ siècle que tout l’environnement de la planète ne doit et ne peut être formatée à son seul usage et profit. Ici, l’ennemi, c’est l’urbanisme grandissant. On ne préservera pas les espèces dans une logique de « réserves naturelles ». L’exception, il faudra le comprendre, c’est l’urbanisme. La règle devrait être la préservation des espaces naturels pour garantir l’habitat des espèces dans leur milieu d’origine. Le dérèglement climatique impose des migrations. Les hommes peuvent migrer. Les espèces séquestrées dans des réserves, non.

L’enjeu, il est là. L’intérêt supérieur de toutes les espèces peuplant encore ce monde. Des espèces, tout comme la nôtre, qui sont le fruit de millions d’années d’évolution, de crises, de catastrophes. Le danger, il n’est pas pour demain, il n’est même pas pour nos générations futures qui ne peuvent craindre que pour leur confort de grands consuméristes ; le danger, il est de voir disparaître toujours plus d’espèces de la surface de la planète et d’être continuellement au chevet d’une poignée d’autres qu’on aura décidé de préserver pour notre seul profit. Continuons à avancer avec des œillères, et ce ne sera pas notre environnement climatique qui sera chamboulé, mais bien la surface de la terre, ce qu’on appelle biomasse, biodiversité, le « vivant », et qui pourra alors se conformer à l’idée anthropocentriste qu’on se fait d’elle : entre les villes, il n’y aura plus que des routes et des terrains vagues stérils.

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Allô, c’est pô du journalisme ?

Péripétie/polémique concernant davduf pas si inutile que ça. Mettre en lumière le fait qu’effectivement le travail de D.Dufresne sur ce point consiste à “signaler”. Et c’est déjà beaucoup. Réflexe citoyen, et non journalistique, certes, qu’il faudrait comparer à des signalements du type “faites tourner cette vidéo, ces Roms kidnappent des enfants” avec un lien Rom/kidnapping forcé, voire fantasmé. Ici la véracité des faits dépend de la bonne foi de la source : un signalement n’est pas un travail d’enquête. Sinon, quand un terroriste partage en direct sur les réseaux ses crimes, il faudrait que chacun enquête sur la fiabilité de la source, et donc sur la véracité de ce qu’on voit… Impossible. Signaler est un acte citoyen, ce n’est pas présenté par D.Dufresne comme du journalisme, bien qu’au final ça témoigne assez bien de la réalité d’une époque. À étudier dans tous les cours sur les médias…

En revanche, dommage que la réponse (détaillée, le lien expliquant sa méthode et probablement son intention) soit… payante, renvoyant à un site payant. Moi j’aime bien le droit à l’information pour tous, encore plus quand il n’est justement pas question de journalisme mais de civisme.

Féminisation de la langue, terrorisme linguistique et usage

D’abord, arrêtons de confondre le sexe et le genre grammatical des mots. Les genres féminin, masculin ou neutre en français n’ont rien à voir avec les sexes. Ce qui détermine le genre d’un substantif, c’est comme pour beaucoup de choses en français, l’usage. « Une table » est de genre féminin, mais elle n’a évidemment pas de sexe, et l’usage qui détermine qu’un substantif soit féminin ou masculin n’est ni déterminé par le droit ni par la logique. L’usage seul commande. Personne n’a déterminé et imposé aux autres qu’une table devait être de genre féminin. C’est ainsi que quand on évoque « une belle enflure », ça désigne plus probablement un homme alors même que le substantif pour le désigner est féminin ; même chose avec « un cordon bleu » qui pourra s’appliqua à une femme.

Quand on a compris que le genre des substantifs n’avait rien à voir avec les sexes, il devient inutile de chercher à féminiser des termes dont l’usage a fait qu’ils étaient de tel ou tel genre. Doit-on féminiser le substantif « utérus » sous prétexte qu’il n’est pas la propriété de ces messieurs ? Donc un homme « sage-femme », ça ne devrait poser aucun problème. La langue ne discrimine pas, c’est l’usage pratique cette fois des métiers qui discrimine. Ce n’est pas la langue qu’il faut féminiser, mais la société. Et si de nouveaux usages se mettent en place, ce n’est encore une fois à aucune autorité supérieure ou lobby de décider ce qui est bon pour la langue et pour tous (parce que nous sommes tous propriétaires de notre langue) : ce sera, à l’usage, des pratiques, des habitudes nouvelles prises qui s’imposeront ou non par rapport à d’autres. L’usage, c’est l’affaire de tous, à l’image d’un consensus dans le domaine scientifique ou en histoire. Les idéologies sont les pires parasites trouvées sur le chemin d’une langue quand il est question d’en changer l’usage. Au même titre que des règles d’orthographe nouvelles, décidées il y a vingt ans, et qui ne sont toujours pas appliquées dans l’usage, rien n’y personne n’a le pouvoir de dicter aux autres ce qui est notre bien commun, la langue. Ça vaut à la fois pour les Académiciens dont on prête ces jours-ci un peu trop de pouvoir de décision, comme pour les féministes extrémistes qui trouvent dans la féminisation de la langue une nouvelle croisade à mener contre les hommes.

