Féminisation de la langue, terrorisme linguistique et usage

D’abord, arrêtons de confondre le sexe et le genre grammatical des mots. Les genres féminin, masculin ou neutre en français n’ont rien à voir avec les sexes. Ce qui détermine le genre d’un substantif, c’est comme pour beaucoup de choses en français, l’usage. « Une table » est de genre féminin, mais elle n’a évidemment pas de sexe, et l’usage qui détermine qu’un substantif soit féminin ou masculin n’est ni déterminé par le droit ni par la logique. L’usage seul commande. Personne n’a déterminé et imposé aux autres qu’une table devait être de genre féminin. C’est ainsi que quand on évoque « une belle enflure », ça désigne plus probablement un homme alors même que le substantif pour le désigner est féminin ; même chose avec « un cordon bleu » qui pourra s’appliqua à une femme.

Quand on a compris que le genre des substantifs n’avait rien à voir avec les sexes, il devient inutile de chercher à féminiser des termes dont l’usage a fait qu’ils étaient de tel ou tel genre. Doit-on féminiser le substantif « utérus » sous prétexte qu’il n’est pas la propriété de ces messieurs ? Donc un homme « sage-femme », ça ne devrait poser aucun problème. La langue ne discrimine pas, c’est l’usage pratique cette fois des métiers qui discrimine. Ce n’est pas la langue qu’il faut féminiser, mais la société. Et si de nouveaux usages se mettent en place, ce n’est encore une fois à aucune autorité supérieure ou lobby de décider ce qui est bon pour la langue et pour tous (parce que nous sommes tous propriétaires de notre langue) : ce sera, à l’usage, des pratiques, des habitudes nouvelles prises qui s’imposeront ou non par rapport à d’autres. L’usage, c’est l’affaire de tous, à l’image d’un consensus dans le domaine scientifique ou en histoire. Les idéologies sont les pires parasites trouvées sur le chemin d’une langue quand il est question d’en changer l’usage. Au même titre que des règles d’orthographe nouvelles, décidées il y a vingt ans, et qui ne sont toujours pas appliquées dans l’usage, rien n’y personne n’a le pouvoir de dicter aux autres ce qui est notre bien commun, la langue. Ça vaut à la fois pour les Académiciens dont on prête ces jours-ci un peu trop de pouvoir de décision, comme pour les féministes extrémistes qui trouvent dans la féminisation de la langue une nouvelle croisade à mener contre les hommes.

Quand on m’explique que la langue a besoin d’être à nouveau féminisée parce qu’elle a été il y a quatre siècles masculinisée, c’est donner d’une part un peu trop de crédit à une institution comme l’Académie française qui, hier comme aujourd’hui, n’a pas autorité pour changer à ce point l’usage de la langue (hier sans doute plus qu’aujourd’hui, mais je doute que des décisions prises il y a quatre siècles par des Académiciens aient pu être suivies à ce point dans la population au point de modifier la langue, les usages en cours, pour les figer sous une autre forme — jolie théorie du complot, forcément celui de ce bon vieux patriarcat) ; d’autre part, la langue ne fonctionne pas selon un principe de droit ou de justice. Si une telle décision avait été prise il y a quatre siècles, et si l’usage a changé, pourquoi devrions-nous penser que l’usage doive revenir à ce qui se faisait avant ?! Parce que « c’était mieux avant » ?

Il est assez consternant de voir que cette question de la langue, nécessaire pour certains corps de métier qui se féminisent (mais c’est l’usage formel d’une société qui pousse à un usage pratique de la langue) servent d’étendard à ces extrémistes de tout poil. Celles-ci voudraient imposer l’écriture inclusive à tous et voudraient justifier leur totalitarisme (pas seulement linguistique) en prétendant que la langue, et ceux censés l’établir (sic) se sont au cours de l’histoire servis de la langue pour opprimer les femmes. L’hypocrisie, le politiquement correct et la peur de ces casseuses de couilles pourraient, ironiquement (ou tragiquement) avoir raison des plus sensés, et ainsi, on pourrait voir des usages se répandre par peur de passer pour un ignoble macho. Cela passera au moins pour un certain nombre de termes féminisés, mais je doute que cela aille un jour jusqu’à l’adoption d’une écriture inclusive (autrement ce serait une victoire bien triste du totalitaristiquement correct). L’exemple d’« auteur » pour une femme (alors même qu’une fonction, par un substantif, n’avait donc pas besoin d’être « féminisé ») sera intéressant à suivre. Parce que les plus totalitaires voudraient réparer la prétendue injustice faite il y a des siècles au terme « autrice », quand il est plus vraisemblable que celui d’« auteure » suffise à l’avenir. L’usage ira probablement au plus simple, et il y a au moins une chose contre laquelle les totalitaristes de la langue ne pourront pas lutter, c’est que si certains usages deviennent des marques idéologiques, cela compromettra de fait leur passage dans l’ensemble de la population.

