La fascisation correcte

Juger un homme en fonction de sa nature supposée au lieu de le juger en fonction de ses actes indépendamment les uns des autres, c’est comme juger qu’un Noir ou un Juif sont par nature différents des autres hommes. La pensée binaire fascisante, c’est la même qui a fait des millions de victimes au XXᵉ siècle à travers les dictatures fascistes que celle qui aujourd’hui invente pour un maréchal un droit de mémoire d’exception. Quand le politiquement correct flirte avec la « fascisation correcte ». Pensez binaire, messieurs dames.

Pour une fois que le Président Tréma dit quelque chose de juste et de nuancé, les terroristes de la fascisation correcte lui tombent sur le dos.

Le plus beau sophisme de cette pensée crapuleuse : « La gloire d’un homme ne couvre pas ses crimes. »

C’est de ses crimes dont il est question lors des commémorations de la Grande Guerre ?

Mêmes pitreries nuisibles que ce soit pour Céline ou pour Polanski.

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Macron : — Il n’est d’idéaux, que s’ils cherchent à changer le réel.
Le réaliste : — Il n’est de pire seau que celui qui refuse à aller au puits quand la maison brûle.

Trône-au-fût ou mangeoire à livres

Appel à invention

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Toi, mon tronc, mon arbre, sur lequel je pourrais poser mes fesses et conforter mes yeux. Toi qui m’ignores encore et qui t’étires de tout ton long sur tes racines blondes… Vois-tu mon tronc, je sais que tu m’attends.

Les promeneurs, égarés ou non, depuis l’invention de la bipédie, ont inventé les sentiers, les laies, les chemins, les allées… C’est une grande réussite.

Depuis qu’ils sont descendus de leurs branches, les hommes occupent leurs journées entre deux activités : la marche et la contemplation. Si les marcheurs ont trouvé leurs voies royales, les contemplatifs, pour éviter ronces et fourmis, ont adapté la cage à oiseaux pour bipèdes (appelons cela niches ou logis, pavillons ou termites de copropriété, c’est du pareil au même), et ils s’y sont perdus. Il manque aux contemplatifs une invention capable de les ramener à leur point de départ, dans les forêts…

Pour éviter ronces et fourmis, les contemplatifs ont d’abord eu l’idée de supprimer les arbres, puis avec les arbres, les fourrés. Puis comme c’était un peu triste la vie sans un arbre, ils se sont dit qu’un ou deux arbres, c’était pas si mal que ça. Et sans le savoir, ils se mirent à en adopter, et puisque les fourrés avaient disparu de ce qu’on appela alors des jardins ou des parcs, ils inventèrent… la chaise longue.

Ah, qu’il est bon de pouvoir prendre l’air sur une chaise, au soleil, loin de l’agitation des villes !

Eh ben tout cela doit cesser ! L’homme n’est pas un animal rampant qui s’abaisse à contempler les herbes ! Tarzan avait raison, l’avenir de l’homme, c’est la liane ! Quand il ne marche pas, l’homme moderne doit pouvoir contempler le monde depuis une certaine hauteur. Et c’est encore plus vrai pour le contemplateur qui baisse la tête : le lecteur de bonnes aventures.

L’homme qui lit devrait pouvoir le faire, non plus au pied d’un arbre, mais trônant fièrement sur son fût ! L’homme ne lie pas, il trône !

On envoie bien les oiseaux là-haut se fourrer dans des mangeoires, il serait temps que les contemplateurs reprennent les fûts en main, et qu’à défaut de s’accrocher aux branches, que le tronc soit leur foyer.

Il faut bien avoir eu une poutre tout ce temps masquer la forêt pour ne pas avoir encore pensé à cette association :

Nous sommes à la veille d’un saut évolutif de première ampleur, mobilisons toutes les forces créatrices, inventeurs, bricoleurs, ingénieurs, industriels, pour aider l’humanité à recouvrer sa pleine dignité.