Quand on m’explique que la langue a besoin d’être à nouveau féminisée parce qu’elle a été il y a quatre siècles masculinisée, c’est donner d’une part un peu trop de crédit à une institution comme l’Académie française qui, hier comme aujourd’hui, n’a pas autorité pour changer à ce point l’usage de la langue (hier sans doute plus qu’aujourd’hui, mais je doute que des décisions prises il y a quatre siècles par des Académiciens aient pu être suivies à ce point dans la population au point de modifier la langue, les usages en cours, pour les figer sous une autre forme — jolie théorie du complot, forcément celui de ce bon vieux patriarcat) ; d’autre part, la langue ne fonctionne pas selon un principe de droit ou de justice. Si une telle décision avait été prise il y a quatre siècles, et si l’usage a changé, pourquoi devrions-nous penser que l’usage doive revenir à ce qui se faisait avant ?! Parce que « c’était mieux avant » ?

Il est assez consternant de voir que cette question de la langue, nécessaire pour certains corps de métier qui se féminisent (mais c’est l’usage formel d’une société qui pousse à un usage pratique de la langue) servent d’étendard à ces extrémistes de tout poil. Celles-ci voudraient imposer l’écriture inclusive à tous et voudraient justifier leur totalitarisme (pas seulement linguistique) en prétendant que la langue, et ceux censés l’établir (sic) se sont au cours de l’histoire servis de la langue pour opprimer les femmes. L’hypocrisie, le politiquement correct et la peur de ces casseuses de couilles pourraient, ironiquement (ou tragiquement) avoir raison des plus sensés, et ainsi, on pourrait voir des usages se répandre par peur de passer pour un ignoble macho. Cela passera au moins pour un certain nombre de termes féminisés, mais je doute que cela aille un jour jusqu’à l’adoption d’une écriture inclusive (autrement ce serait une victoire bien triste du totalitaristiquement correct). L’exemple d’« auteur » pour une femme (alors même qu’une fonction, par un substantif, n’avait donc pas besoin d’être « féminisé ») sera intéressant à suivre. Parce que les plus totalitaires voudraient réparer la prétendue injustice faite il y a des siècles au terme « autrice », quand il est plus vraisemblable que celui d’« auteure » suffise à l’avenir. L’usage ira probablement au plus simple, et il y a au moins une chose contre laquelle les totalitaristes de la langue ne pourront pas lutter, c’est que si certains usages deviennent des marques idéologiques, cela compromettra de fait leur passage dans l’ensemble de la population.

En attendant, au lieu de chercher à définir ce que devrait être un bon français (au lieu du bon usage), on devrait se féliciter que de telles polémiques permettent aussi de voir de nouvelles propositions de langue et des usages alternatifs peu à peu cohabiter avec d’autres. Parler de la langue, c’est lui donner vie. S’il y a quatre siècles des Académiciens ont voulu masculiniser la langue, c’est peut-être aussi que c’était le signe d’une époque, pas forcément ou seulement plus par sexisme, mais aussi durant laquelle le français était moins inscrit dans le marbre. Une chance alors, parce qu’à perdre certains usages, et pas seulement au niveau des ouvertures féminisantes de la langue, figer une langue, même si on peut en comprendre l’intérêt jusqu’à une certaine mesure, c’est aussi un peu lui nuire. Tant qu’on ne touche pas trop à la grammaire, qui elle doit rester figée, l’usage de ce qu’on fait de notre vocabulaire ne s’en portera que mieux si on en accepte de multiples variantes. Des usages mous, et des usages forts. Mais des usages toujours. Et cela, que ce soit de pauvres petits Académiciens qui ne font plus autorité depuis longtemps (si tant est qu’ils l’aient jamais fait un jour), ou des féminazis (les néologismes sont aussi toujours les bienvenus, surtout quand ils sont formés de mots-valises amusants), ils n’y changeront rien.