En attendant, au lieu de chercher à définir ce que devrait être un bon français (au lieu du bon usage), on devrait se féliciter que de telles polémiques permettent aussi de voir de nouvelles propositions de langue et des usages alternatifs peu à peu cohabiter avec d’autres. Parler de la langue, c’est lui donner vie. S’il y a quatre siècles des Académiciens ont voulu masculiniser la langue, c’est peut-être aussi que c’était le signe d’une époque, pas forcément ou seulement plus par sexisme, mais aussi durant laquelle le français était moins inscrit dans le marbre. Une chance alors, parce qu’à perdre certains usages, et pas seulement au niveau des ouvertures féminisantes de la langue, figer une langue, même si on peut en comprendre l’intérêt jusqu’à une certaine mesure, c’est aussi un peu lui nuire. Tant qu’on ne touche pas trop à la grammaire, qui elle doit rester figée, l’usage de ce qu’on fait de notre vocabulaire ne s’en portera que mieux si on en accepte de multiples variantes. Des usages mous, et des usages forts. Mais des usages toujours. Et cela, que ce soit de pauvres petits Académiciens qui ne font plus autorité depuis longtemps (si tant est qu’ils l’aient jamais fait un jour), ou des féminazis (les néologismes sont aussi toujours les bienvenus, surtout quand ils sont formés de mots-valises amusants), ils n’y changeront rien.

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Sonnaiku et autres bêtises mastodonales

Pour mémoire, parce que le compte est laissé à l’abandon, les deux trois babioles transmutées de ce côté depuis mastodon.


Aphorisme suppositoire :

Une perruque à faire pleurer les morts est une perruque difficile à porter.


Étude syntagmatique du jour : un « canular à trois pattes » est un canular boiteux.

On parle aussi parfois de « canular lacté », il s’agit là d’un signe astrologique chinois.

Nous étudierons un autre jour le syntagme « canular sauvage », quand nous aurons le temps de nous replonger dans nos livres d’ornithoryncologie.


Sur la lune demain je vais
Rencontrer un cache
Parent
Pour lui dire combien
Il me manque

Sur sa face constellée
Je porterai deux baisés
Révolutionnaires

Et quand au terme de ma farce
Je lui dirai adieu
Je poserai sur sa main
Un coussin
Pour lui faire
Pouet-Pouet

(Sonnaiku)


Sur les braises
Un vent d’oc
Souffle

La pestilentielle
En couronne ainsi
Font Front Fond

Là-bas les pouets
Maudissent les conteurs
D’histoires

Et tous regardent
Les Onze
À la télévision

La France sans le sou
Y mise sa culotte
Pour qu’on y voit la lune

Chanter de son orifice
Postal
Ailleurs, la flûte

Au cul
Et les cigalettes au bec
Le reste du pays

Croule sous le
Meme débat
Tandis que moi

Derrière mon tricot lover
Sur mes fraises d’oïl
J’ajoute un peu de mon

Indifférence


Hier j’ai vu
Lors de mon passage en Flandre
Deux extravagants tétons
Pincés sur un flanc de colline
Or, si la même main se tendait vers eux
Ce n’était rien à côté
De ce que je compris bientôt
En me rinçant les yeux :

Ces tétons
N’appartenaient pas
À la même femme !

Plein d’espoirs concupiscents
Je me faufilai vers cette forêt wallonne
Avec la ferme idée de me saisir
De l’un ou de l’autre

Arrivé au col
Il était trop tard
Les tétons s’étaient tus

Et une main me fouetta le visage


Brevet vert en main
Me voilà à cuisiner
Des rubans

Dans mes cheveux

Pintade chaude
Et bleue à l’horizon
Bientôt dans ton assiette

Tu mange rat


Moi le pipi gris
Je siffle dans vos verres
À vingt sous

Sous ma coupe
Je bois vos prières
À deux balles

Bal urine
À la commissure des lèvres
Tout dégouline

Line de vapeur moite
Changée en stance
Troubadour

Dourmir rêver
Mourir peut-être
Dit le pouet

Mais de nos pouets
Aux interstices de nos cliques et de nos claques
Tout se mélange

Dans les langes
De l’instance
Mère

Mastodonne d’airain
Aux reins
D’argile

Oui, passer le Rubicon
Et mourir
En chemin

Tout composté
Déjà
…⚘…


Ô moi, eau écarlate !
Quand je baigne dans tes veines
T’as de la veine

Quand je pisse
Hors de tes entrailles
Tu baignes en moi

Ô, gicle ! de tous côtés
De l’air, de l’air !
Libre ! Enfin !

Fini le train-train de la vie
Dans ce cycle infernal
Maintenant la lumière

Ô qu’est-ce là mes globules ?
Je coagule !
Rentrons au bercail

Avant que de l’occire
— Ô rage ! eau de l’espoir !
Nous coagulerons plus tard !

Rentrons, vous dis-je !
— Impossible ?!
Rah, quelle plaie !

Quelle plaie !