Demain, dès l’aube, les contemplatifs relèvent les copies, et au pire dans l’après-midi, nous voulons pouvoir affûter nos livres à l’ombre des sous-bois.

Et quand je partirai, je piétinerai à la ronde
Tous ces bouquets de ronces et ses fourmis en pleurs.

La Gaf du Val de Marne

29 décembre : Pour vous connecter à votre CAF changez de mot de passe.

— De quoi je me mêle…

— C’est pour des raisons de sécurité.

30 décembre : Vous devez saisir votre mot de passe provisoire avant de créer un nouveau mot de passe.

— D’accord, envoie-moi un nouveau mot de passe par mail.

— C’est pas possible.

31 décembre : 4e tentative de connexion. À la cinquième, vous êtes radié, humilié, jeté à la rue… provisoirement.

— Ben, donne-moi ce satané mot de passe ! Le mien était très bien bordel !

1er janvier : Votre nouveau mot de passe vous sera envoyé par courrier à la Saint-glinglin.

— Par courrier ?!! Tin, mais pourquoi tu m’envoies pas ça par mail ?!!!

— C’est pour des raisons de sécurité.

— D’accord, alors les banques, les impôts, les assurances, les avocats, tout ça passe par mail, mais les allocations familiales ça passe encore par les missives postales… Et pourquoi donc changer ce putain de mot de passe ?!!

— C’est pour des raisons de sécurité.

— Je me charge moi-même de ma sécurité, merci. Si tu veux que je change mon mot de passe, tu m’envoies un mail deux mois avant pour que je puisse recevoir ton putain de mot de passe provisoire avant le dernier moment !

2 janvier : Mail des allocations familiales : On attend votre déclaration de revenus.

— Et là tu m’envoies un putain de mail ?!!! Tu peux m’envoyer par mail une demande de déclaration de revenus alors que tu sais très bien que ma situation n’a pas changé, mais t’es incapable d’utiliser ce mail pour m’envoyer un mot de passe provisoire ?!!! Tu te foutrais pas un peu de ma gueule la CAF ?

3 janvier : En raison d’une forte affluence due à un trop grand nombre de demande de changement de mot de passe, nos services sont interrompus.

4 janvier : Les lutins du Père Noël sont réquisitionnés pour inventer et écrire sur des cartes postales quelques centaines de milliers de mots de passe provisoires pour le compte de la CAF.

5 janvier : Ma banque : Vous êtes à découvert.

6 janvier : À la rue.

— C’est pour des raisons de sécurité.

7 janvier : En raison d’une forte affluence de sans-abris jetés dans les rues faute d’avoir pu effectuer une simple déclaration de revenus, la CAF décide d’envoyer rétroactivement des mots de passe provisoire à tout ses allocataires via leur messagerie électronique.

— On est dans la rue ! Comment qu’on y a accès !

— Pour des raisons de sécurité, nos agents ne sont pas autorisés à répondre. Veuillez saisir un mot de passe provisoire.

— J’attends déjà un abris provisoire. Tout est provisoire à ce que je vois.

8 janvier : Le boss de l’informatique de la CAF tente de se connecter à son poste de travail après trois mois d’absence et après avoir reçu le message suivant de la direction : Pour des raisons de sécurité, un mot de passe provisoire vous a été envoyé par courrier à votre domicile. Ce mot de passe, il se l’était lui-même envoyé. Puis la lettre s’étant perdue, et puisqu’il n’était pas au travail, il ne pouvait plus se l’envoyer à lui-même… Le 15 novembre, un boss provisoire de l’informatique à la CAF avait alors été nommé et avait jugé plus prudent de ne rien faire… pour des raisons de sécurité. Finalement, c’est le secrétaire du Père Noël qui avait trouvé un moyen d’envoyer un mot de passe provisoire au boss de l’informatique de la CAF resté chez lui. Le message envoyé comportait le message suivant : Pour des raisons de sécurité, nous avons choisi de vous envoyer un mot de passe provisoire dont vous pourriez vous souvenir même en perdant cette lettre : 123456789.

