Loin du Vietnam (1967)

Loin du Vietnam

Loin du VietnamAnnée : 1967

5/10 IMDb

 

Réalisation :

Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Chris Marker, Alain Resnais


Vu le : 28 mai 2018

Au cinéma quand on est cinéaste, y a le contrôle continu (le filmographie), et y a le tour de force un peu passé de mode mais obligatoire dans les années 60-70 : participer à un film à sketchs. L’amusant ici, puisqu’il y a presque autant d’auteurs crédités au générique que d’élèves pas classe, c’est, à la moindre connerie ou bon point relevé dans le film, de noter les noms. Tout l’enjeu pour les participants est de parvenir à ne pas se faire reconnaître.

Le cancre dans cet exercice, c’est encore notre ami Jean-Luc (élève Godard), qui bien qu’ayant très bien compris qu’il fallait respecter le sujet en évitant de montrer sa trombine à l’écran, n’a évidemment pas pu s’empêcher de le faire, filant ainsi en beauté droit vers le hors sujet : le titre Loin du Vietnam vient peut-être de là. Remarque, je préfère encore écouter Jean-Luc raconter ses petites contrariétés d’aristocrate attiré par le prolétariat innocent et bête, ou chagriné face à son impuissance dans le conflit vietnamien (et même un peu vexé mais compréhensif de se faire éconduire par ses héros), que devoir bouffer vers la fin, et dans la copie de je ne sais quel élève, une suite de commentaires recueillis sur le pavé. Jean-Luc est touchant au moins dans sa volonté d’être lucide, et maladroit. Ce qui est loin d’être le cas de cette femme à l’accent insupportable du XVIᵉ arrondissement de Paris, présentée comme vietnamienne et se réjouissant de l’immolation napalmée et volontaire d’un Américain protestant contre la guerre.

Comment on dit déjà ? Inégal. (Et assez inutile, en tout cas cinquante ans après.)

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Description d’un combat, Chris Marker (1960)

Description d’un combat

Description d’un combatAnnée : 1960

Vu le : 26 mai 2018

8/10 IMDb

 

Réalisation :

Chris Marker


Liste :

MyMovies: A-C+

Encore et toujours le génie de Marker, que ce soit aux commentaires ou au montage. Son humour fait mouche à chaque fois, la bienveillance qu’il montre à l’égard des personnages qu’il rencontre est sans faille : un bon mot sachant parfois mieux décrire une réalité qu’un long commentaire, comme une caricature qui capte d’un trait ce qui cloche dans un visage, une attitude ou un comportement, Marker en abuse et c’est tant mieux.

Son génie il est là, à savoir regarder différemment, à prolonger son regard d’une certaine fantaisie, voire d’une facétie répétée ou fétichiste (à l’égard des chouettes ou des chats) qu’il sait mettre au service d’un discours qui fait sens. C’est toujours personnel, loin des documentaires cartes postales multipliant les passages obligés, et follement inventif.

1960, Marker arrive à nous dépeindre Israël comme un îlot presque paisible sur lequel souffle encore pour quelque temps l’air des belles utopies…

Les Fusils, Ruy Guerra (1964)

Os Fuzis

Os FuzisAnnée : 1964

Vu le : 26 mai 2018

6/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Ruy Guerra


Cent ans de cinéma Télérama

Western révolutionnaire (ou qui incite à l’être) qui commence comme du Glauber Rocha et qui s’achève en Sam Peckinpah.

À ma grande honte, je dois avouer que quand un fusil manque à l’appel, on s’ennuie un peu. Tous les passages poético-symboliques à la Rocha me laissent de marbre, jusqu’à l’étrange séquence finale, et probablement allégorique, du bœuf sacré vite charcuté par la population affamée. Tandis qu’une séquence avec un fusil, c’est simple à comprendre comme dans un film de cow-boys. L’allégorie y est alors plus simple : la lutte de pouvoir selon de quel côté du canon du fusil on se trouve.

Un fusil = la loi. Pas de fusil = pas de chocolat. (Si j’ai tout compris.)

Trois séquences de “fusils” sortent du lot. Celle dans le bar où les soldats font la leçon aux paysans avant que le camionneur n’arrive et fasse la leçon aux soldats. Celle du meurtre par accident mais à l’insu de son plein gré rappelant la violence niaise de la chasse au kangourou dans Réveil dans la terreur. Et celle du retournement final quand le camionneur lance la révolution à son échelle, et son suicide, en s’emparant d’un fusil et s’attaquant aux soldats après avoir vu un paysan résigné à la mort de sa gamine affamée… Tout le film, et le rapport au titre, se trouve dans ces trois séquences. Le reste est soit accessoire soit pénible et long à se mettre en place.