Perlimpinpin
C’est le nom de mon papa
Comme lui je suis de la poudre du Bengale

Tous deux faisons des miracles

Sur les réseaux de l’instance pape
Nous saupoudrons un peu de nos larmes
Sur vos tracas quotidiens

Perlimpinpin
C’est le nom de mon papa
Retiens ce nom si tu as mal

Tous deux pouvons te vider les poches

Notre cousin
Marchand de sable
Trime pour le pape

Mais au Bengale
La rémunération est cruciale
Et vos bobos sont notre oseille

De la poudre pour tes yeux
Perlimpinpin


My last fortune cookie:

« What’s wong with you?! »
-你這人怎麼回事-


Dans les spirales
De mes pensées fétides
J’ai vu voltiger

Une mouche

Celle-ci était zinzin
Et me susurrait
Aux synapses

Combien mes volutes arides
La rendait marteau

Tsé quoi mon colibri chéri
J’men vais patauger
Au-d’ssus d’ta tête
Jusqu’à c’que le zag t’emporte
Qu’elle me dit

J’sais plus quoi penser depuis
J’ai la tête dans un étau à bois
J’sens plus mon tournevis

Et la zigzaguante a pris la mouche
La poudre d’escampette

Elle broie du noir
Maintenant

Dans ma cervelle


Je m’en allais flairer le groin dans les roches crevées
Mon patron sur le dos j’étais son féal
Je grattais sous la terre, truffe ! et c’était un régal
Oh, la la que de laies avides ai-je pu renifler !

Mon unique carotte, je la tenais de mon maître
Porcinet rêveur j’égayais vos blondes de mon chant
Porcin. Mon auge était ronde
Et mon patron aussi. Revenu bredouille, le traître

Me fit hisser en haut d’une broche
Tira des ficelles sur mes sabots
Blessés. Un pied près de mon cœur
Vidé.


Hier j’ai vu mon parachute
Par en haut

À la renverse
Je tombe

Soudain
Le vide

(Un parachute ça se regarde par en dessous comme les jupes des filles ou ça se regarde pas.)


Ce matin
Dans mon train
J’ai vu
Dudu

Faire le mariolle

Vers 14heures
Pour son malheur
Dudu
A vu

Un Laguiole

Lui frôler le pif
Paf !

Maintenant
Dudu
Saigne

Il en a une fiole
Pleine

Mais Dudu
Va mieux

Il batifole

Déjà
Dans les couloirs
Du RER

Demain
Dudu
Prendra
Son train

Tout affriolé

Un cornet
Au bout du cou

Façon à
Tutu
Tête

Traînant
Derrière lui
Son maître

Dudu
Mon toutou
Quotidien

Mon agent
De voiries


Ma Cinémathèque, mon vaisseau

(Ode)

C’est quand je te vois malmenée par les flots renégats, moi qui n’étais autrefois qu’un bateau ivre échappant tout juste des flammes d’Orion, que souffle en moi tout à coup la plus élémentaire des évidences, et que j’aspire enfin à te l’avouer : ma Cinémathèque, mon vaisseau, ma femme, ma mère, ma fille, tu peux claquer là-haut dans tes voiles comme d’autres claquent des dents face aux remous du monde, tu peux craquer, en bas, sur le pont, quand tes flancs endurent la féroce pression des mères du Sud, t’embraser sous les foudres des dieux injustes, râper ta coque molletonnée sur les récifs les plus aiguisés… c’est quand tu vogues ainsi, toute ébrouée, pantelante mais toujours inébranlable, que je t’aime.

Ô ma française sens dessus dessous, mon vaisseau pour qui mon cœur chavire, c’est en ces temps tourmentés qu’il appartient à ceux qui t’aiment de dire combien tu nous es précieuse. Précieuse de nous dévoiler chaque jour tes joyaux ; précieuse de ne jamais succomber aux sirènes de l’indignation ; précieuse d’être infaillible dans ton devoir de mémoire et d’exhumation. C’est vrai, oui, que pour cent rétrospectives filant leurs hommages dans le mainstream du temps, là-haut, en soufflant sur tes voiles Langlois, quelques maigres introspectives projetées en fond de cale, pour nous, simples rats epsteiniens ; et pour nos amis sans visages aux yeux bouffis par la peur, les pires navets possibles projetés pareillement à l’abri du gros temps, en salle des machines. Mais n’y a-t-il pas que des amours contrariées ? Aimer, c’est apprendre à accepter celui que l’on aime avec ses défauts, se rapprocher de lui quand nos deux cœurs tanguent, insoumis, sous les mêmes assauts ennemis. Passerais-tu ton temps à déprogrammer nos rendez-vous, préférerais-tu passer tes soirées du vendredi devant un bis, me crier aux oreilles de tes haut-parleurs détraqués, me geler les coucouillards quand tu laisses ton traducteur dyslexique s’occuper de la clim’, que tous ces petits ratés alimenteraient encore l’amour que je te porte. Tes imperfections, c’est pour moi l’assurance vérifiée, la certitude pas encore cocufiée, que je t’aime chaque jour davantage.

Alors, prends tes amarres, ma dulcinée, ma tek, et fais-nous à chaque séance quitter ton quai !