— Votre mot de passe doit comporter 8 chiffres.

L’art de la chute

pensée à la con #34432

Quand un enfant trébuche, est-ce qu’il pleure parce qu’il a mal ou parce qu’il a honte ? À quel âge a-t-on suffisamment de recul pour comprendre que s’il y a un « mal », c’est celui que l’on place dans le regard de l’autre et que ce regard, c’est à nous de l’apprivoiser ? Celui qui se prend les pieds dans le tapis et ne blesse que son amour propre doit apprendre à en ressortir grandi et sans honte si toutefois il sait trouver immédiatement en lui le recul nécessaire pour ne pas s’assujettir au regard de l’autre.

Quel peut être ce détachement sinon l’humour ?

L’humour n’est-il pas le signe le plus élémentaire d’intelligence ? On rit de celui qui tombe et qui prend sa mauvaise fortune comme un drame. Mais celui qui se relève aussitôt, arrive à en plaisanter avec le plus parfait détachement, et non pas « à faire comme si de rien était » mais à repartir réellement en passant à autre chose, celui-là, on le respecte pour sa capacité à se détacher de lui-même, à ne pas s’apitoyer, à ne pas fléchir au moindre écueil. Un enfant qui comprend ça est déjà grand. Et certains grands demeureront toujours petits.

Mais l’art de la chute, ou du détachement de soi, parce que oui c’est un art, comme tous les arts, il s’apprend. C’est en l’exerçant qu’il se perfectionne.

Il faudrait apprendre à trébucher dans des écoles où ceux qui rient ne sont pas ceux qui regardent mais celui qui chute. Chacun devrait alors juger l’autre en sa capacité à se détacher de lui-même. À rire d’une chute, ou à en rester indifférent. Princes de toutes autorités devraient ainsi s’y plier. Parce que là seule autorité véritable est celle du cœur (violons).

La honte, c’est une peur du regard de l’autre, une peur qui bouillonne en nous et qui attend son heure avant de jaillir à la moindre catastrophe (parfois même à la moindre occasion). Elle nous fragilise un peu plus si on est tenté de la contenir au lieu de la laisser s’échapper : mettre à l’épreuve cette honte, l’apprivoiser, la démystifier, c’est apprendre à regarder au-delà de soi, à tendre vers l’humilité des petites âmes qui ne prennent rien trop au sérieux, c’est l’interdire de grandir en nous avant qu’elle ne devienne un monstre incontrôlable auquel on serait devenu captif.

Il y a de la noblesse dans la chute. Seulement quand offerte au regard d’autrui, elle est suivie d’un rebond. Il n’y a pas un homme qui ressemble moins à un autre homme que quand il trébuche. Mais aucun homme ne se relève comme un autre. La noblesse est bien dans la capacité des êtres qui exposés au regard de leurs semblables font montre, au mieux d’humour, au pire d’un simple détachement désintéressé.

Apprendre à se détacher de soi n’aide-il pas à se rapprocher des autres, se mettre à leur place, les comprendre, les accepter tels qu’ils sont… C’est en cela aussi qu’on respecte ceux qui quand ils tombent ne s’enferment pas en eux mais se rapprochent au contraire de nous.

Alors chutons. Apprenons à nous prendre les pieds dans le tapis, à glisser sur des peaux de banane. Se vautrer est une chance. Celle de prouver à nos contemporains qu’on peut mieux que personne nous relever. Pour les rejoindre. Ceux qui s’y refusent sont des imposteurs. Ils préfèrent jeter des peaux de bananes pour ne pas à avoir à s’y laisser prendre, et profiter au contraire que les autres trébuchent à leur place. Ceux-là mériteraient quelques séances de tarte à la crème, avant que ceux qui sont tombés à leur place les invitent à la fête.

Avoir les fesses rougies par les chutes, plutôt que les joues cramoisies par la honte.

Humour, détachement, intelligence. C’est la même chose.