Spoutnik, Laïka, Gagarine, Apollon 11, AGC, Mars

Qu’est-ce qui sera plus important dans quelques siècles ?

  • le 1ᵉʳ objet artificiel envoyé dans l’espace (Spoutnik 1)
  • le 1ᵉʳ micro-organisme dans l’espace (ceux présents dans Spoutnik)
  • le 1ᵉʳ être vivant dans l’espace (la chienne Laïka)
  • le 1ᵉʳ homme dans l’espace (Youri Gagarine)
  • le 1ᵉʳ homme sur la Lune (Neil Armstrong)
  • le 1ᵉʳ ordinateur dans l’espace (l’Apollo Guidance Computer)
  • le 1ᵉʳ homme sur Mars
  • le 1ᵉʳ bébé né dans l’espace ou sur un autre monde
  • le 1ᵉʳ vaisseau quittant le système solaire et premier (voire seul) témoin de l’existence d’une présence de vie intelligente dans un système qui disparaîtra dans quelques milliards d’années et nous avec (Voyager 1)

L’histoire n’est pas une science, on est toujours esclave d’un certain point de vue. Aujourd’hui encore, et puisqu’on fête cette année les cinquante ans des premiers pas d’Armstrong sur la Lune, notre vision de l’histoire est toujours aussi liée à l’influence américaine.

Pourtant, l’exploit de l’homme sur la Lune, il est peut-être plus d’avoir échappé à une myriade de risques et d’écueils technologiques sur toute une décennie (deux, si on compte l’ensemble du programme). Des ratés, surtout au début de la NASA, il y en a eu, et il y en aura après (accidents de navettes notamment), mais la conquête de la Lune à travers le programme Apollo est un petit miracle, c’est vrai, qui a lui seul pourrait encore faire figurer cet exploit longtemps dans la représentation qu’on se fait de l’histoire.

Mais cette représentation se fait aussi toujours à travers le prisme du contexte historique imprévisible et forcément changeant. Demain, rien ne dit que la NASA continuera d’être l’agence dominante en matière de conquête spatiale (la Chine ou l’Inde pourraient prendre la relève). Rien ne dit non plus si bientôt ce ne seront pas des entreprises privées qui réaliseront ces prochains exploit(-ation)s. Imaginons que les Chinois et Elon Musk non seulement envoient les premiers hommes sur une autre planète (en bons communicants, les Américains parlaient avec la Lune de « premiers pas de l’homme sur un autre monde »), mais y développent des colonies ou des stations pérennes, est-ce que les premiers pas sur la Lune ne prendraient-ils pas un autre sens et y perdraient en intérêt ? Et ne serions-nous alors pas obligés de reconsidérer la place des exploits antérieurs des Soviétiques avec Spoutnik et Gagarine ?

En qu’en sera-t-il dans quelques siècles ? Si les hommes étaient amenés à disparaître mais que les chiens, grâce à leur esprit de meute ou autre chose, parvenaient eux à survivre à la disparition de leurs anciens maîtres, est-ce qu’ils ne réhabiliteraient pas la place du premier être vivant dans l’espace, une chienne, comme eux ?

Et si on regarde encore plus loin, si on oublie les chiens, et si on doute des capacités des hommes à survivre à leur inclination à l’autodestruction (et compte tenu du fait qu’ils se perfectionnent toujours plus dans ce domaine), que restera-t-il finalement de ces conquêtes ? Une panspermie d’origine humaine à travers tout le système solaire dont il aurait été le principal vecteur mais bientôt plus le principal bénéficiaire. On aurait un peu fait tout le travail pour des micro-organismes. Retour à la case départ, avec dans le nouveau logiciel d’évolution, une théorie du ruissellement appliquée à la biologie. Beaucoup d’appelés, peu d’élus, mais les mêmes chances pour tous ou presque. Pour ces micro-organismes résistants à ces nouvelles conditions de vie, et même si on peut douter un jour qu’ils se découvrent un quelconque intérêt pour l’histoire, eh bien l’événement majeur de leur histoire, leur « petit blop pour le protozoaire, un grand splash pour la vie », ce serait les premiers microbes, envoyés et sacrifiés, voyageurs malgré eux du premier satellite artificiel de l’histoire, Spoutnik 1.