Ô ma française, depuis le pont, Bercy est loin ! À l’abordage, là sur tes toiles : le cinéma. Tout le cinéma ! Ici siègent mille spectateurs sur lesquels, depuis tes coursives invisibles, veillent la bande à Bonnaud. Ici, c’est : « Haut les yeux ! », et depuis nos sièges vermeils, c’est toute la Cinémathèque qui fait main basse sur Paris. Paris est une île : personne ne bouge ! Désormais, ici ce sera… l’île de Costa-Gavras !

Paris à nouveau voit rouge : la commune, c’est nous ! À l’assaut, mon vaisseau ! ma femme, ma mère, ma fille ! À l’abordage ! Prends-moi cette mer déchaînée, filme-moi jusqu’au Zénith, à l’infini, et… au-delà !

L’invisible armada projetée sur tes toiles abat les étoiles, redécoupe les constellations ! Les trous noirs louchent à ta vue, les nébuleuses se redressent craintives pour honorer ton passage, les naines brunes rougissent et les galaxies cabrent leur bras vers leur œil enflammé de peur que tu les éclipses !

Mais…, seul, capable de te faire fléchir, je le dis car je le connais bien, c’est mon fidèle écuyer : abonné comme moi, toujours le premier assis tout en bas dans tes bras, range-toi à ton tour près de lui, c’est mon Samson Pancho. Ne le brusque pas, ma mie, ma femme, ma mère, ma fille, car lui seul connaît ton secret. Je lui ai dit. « Et si les géants viennent un jour à charger ses abords, toi seul (je parle à Samson Pancho) pourra saborder le vaisseau ! »

Nul ne viendra retarder le grain moulu tout droit sorti plein de lumière de tes machines ! Samson Pancho veille sur toi !

Oui, ma dulcinée, ma tek, prends garde aux zinzins de l’espace ! Il ne faudrait pas que mon fidèle Samson découvre aux yeux de tous ce qu’il cache sous son célèbre pancho — sa botte magique !

Allez, ma belle, les quarante rugissantes sont loin et Bernard se prépare déjà à nous présenter Le Quarante et Unième sous-titré en ingouche. Bientôt le seul détroit tortueux qu’il ne te faudra plus traverser comme l’étroit goulot d’un sablier, ce ne sera plus qu’août, ce mois maudit des quatre mardis…

Puisse Vivendi (et les cent autres partenaires) mettre ainsi de l’essence dans tes voiles pour que nous puissions, nous, nous enflammer avec elles. Le septième ciel nous y attend.

Comment ?! J’oubliais de saluer ton personnel de bord ? Moi, ingénieux Hidalgo qui n’oublie pourtant jamais rien ?! — Loué soit donc ton personnel, de ta cadette appelée chaleureusement « chaton botté » (parce que bien que minuscule, on l’entend à deux milles taper du talon) à ta doyenne Tati Nova (qui change d’humeur comme la lune de quartier), en passant par Alice qui depuis qu’elle a grandi joue les Lapin blanc en haut des terriers pour nous y aiguiller (à moins que ce ne soit, sous son imper, Marina, toujours offerte à la bruine et réticente à prendre la barre). Oui, ma tek, loeh soient-ils tous ceux-là qui s’invectivent par leur nom de corde quand ton gréement se file en coulisses avant que de se défaire chaque nuit comme une toile de Pénélope : andr, stas, riva, faya, lejo, tror, ferr, khar, miel, barb, vinc, rodr, gerv, noel, gomb, cham, vink… Merci à eux, et merci aussi à ceux de la bande à Bonnaud qui nous servent chaque jour leurs plats parfois un peu de guingois ; et surtout, merci à tous ceux qui se frottent les mains contre toi pour que les nôtres restent au chaud dans nos poches : à tous ces anonymes, du pont aux machines, de la proue à la poupe, de la quille au nid-de-pie, qui font que toi, ma mie, ma dulcinée, ma tek, ma femme, ma barbe, ma couille, mon essentielle, ma vie… puisse me tirer vers le haut davantage. Tendu, toujours, rivé, à tes toiles. Grimpé haut…

Rideau

 