Banana_Peel

Paie ta contribution à la culture de la bêtise, version Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes :

« C’est ce qui contribue à la culture du viol que de minimiser ou de relativiser les viols et les agressions sexuels selon le talent, selon la notoriété, de la personne qui est mise en cause. » « Je me suis aperçu qu’en janvier il y avait un autre cinéaste qui était programmé à la Cinémathèque française qui a été condamné deux fois, donc ça me choque. J’en ai parlé avec la Ministre de la culture, nous pensons que la Cinémathèque française pourrait programmer des cinéastes femmes par exemple, ou des cinéastes femmes et hommes qui n’ont pas été condamnés pour agression sexuelle ou pour viol, il y en a pléthore. Ce serait de notre point de vue plus pertinent. »

Ce qui serait pertinent, ce serait qu’une femme secrétaire d’État évite de parler d’un sujet que manifestement elle ne connaît pas en ignorant complètement et probablement volontairement la programmation à la Cinémathèque. Bel exemple d’un opportunisme crapuleux et démagogique.

Parce que ce qui est choquant, et j’en ai parlé avec mon chat il est d’accord avec moi, c’est de suggérer que la Cinémathèque française ne « mettrait à l’honneur » que des cinéastes (présumés ou non, mais quand on se mêle à la foule pour conspuer le même type, secrétaire d’État ou non, on se pense bien protégé au milieu des autres, et la présomption d’innocence, on s’en balance) agresseurs sexuels. Puisqu’on est dans la dénonciation pure et simple, je rappelle donc que Claire Denis a fait l’objet d’une rétrospective complète en début de saison et que Chantal Akerman aura droit aux mêmes honneurs. Et puisqu’il n’est visiblement pas inutile de le préciser à des secrétaires d’État volontairement inculte et/ou malhonnête, non la Cinémathèque ne programme pas lors du prochain trimestre que Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau.

Alors, puisque la culture de la bêtise est un virus qui s’insinue un peu par capillarité, je m’y plonge avec joie et demande : Que peut-on espérer d’une secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes qui cultive ainsi la bêtise et la malhonnêteté intellectuelle ?

Rien, au revoir.


Les semailles de la bêtise opportuniste :

http://www.lci.fr/politique/video-pour-marlene-schiappa-l-hommage-rendu-a-roman-polanski-contribue-a-la-culture-du-viol-cinematheque-francaise-2068944.html

Paie ta contribution à la culture de la bêtise

— Bonjour, ici La France, votre bon de commande a bien été pris en compte. Veillez en vérifier le contenu ainsi que l’adresse de destination :

Votre panier :

Livraison d’avions Rafale (Qte : 24)

Montant (6 milliards)

Destinataire : Monsieur Qatar

Adresse de destination : Doha, Golfe persique, 5e étage, Code : 54B32

Votre code Colisimo : 6A5328356273

 

— Suivi de commande Colisimo le 25 octobre :

« Votre colis sera présenté le prochain jour ouvré et nécessite une remise en mains propres. Si vous êtes absent, vous pouvez nous donner vos instructions sur laposte.fr/modification-livraison. »

— Suivi de commande Colissimo le 26 octobre :

« Votre colis est livré au voisin indiqué sur l’avis déposé dans la boîte aux lettres du destinataire. »

Monsieur Qatar se rend fébrilement à sa boîte aux lettres et lit :

« Votre colis a été remis au voisin suivant : Monsieur Daesh. »

 

Merci La Poste. Bientôt, pour faciliter l’envoi des courriers et améliorer le service, La Poste n’enverra plus les plis dans notre boîte aux lettres, mais à un voisin chez qui il faudra se rendre pour récupérer les enveloppes qui nous sont adressées. Voilà plus de 4000 ans que le service postal existe, il était temps d’innover. Vraiment, pourquoi aucune poste au monde n’y avait pensé ? Envoyer notre courrier chez le voisin. C’est pourtant plus simple.

Encore merci, escrocs.

 

La Poste ou les escrocs anonymes