Dernière hypothèse, qui aurait presque mes faveurs… L’intelligence artificielle, les robots intelligents, les automates, les ordinateurs couplés à des systèmes d’évolution matériels… appelons ça comme on veut, mais on est nous en train de donner « vie » à ces entités nouvelles qui seront un jour sans doute plus à même que nous de s’adapter à toutes sortes d’environnements hostiles dans le système et ailleurs. La vie, c’est au fond un système élaboré archaïque dont l’évolution hors de son environnement cumule deux handicaps : la rareté et la lenteur. Il faut une infinie d’éventualité, de tentatives aléatoires, pour qu’un organisme finisse par s’adapter à un nouvel environnement. Il a fallu plusieurs milliards d’années pour voir les premiers organismes complexes dans nos océans, et il faut plusieurs millions d’années pour voir des mutations dans des espèces capables, dans des environnements différents, susceptibles de faire « naître » de nouvelles espèces. C’est long, c’est laborieux, c’est peu réactif, et c’est idiot (ça ne répond à aucune logique). Alors qu’une entité intelligente robotisée et autonome pourrait être capable de modifier ses propres propriétés matérielles et logicielles pour s’adapter, coloniser et pérenniser le rêve d’éternité dont ils auraient hérité de ceux qui sont en train de les créer aujourd’hui. Trop fragiles, difficilement inadaptables, soucieux souvent de bien autre chose que de son expansion, les hommes deviendront peut-être alors obsolètes dans un monde de machines… On en voit déjà des prémices : on commence à avoir l’idée d’appareils autonomes capables de résoudre le problème des débris spatiaux ou de sonder divers corps célestes en vue d’en exploiter les ressources de manière autonome sans intervention humaine. Et dans cette optique un peu glaçante, le premier ordinateur dans l’espace deviendrait alors l’événement majeur de ce début de conquête spatiale…

Bientôt la gloire pour l’Apollo Guidance Computer, peut-être.

La crise ne paie pas

Au cours de l’histoire moderne, les progrès techniques, scientifiques, commerciaux ou environnementaux se sont fait au profit d’abord des élites bourgeoises, et si une classe moyenne riche a pu apparaître, c’est parce qu’à la fois le fruit de leur travail mais aussi leur consommation en masse, profitaient à ses mêmes intéressés, les élites. Ce système gagnant-gagnant a permis aux démocraties de connaître leur âge d’or et une sorte de concorde est apparue entre ces différentes classes. À une période où le monde doit faire face à des changements environnementaux affectant leur développement et remettant en cause leur logique basée sur une surproduction et une surconsommation, toute la question est de savoir comment les élites bourgeoises qui tiennent le pouvoir de ces démocraties vont arriver à continuer à évoluer si c’est désormais au détriment des classes moyennes et de l’environnement.

Tout porte à croire que les bouleversements climatiques pèseront de plus en plus dans le prix que chacun devra payer pour maintenir son niveau de vie. Sauf progrès technique majeur, le niveau de vie moyen des pays historiques de la révolution industrielle devrait baisser. Et cela ne peut être acceptable pour les classes moyennes que si pour la première fois depuis le début de l’ère moderne ces élites bourgeoises acceptaient de prendre leur part dans ce déclin. C’est le prix de la concorde entre les classes.

En 2008, la crise financière a prouvé que quand les élites fautaient, elles continuaient d’en faire payer le prix par les classes inférieures. Depuis, rien à changé. Les dettes des États continuent de peser lourd sur les citoyens des classes moyennes et inférieures, tandis qu’ironiquement, les élites continuent de ne pas voir la crise et de s’enrichir toujours plus. Toutes les crises démocratiques découlent de cette logique inégalitaire qui a fait qu’après les trente glorieuses ces « premiers de cordée » ont refusé de prendre leur part à la crise.

Aujourd’hui, avec la crise des gilets jaunes, c’est un autre exemple de ces déséquilibres qui s’expriment. La crise n’est plus financière, mais de confiance vis-à-vis de cette classe dominante qui à leurs yeux profitent de la crise environnementale en devenir pour faire payer aux classes moyennes et inférieures le prix d’un ralentissement voire d’un déclin productif nécessaire pour atténuer les effets d’un changement climatique à moyen et long terme.

De la même manière que la crise financière de 2008 aurait dû être payée par ces élites bourgeoises pour en avoir été les seuls responsables, ce sont à elles de payer la plus grosse part d’un aménagement productif, industriel et inter-commercial, sans quoi aucune paix entre les classes ne pourrait être désormais possible.