Alonso Quinoa

De l’utilité des fous

— C’est qui ce zouave au milieu de la piste ?
— C’est Lim.
— Et vous le laissez faire n’importe quoi là ? il pourrait se blesser.
— Oh, non ! il est solide.
— Et le ridicule, il s’en préoccupe pas ? Peut-être qu’il se pense brillant.
— Oh, si, il a tout à fait conscience d’être ridicule… 98 % du temps.
— Ben pourquoi il fait le guignol alors ?
— Pour les 2 % qu’il reste… Attends, il arrive…
—… Il est con.
— OUI JE SUIS CON ! C’est pour ça que je suis nécessaire !!!!!!!
— Putain, t’es grave toi.
— Vous n’avez aucune pitié pour lui, vous le laissez faire n’importe quoi… Enfin tant pis pour lui en même temps…
— Mais non, vraiment. Il est utile.
— Tu crois ça, toi.
— Oui.
— Tu peux m’expliquer ? Moi je lui envoie un bon coup de pied au cul, je ne veux pas en entendre parler des zouaves de ce genre.
— C’est quoi le dernier film que tu es allé voir ?
— Celui de Danny Boon.
— Aïe. Regarde-le encore. Au milieu de ce vacarme, de ces gesticulations ridicules, qu’est-ce qu’au fond tu crois qu’il est en train de faire ?
— Je sais pas. Tu fais quoi là toi à rester dans le coin, tu le regardes vraiment ?
— Non, je ne le regarde pas. C’est qu’à force de tourner dans tous les sens, à marcher sur les mains, à faire n’importe quoi, quelque chose tombe parfois de ses poches…
— Quelque chose ?
— Des clés. Et c’est pas ses clés de bagnole.
— Ah… merde, c’est beau, tu deviens lyrique, mais je suis toujours pas convaincu. Moi il me casse les pieds, les oreilles, il me pompe l’air, et ça fait que dix minutes que je suis là. C’est quoi donc ces formidables clés, ces dernières clés que ta poule aux jeux d’or t’a lancées ?
— Regarde par toi-même et fais le tri. Il vient de pondre tout un trousseau de films qu’il va voir (ou pas) la première semaine de mars. Regarde ! C’est un receleur de première ! Y a pas que du bon, mais il n’est pas responsable de la qualité. Mais y a souvent de quoi faire…
— Hum. Y a aucun Danny Boon dans tout ça. Ça me dit rien, y a pas trop matière à taper le box office. Ce type est à la fois snob et complètement détraqué. Un dégénéré même. Ça doit être ça qui te plaît.
— J’aime les clés au jeu d’or. Alors le reste, je laisse faire, c’est du vent. Il remue beaucoup mais il n’est pas méchant. Tiens, le vlà qui rapplique, fais-lui un sourire.
— Fais pas cette tête de trou de balle, l’étranger !!!!! C’est quoi ta dernière recommandation ?!!!!!!!!!
— Hein ?! S’il te plaît, tu me laisses tranquille ?…
— C’est koi ta dernière rec, mec !!!!!!!
— Parle moins fort, t’es gentil.
— C’est koi ta dernière rec, MEC !!!!
— Tu sais que tu es un peu insistant comme garçon ?
— C’est koi ta dernière rec, MEEECC !
— Tin tu crains.
— Attends, laisse-moi faire. Hé, Lim… ! Lim, regarde ici. Là ! Lim, c’est quoi le dernier documentaire que tu pourrais me conseiller ?
—…
— Énorme, tu l’as calmé direct !
— Laisse, laisse. Alors, Lim ?
— CHÉ PAS !
— Il va pas se mettre à pleurer au moins !
— Non, regarde. C’est sa manière d’échanger. Lim, Lim ? Si tu veux, j’ai des recommandations à te donner. Tiens, j’ai tout un jeu ici.
— Je rêve, toi aussi tu te trimbales avec un jeu de clés d’or dans la poche ?… Hé, mais fais gaffe, il est en train de partir avec !!!!
— Et maintenant, tu es tranquille.
— Ah ouais. Tu sais y faire.
— J’ai toujours sur moi aussi quelques tranches déjà coupées d’un bon pain de campagne.
— Ah, et c’est pourquoi ?
— Pour mieux y étaler ses pâtés.
— Moi je l’attacherais à un piquet, je lui filerais jamais à manger et j’attendrais qu’il crève. Il est pas humain ce “mec”.
— Mais non, regarde comme il est joyeux à sauter dans tous les sens !
— Tant qu’il reste au loin et qu’il vient pas foutre sa truffe dans mes affaires, il peut sauter comme il veut. Hé, comment tu vas faire pour rentrer sans tes clés ?
— Je vais rentrer avec les siennes. Regarde. Il y a bien assez de clés. L’une d’elle ouvrira forcément sur un trésor.
— Je crois que t’es dingue toi aussi. T’es même peut-être plus dingue que lui.
— C’est vrai. Aujourd’hui, tu sais ce que je me suis appliqué à faire ?
— Non.
— J’ai créé tout un jeu de clés… ouvrant sur le box office de la semaine.
— Ah ouais ! mais c’est cool tu me files le lien !

(Quand personne n’écrit de jolies histoires sur vous. Écrivez-les vous-mêmes.)

Les culs qui parlent

 

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… (…) Hhih !!!!…… heuh !!!!… rrrrrhiiiih !… (…) Hhuh !!!!…… houh-houh !!!!… rrrrrhoh !… ah, ah !… (…)

— Venez voir les gars ! il se passe un truc ici ?!! Dépêchez-vous !

Tout le monde arrive.

— Qu’est-ce que c’est que cet attroupement ? il se passe quoi ?!…

— Là, regarde, le type est un train de pondre quelque chose d’extraordinaire… On ne sait pas encore ce que c’est, mais ça promet d’être énorme !