Le Vandale, William Wyler, Howard Hawks (1936)

Le Vandale

Come and Get ItAnnée : 1936

Vu le : 19 mai 2018

8/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

William Wyler, Howard Hawks


Avec :

Edward Arnold, Joel McCrea, Frances Farmer


Listes :

MyMovies: A-C+

On n’est peut-être pas habitué à voir Edward Arnold dans un tout premier rôle, surtout quand on trouve également à l’affiche Joel McCrea, et le film manque peut-être un peu d’ampleur, comme un clou sur lequel on n’aurait frappé qu’un coup de marteau, mais c’est peut-être aussi la qualité du film : le finale arrive vite, et il est tranchant, sans surprises et sans concessions. L’ellipse achevant le premier acte et peut-être aussi un peu grosse, et on aurait gagné à partir sur de nouvelles pistes afin de voir par exemple les enfants grandir et devenir adultes, avant de nous recentrer sur le cœur du sujet : l’amourette contrariée du père qu’il tentera laborieusement de faire revivre avant de se faire traiter comme il se doit de vieux chnoque… Une fin, à la fois cruelle et juste, qui sonne comme une remarque d’enfant… à l’oreille des vieux.

On n’est pas sérieux quand on n’a… quand on n’a… que l’amour.

‘Blue Blazes’ Rawden, William S. Hart (1918)

L’homme aux yeux clairs

‘Blue Blazes’ RawdenAnnée : 1918

5/10 IMDb

 

Réalisation :

William S. Hart


Avec :

William S. Hart


Vu le : 18 mai 2018

Les balles n’atteignent jamais William S. Hart. Même à bout portant. À n’y rien comprendre. Peut-être aussi parce que le film est tellement massacré (par le temps) que c’est impossible d’y voir clair (en dehors d’une histoire assez niaise de garçon cachant à la mère d’un imbécile, d’un intriguant, qu’il a tué son fils…).

Techniquement, de jolis raccords dans l’axe (comme on pouvait déjà le voir dans Le Justicier[1] ou dans Grand Frère[2]) et du montage alterné de “porte” (celui dans un même “espace”, quand on nous montre ce qui se passe, derrière la porte, dans la pièce voisine, et que les deux actions sont amenées à se rencontrer). On devrait répertorier toutes les portes au générique et dans les bases de données tellement les portes jouent un rôle primordial au cinéma depuis qu’on s’est mis en tête de monter différentes sections pour en faire un film. Une porte, c’est un raccord narratif, comme une sorte de connecteur logique visuel.

Film de trappeurs musclés plus que western.


[1] Le Justicier ; [2] Grand Frère

Le Gai Mensonge, William Wyler (1935)

The Gay Deception

The Gay DeceptionAnnée : 1935

7/10 IMDb

 

Réalisation :

William Wyler


Avec :

Francis Lederer, Frances Dee


Vu le : 13 mai 2018

Comédie typique de l’âge d’or avec une forte influence de l’esprit de l’Europe centrale : une petite touche appréciable de Lubitsch et de Wilder dans la veine des comédies de travestissement.

Un prince européen (d’une république imaginaire) qui se fait passer pour un groom et qui tombe amoureux au premier coup d’œil d’une dactylo qui, de son côté, décide de dépenser la totalité de ses 5 000 $ gagnés à un prix en s’offrant pendant un mois la belle vie dans un palace… Il n’y a qu’au cinéma qu’on voit ça.

Le burlesque est là, la romance aussi, je t’aime moi non plus, « un jour mon prince viendra… » et les quiproquos sont à la fête (on ne se travestit pas pour le plaisir). Toutes les recettes du succès, une certaine touche en moins, mais Frances Dee en prime. Le bellâtre Francis Lederer est lui moins convaincant (qui le serait habillé en groom les trois quarts d’un film ?). William Wyler est décidément plein de surprises dans un registre, la comédie, qu’il adoptera à de rares occasions (n’est-ce pas d’ailleurs ici le même schéma, mais inversé, rencontré plus tard dans Vacances romaines ?).

Ils étaient trois, William Wyler (1936)

These Three

These ThreeAnnée : 1936

Vu le : 12 mai 2018

8/10 IMDb

 

Réalisation :

William Wyler


Avec :

Miriam Hopkins, Merle Oberon, Joel McCrea


L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

 

Première version de La Rumeur[1] du même William Wyler et déjà un grand film. Un trio rêvé et une Bonita Granville exceptionnelle dans le rôle de la petite peste, sorte de Vincent Price de 13 ans (non pas que Vincent Price soit réellement flippant, mais c’est bien le fait de voir Vincent Price dans ce regard d’une jeune fille de 13 ans qui produit une étrange sidération) jouant tour à tour les rôles de Pierre et du Loup sans jamais cesser de crier à la figure de qui lui tient tête qu’elle « a vu le loup » (ou presque) tout en sachant pertinemment la confusion que cette expression produira dans la tête des adultes… Seul peut-être l’enfant insupportable de Fallen Idol peut rivaliser (les deux sachant très bien surjouer l’innocence qu’on prête généralement aux enfants de leur âge).

Seuls l’introduction (raccourcie) et deux éléments du finale seront modifiés dans le remake, et pas des moindres.

Miriam Hopkins reprendra le rôle de la grand-mère qui portera un écho dramatique aux dires de sa protégée. Facétie de casting, vingt-cinq ans après, le dilemme pour son personnage étant de démêler le vrai du faux… : les vieux spectateurs se seront rappelés que si un personnage devait savoir, c’était bien le sien.


[1] La Rumeur