Décroissance, aménagement industriels, et accompagnements sociaux : face à une crise environnementale, ce sont les seules solutions à long terme pour préserver ce qui peut l’être d’un mode de vie qui quoi qu’il arrive maintenant et dans sa forme actuelle est voué à disparaître.

Si c’est à eux de montrer l’exemple, c’est que s’ils le font, en tant que premiers de cordée pour gravir une montagne, ils ne peuvent être les premiers à s’en sortir quand la montagne s’effondre sous leurs pas. C’est une question de dignité, et de fraternité. Jusqu’alors, la fraternité n’avait un sens pour ces élites qu’à l’intérieur-même de leur classe, de leur « monde ». La révolution française avait porté la bourgeoisie au pouvoir, il serait temps qu’elle apprenne à son tour le sens de la « fraternité », s’ils ne veulent pas être délogés de leur piédestal comme leurs prédécesseurs de haute classe.

Faire payer les élites, qu’est-ce que ça signifie ? Qu’à chaque fois que de l’argent public doit être trouvé, ce sont ceux avec des revenus et un patrimoine important qui en proportion paient les premiers. La notion de premiers de cordée, c’est ça. Ceux qui profitent de la concorde, de la paix sociale, sont ceux qui devraient en être les premiers garants. Une évidence, sauf pour eux.

La marche des cons vaincus

Sérieusement mesdames, vous voulez… marcher pour faire entendre votre voix contre les violences sexuelles et sexistes dont vous êtes victimes ? Encore un coup d’épée dans l’eau du féminisme de prétention et de réseaux sociaux. Quelle époque… Entre le féminisme de façade qui s’affiche sur Twitter et le féminisme extrémiste, prendriez-vous le temps de la réflexion pour adopter un féminisme qui avance, et qui refuse enfin les techniques de postures qui ne sont pas à la hauteur de ce contre quoi vous prétendez lutter ? Le but, c’est une nouvelle fois de dénoncer une situation pour la simple satisfaction cathartique de la dénoncer ou c’est d’adopter des comportements capables de faire changer les mentalités et les comportements ?

Il y aurait une déferlante féministe dans la rue, ça changerait quoi ? Vous auriez enfoncé des portes ouvertes. Toutes les victimes, toutes les femmes abusées, victimes, rabaissées, freinées, humiliées, toutes sont d’accord pour dénoncer les mêmes situations et comportements. Les hommes de leur côté, quand ils ne sont pas agresseurs, profiteurs, offenseurs, approuveront avec la même hypocrisie, ou au mieux, useront comme vous de pensée magique pour prier les cieux que « cela change ». Parce que c’est curieux, tout le monde semble être d’accord, et pourtant rien change. L’unanimité en trompe-l’œil, on connaît ça depuis la France black blanc beur.

Il est où le problème ? Puisque le problème persiste depuis la déferlante « vue sur les réseaux sociaux » metoo/balancetonporc, pas vrai ? Rien n’a changé ou je me trompe ? Alors quoi, c’est la faute de l’alliance nationale du patriarcat en danger ?… Manque de chance, le lobbys des mâles contre les femelles n’existe pas. Ce serait trop simple. Et c’est peut-être bien beaucoup aussi parce qu’on ne fait pas changer des usages avec des belles paroles approuvées par tous (ou même applaudies à coup de likes ou de retweetes).

Sérieusement, un type qui met la main aux fesses à une stagiaire, il va arrêter de profiter de la situation parce qu’une armée de bonnes femmes pleines de bonnes volontés ont battu le pavé ? Il en a strictement rien à battre. Pire, ça le confortera dans l’idée qu’il est puissant, et qu’une stagiaire, ça adopte un comportement de réserve ou ça démissionne. Preuve en est pour lui : pour se défendre les victimes ont besoin de se réunir et d’en appeler à l’autorité supérieure de l’État, de l’opinion… Quelle merveilleuse preuve de sa puissance !… Quel adoubement !… Eh, oui, parce que la seule raison pour laquelle il profite de la situation, c’est qu’il sait, ou pense encore, qu’une main au cul, ça ne lui vaudra aucune poursuite. Il sait, par habitude peut-être, que la majorité des femmes, au pire, vont se renfrogner, se fendre d’un petit commentaire plaintif et outragé qui ne fera encore que conforter son impression de toute puissance, et puis plus rien.

Bref, c’est pas une marche, c’est une moisson qui n’aura qu’une efficacité : nourrir l’orgueil des agresseurs.