Au milieu de la foule, un homme est accroupi depuis déjà plusieurs heures et pousse d’étranges grognements, parfois de douleur, parfois de contentement. Tout le monde le regarde avec des yeux ahuris.

— Hhwaoh !!!!…… hwaouh !!!!… rrrrrhagh !… ah, ah !

— Mais qu’est-ce qu’il fait ? c’est spectaculaire en tout cas !

— Oui ! Et pourquoi il a le fute sur les chevilles et les fesses à l’air ?

— Je sais pas, c’est original, et en même temps, ça me rappelle vaguement quelque chose…

— C’est presque la définition d’une œuvre d’art réussie que tu nous fais là.

— Sans doute.

— Rodin, Rodin, c’est le Penseur ! Regardez ! la même posture !

— C’est Rodin, les gars, venez voir ! Rodin !

On s’attroupe un peu plus autour du “Penseur” qui ne manque pas, lui, de penser à voix de plus en plus haute.

— HHUGHH ! ARGGGH !… HIIIIIIH-HI… ! OH-OH-HO !… FFFFFFH-FFFFH-FFFFH !… Hiiiiiiii-hi !

— Extraordinaire !

— En même temps, je sais pas, ça me dit vraiment quelque chose cette histoire..

— Regardez, il fait une pause ! Demandons-lui ce qu’il fait !

— Hé, hé… hum, l’artiste ! Qu’est-ce que tu es en train de faire ?

(Long pâté sur la colline sur les mille et une manière de chier sans trop se salir le derche.)

— Fabuleux !

— M’oui, je sais pas, ça me dit vraiment quelque chose, mais je sais plus où j’ai entendu ça…

— Regardez, il reprend !

— Ça semble pas facile son histoire. Il y en est toujours rien sorti…

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… ouille-ouille-ouille…

— Oh, mais regardez ! un autre est en train de se défroquer !

— Vous croyez qu’il va faire la même chose ?

— Oh mais oui, écoutez-le ! Voilà qu’il commence !

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

Tout le monde quitte le premier hurluberlu et s’attroupe autour du second.

— Splendide !

— Incroyable !

— Bof… Je pourrais en faire autant…

— Ah, mais n’importe quoi ! alors vas-y, enlève ton futal !

— C’est pas le tout de se foutre à poil, le tout c’est de le faire honnêtement !

— Parce que tu crois que l’autre gars y met tout son cœur ?! Voilà des heures qu’il essaie de nous chier quelque chose et qu’on comprend toujours rien à l’affaire !

— Tu sais même pas de quoi tu parles !

— Mais si regarde-le ! Et regarde celui-là ! Lui au moins, je sens qu’il va y venir à bout plus vite !

— À bout de quoi ?!

— Ah !… c’est toute la question !

— Mais pas du tout, c’est l’intention qui compte, vous n’y êtes pas !

Un troisième un peu plus loin baisse à son tour son pantalon et se positionne en émettant quelques grognements pour attirer la foule.

— C’est Lim, laissez tomber.

— Attends, je veux voir quand même !

— Mais non, je te dis, regarde plutôt celui-là, c’est un chieur authentique, je te le garantis. Dans dix minutes, on aura tout compris et on saura où il voulait en venir.

— Et par la même occasion, ce que l’autre voulait aussi dire, sans doute.

— Oui, et le Penseur de Rodin !

— Et la Joconde !

— Oui, le mystère du sourire de la Joconde enfin dévoilé !

— En attendant j’y vois plutôt une grimace…

— Rien ne se fait sans douleur.

— Patience ! ça va venir !

Tout le monde en cœur : Alors ? ça vient ?

Le premier et le second hurluberlu, de concert : Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

— Incroyable ! à deux, c’est presque plus immersif !

— Moi j’y crois toujours pas. Rien ne sortira jamais rien de leur derche.

— Ta gueule, le sceptique !

L’un sort son portable, les autres l’interrogent :

— On en parle au 20h ?

— Au quoi ?… Non, c’est en direct sur Periscope, trois nouvelles chaînes Youtube viennent de se créer sur le sujet…

— On est en direct sur Twitter ?!

— T’es con, ça veut rien dire ça… Regarde plutôt duquel des deux nous pondra quelque chose !

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

— Hhuh !!!!……

— Hhuh !!!!……

— Ah !

— Ah !

— Alors, ça vient, merde !

— Là, là, regardez !!!!! Non, c’est pas possible !

— Quoi ?

— Un autre s’y est mis !

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… — Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !… — Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

— Hhuh !!!!…… heuh !!!!… rrrrrheh !…

— Mais tout le monde s’y met !

— C’est ça l’astuce !

— C’est de l’art !

— Un meme rampant qui nous prend aux tripes !

— Tel un rire communicatif !

—… ou un bâillement…

— LA FERME !

— Là, là, là !

— Quoi ?!!

— Celui-ci a fini !

— Non, déjà ?! Je ne peux pas le croire ! Allons voir les gars !… Qu’est-ce que tu fais, remonte ton jean !!!

— Oh, pardon.

— Dépêche-toi, on va rien voir !

— C’est rien, vous emballez pas, le type a juste chier une petite crotte…

— Oh. Ridicule.

— Oui, totalement. Attendons de voir ce que chient les autres.

— Ici ! J’ai fini ! Là, là ! Ohé !

— Allons voir !

— Je le connais, il est sûr ! Lui, il nous en aura chié une belle !

Un temps, tout le monde baisse la tête en silence vers l’étron tombé au pied d’un type fier comme Hercule, une main sur la hanche, l’autre levée au ciel en signe de victoire.

— INCROYABLE !

— FAN—TAS-TIQUE !

— J’en crois pas mes yeux !…

— Quoi ! quoi ! laissez-nous passer… Pardon, pardon !… Oh !… Je rêve.

— Elle est magnifique.

— Et mignonne avec ça. Elle tiendrait presque au creux de ma main.

— On dirait qu’elle n’est pas tombé sur le sol, mais qu’elle y a presque été déposée…

— Par la main de…

— Non, n’exagère pas… s’il te plaît.

— Pardon, pardon. C’est que… elle est vraiment très belle.

— Argh — Argh ! AH !

— C’était quoi ?

— Un autre ?!

— Oui !

— Allons voir, vite !

— Attends, attends, je peux plus avancer… Attends !

— Qu’est-ce qu’il t’arrive, t’as un problème ?

— J’ai… j’ai un truc…

— Quoi ? Quoi ?! Merde, explique-toi !

— J’ai… j’ai… j’ai…

— “Jéjéjé”… Détends-toi ! Qu’est-ce que tu as ?

— Je crois que j’ai envie de chier.

— Ah, non ! Pas maintenant ! T’abuses !

— Y aurait pas des toilettes dans le coin, je vais pas pouvoir me retenir…

— Ah non ! Non, non, non !… Ah voilà, c’est trop tard, maintenant… Et regarde, un autre vient de venir de déféquer, tu viens ?

— Mais je peux pas je te dis ! J’ai envie de chier ! Trouve-moi plutôt un endroit où je pourrais aller discrètement…

Il jette brièvement un coup d’œil à droite et à gauche.

— Oh, mais tu n’as qu’à faire là !

— T’y penses pas ! C’est indécent !

— Oh, ça va, c’est la nature…

— Oui, ben excuse-moi, mais j’ai besoin d’un peu d’intimité pour faire ça.

— Qu’est-ce que ça change, tout le monde a déjà les fesses à l’air, on y verra que du feu.

— Non ! Non ! C’est l’intention qui compte. Moi je sais que je fais réellement caca, je suis pas en spectacle en train d’inventer je ne sais quel prétexte pour qu’on me regarde…

— Tu te pauses trop de questions, tu as envie ou pas ?

— OUI !

— Alors vas-y ! Je te couvre…

L’autre se soulage, discrètement, puis remonte son fute, l’air de rien.

— T’as fini ? Je te demande pas si tu t’es torché…

— Non, demande pas.

— Très bien, on peut continuer ?

— Oui, oui, je me sens mieux.

— Tiens, là, en voilà un autre qui est en train de finir !

Ils s’approchent, mais manifestement, c’était une fausse alerte. Puis ils entendent crier dans leur dos :

— Ici, vite, venez voir, c’est extraordinaire !

Tout le monde s’approche. Un étron magnifique repose sur le sol. Un étron trop honnête pour être vrai, trop beau pour être celui d’un homme.

— C’est merveilleux.

— Chut ! taisez-vous.

Tous chuchotent comme étourdis par le miracle.

— Qui a bien pu la faire ?

Un temps. Chacun réfléchit dans son coin. Puis tous les regards semblent se tourner d’un seul mouvement vers le ciel.

— Non…

— Vous… vous croyez réellement que…

— Je ne crois rien. Je constate.

— Voyons, mais qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi vous êtes agglutinés ici ?

— Regardez par vous-mêmes.

— Heu… quoi ? je vois pas.

— (Dis, c’est pas le tienne, celle-là ?… — Si, si)

— Regardez autour de vous : personne.

— C’est vrai. Nous avons tous notre pantalon.

— C’est un miracle !!! L’œuvre suprême !

— La preuve !

— Irré-fute-able !

— M’enfin, c’est une blague !

— Vos gueules, les sceptiques.

 
 

Peut-être parle-t-on trop.

La Pendule acariâtre

Il y avait autrefois dans mon village une vieille pendule à trois portes connue pour ses humeurs. Elle avait quatre poignées qui s’ouvraient de l’intérieur et quand on frappait pour comprendre l’étrange mécanisme qui la faisait tourner, une voix de hachoir électrique répondait : « Je ne te demande pas l’heure qu’il est, pignouf ! »

Eh ben, je ne vous demande pas l’heure qu’il est.