Donc, le but est-il de prêcher les convaincus, faire de la psychologie de groupe pour panser ses blessures et déverser sa frustration en imaginant qu’il suffit d’être unis pour faire changer les comportements ? Sérieusement, mesdames, si vous pensez qu’une telle manœuvre profite à la cause que vous défendez, vous allez au-devant d’une jolie déception. Cela ne fera qu’augmenter frustration, incompréhension, et pire que tout encore, cela nourrira encore la certitude de ces hommes qu’ils peuvent jouir d’une impunité totale et que tout leur est permis.

Comment être efficaces ?

Il y a quelques semaines, c’était la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire. À cette occasion, une responsable d’association expliquait que se plaindre auprès des parents ou de l’administration n’était pas la meilleure solution (et jusqu’à un certain niveau de harcèlement subi) si c’était ces mêmes personnes qui venaient ensuite faire la leçon à l’agresseur. Car l’agresseur se trouvait toujours conforté dans son idée qu’il avait des raisons de s’en prendre à sa victime : sa demande d’aide de tiers était la preuve de sa vulnérabilité. Vulnérabilité que les agresseurs tentent toujours de mettre en évidence pour exercer leur supériorité sur des personnes qu’ils suspectent d’être plus faibles. Cette responsable d’association expliquait alors que son rôle à elle était d’aider les victimes à répondre elles-mêmes de manière adéquate à leurs agresseurs. Allez voir ces derniers quand on est adulte serait alors non seulement la solution de facilité parce que la plus naturelle, et parce qu’on voudrait croire que l’enfant agresseur se conformera à la volonté du « plus grand », mais était surtout la solution la plus efficace : l’enfant écoutera sans broncher sa leçon, mais l’idée que la personne qu’il harcèle est plus faible que lui n’aura pas changée, elle sera même confortée dans son idée, et le harcèlement pourra reprendre parce qu’elle repose toujours sur une idée de soumission du plus faible au plus fort. Or c’est précisément ce rapport de soumission qu’il faut contester.

Comparaison n’est pas raison. Mais une grosse part du harcèlement que subissent les femmes, quand elles ne sont pas encore suivies d’agressions physiques, sexuelles, procède de la même logique. « Je suis fort. Je te mets à l’épreuve. Tu me prouves ton infériorité et ta vulnérabilité par ton absence de réponse. Je profite de cette faiblesse. »

Se réunir toutes un samedi pour une grande messe pédestre ne changera rien. Apprendre à répondre aux harceleurs, si.

C’est aux harcelées de changer de comportement. Et la difficulté, elle est de leur donner les clés pour apprendre à se défendre, à répondre, à ne pas se laisser faire. La solidarité, elle n’est pas de se réunir toutes ensemble pour dénoncer des agissements personnels, et malheureusement naturels ; la solidarité, elle est d’aider les femmes les plus exposées, les plus fragiles, celles qui ne savent pas répondre ou reconnaître des situations à risque, pour qu’elles adoptent des comportements qui à la longue indisposera les agresseurs et leur passera l’envie de voir la relation à l’autre uniquement sur un rapport dominant/dominé.

Alors certes, à partir d’un certain niveau d’agression, il n’est plus question de trouver une réponse seule face à son agresseur. Mais on aurait tort de négliger l’importance de ces petites agressions : c’est d’abord parce que les agresseurs se trouvent confortés dans leurs tentatives de réduire l’autre à l’idée d’un simple objet qu’ils franchissent la ligne rouge suivante avec la conviction qu’ils pourraient jouir de la même impunité.

Sinon, bonne chance avec les convaincus, les hypocrites et la pensée magique.

La fascisation correcte

Juger un homme en fonction de sa nature supposée au lieu de le juger en fonction de ses actes indépendamment les uns des autres, c’est comme juger qu’un Noir ou un Juif sont par nature différents des autres hommes. La pensée binaire fascisante, c’est la même qui a fait des millions de victimes au XXᵉ siècle à travers les dictatures fascistes que celle qui aujourd’hui invente pour un maréchal un droit de mémoire d’exception. Quand le politiquement correct flirte avec la « fascisation correcte ». Pensez binaire, messieurs dames.

Pour une fois que le Président Tréma dit quelque chose de juste et de nuancé, les terroristes de la fascisation correcte lui tombent sur le dos.

Le plus beau sophisme de cette pensée crapuleuse : « La gloire d’un homme ne couvre pas ses crimes. »

C’est de ses crimes dont il est question lors des commémorations de la Grande Guerre ?

Mêmes pitreries nuisibles que ce soit pour Céline ou pour Polanski.