Où sont passées les guinguettes d’antan ?

fabulations et autres histoires

En 1847, j’avais tout juste 5 ans et j’étais si sage que ma grand-tante Pauline me taquinait en me disant que j’étais déjà vieux. Quelque 168 ans plus tard, c’est avec nostalgie que je me rappelle des guinguettes aménagées sur les bords de Seine où nous nous réunissions en famille tous les dimanches. Quel âge aviez-vous en 1847 ? Il doit bien y en avoir parmi vous qui étaient contemporains des Renoir ? D’Auguste ou plus certainement de Jean ? Je n’ai pas bien connu cette période pour avoir été envoyé sur la lune pas mal de temps, mais j’ai cru comprendre que l’un et l’autre avaient bien restitué dans leurs toiles et leurs films l’ambiance des bals et cabarets populaires de mon enfance. Quand je suis rentré en 77, tout cela avait disparu. Où sont donc passées mes guinguettes d’antan ?! Chirac n’avait-il pas dit qu’il se baignerait dans la Seine, et alors que nos vieilles guinguettes pourraient venir repeupler nos rives, mais en dehors de quelques agglomérations à travers des opérations plus ou moins fantaisistes et rarement “populaires”, il est triste de constater qu’on préfère aujourd’hui s’enfermer le dimanche pour voir Michel Drucker sur son canapé, jouer à la WII avec des amis, recevoir la famille dans son chez soi pour tester la dernière recette de Master Chef ! ou regarder le « grand match » de Ligue 1 sur son téléviseur triple Axel.

C’est en 1871 que j’ai quitté la banlieue parisienne. J’ai donc largement pu profiter de ces ambiances durant mon enfance. J’ai même une fois entrepris avec un ami de faire le tour des enceintes de Paris voguant de bal en bal, samedis et dimanches, durant tout un été. Le frous-frous de Paris disions-nous. Les jupes de filles. L’ivresse des dimanches à la campagne…

Qu’avez-vous donc fait de mes guinguettes, ô jeunesse ?! Oh, je connais la musique… Certains de vos grands-parents me la chantaient déjà à mon retour quand à l’arrivée de Mitterrand j’avais naïvement pensé que c’était le retour du Front populaire que je n’avais pas eu la chance de connaître, et donc des bals et des barques, des cabarets et des goguettes du sud de Paris, des réunions improvisées autour des marchés, et donc, de mes bonnes vieilles guinguettes… Ils pouvaient bien rire, dire que c’était ringard, eux les enfants qui avaient connu la guerre et accueilli l’Amérique, ses chewing-gums, ses jeans et ses Elvis à bras tendus… Savent-ils seulement ce que vous pensez aujourd’hui de leur Paris occupée de G.I ? Tout est ringard, tout finit ringard, mais la guinguette est là, dans nos veines, prête à jaillir comme une eau de Seltz.

Sortez les bouteilles, samedi c’est bataille de Seltz avec les copains, et demain soir, c’est Champagne ! Rendez-vous dans vos mairies et exigez le retour des guinguettes, de bals musette et du beau peuple sur nos rives ! Le dimanche, la WII c’est fini !…

Reniflez, cet air pur de la campagne. Peut-être reverrez-vous les mille jupons de la grande-tante Pauline, la madeleine qu’elle vous plantait dans la bouche, et les trois cents délices sonores qui vous agitaient alors dans tous les sens jusqu’à finir dans les haies de roses du petit bar à Pierrot.

Le bar. Que reste-t-il de nos bars… d’antan ? C’est si français aujourd’hui de s’asseoir à la terrasse d’un café… – Et la guinguette n’est pas français ?!!! Sommes-nous tous les touristes de notre propre histoire ? n’accordons-nous au passé que ce résidu futile ?… Je me baladais tout à l’heure autour du bois de Vincennes, quasi désert. Les musiciens autrefois se réunissaient pour faire danser le peuple, aujourd’hui ils se cloîtrent dans les bosquets pour ne pas déranger les voisins en rêvant aux prochains arrangements qu’ils pourront faire sur Audacity ; et le petit peuple se réunit sur l’herbe autour de l’eau pour improviser un casse-croûte lancé sur Facebook. Les canards peuvent crever tranquilles, ça fait 40 générations qu’ils n’ont pas entendu la moindre note d’accordéon ou les grognements trébuchants d’un cocu aviné.

Alors, Mitterrand est passé et Jack Lang l’a fait… Il a relancé la fête de la musique. Relancé oui. Il y a un siècle, on disait… la guinguette et elle se tenait deux à trois fois par semaine dans tous les environs de Paris. Les bourgeois-même à une époque venaient incognito y dégourdir leur cocotte un peu comme on ramène une belle à son papa. Aujourd’hui, on se fait prendre un photo par le journal de la ville le jour d’inauguration de Paris-Plage et on retourne s’enfermer dans son palais neuilléen gardé par trois adolescents de la légion.

Messieurs Mitterrand, Chirac, messieurs les Américains qui avez importé chez nous baguettes et bérets, bars et petites voitures, qu’avez-vous fait de mes guinguettes d’antan ?

Coin-coin. Coin-coin… Coin-coin……… Coin-coin. Coin-coin…………… Coin-coin.