Sonnaiku et autres bêtises mastodonales

Pour mémoire, parce que le compte est laissé à l’abandon, les deux trois babioles transmutées de ce côté depuis mastodon.


Aphorisme suppositoire :

Une perruque à faire pleurer les morts est une perruque difficile à porter.


Étude syntagmatique du jour : un « canular à trois pattes » est un canular boiteux.

On parle aussi parfois de « canular lacté », il s’agit là d’un signe astrologique chinois.

Nous étudierons un autre jour le syntagme « canular sauvage », quand nous aurons le temps de nous replonger dans nos livres d’ornithoryncologie.


Sur la lune demain je vais
Rencontrer un cache
Parent
Pour lui dire combien
Il me manque

Sur sa face constellée
Je porterai deux baisés
Révolutionnaires

Et quand au terme de ma farce
Je lui dirai adieu
Je poserai sur sa main
Un coussin
Pour lui faire
Pouet-Pouet

(Sonnaiku)


Sur les braises
Un vent d’oc
Souffle

La pestilentielle
En couronne ainsi
Font Front Fond

Là-bas les pouets
Maudissent les conteurs
D’histoires

Et tous regardent
Les Onze
À la télévision

La France sans le sou
Y mise sa culotte
Pour qu’on y voit la lune

Chanter de son orifice
Postal
Ailleurs, la flûte

Au cul
Et les cigalettes au bec
Le reste du pays

Croule sous le
Meme débat
Tandis que moi

Derrière mon tricot lover
Sur mes fraises d’oïl
J’ajoute un peu de mon

Indifférence


Hier j’ai vu
Lors de mon passage en Flandre
Deux extravagants tétons
Pincés sur un flanc de colline
Or, si la même main se tendait vers eux
Ce n’était rien à côté
De ce que je compris bientôt
En me rinçant les yeux :

Ces tétons
N’appartenaient pas
À la même femme !

Plein d’espoirs concupiscents
Je me faufilai vers cette forêt wallonne
Avec la ferme idée de me saisir
De l’un ou de l’autre

Arrivé au col
Il était trop tard
Les tétons s’étaient tus

Et une main me fouetta le visage


Brevet vert en main
Me voilà à cuisiner
Des rubans

Dans mes cheveux

Pintade chaude
Et bleue à l’horizon
Bientôt dans ton assiette

Tu mange rat


Moi le pipi gris
Je siffle dans vos verres
À vingt sous

Sous ma coupe
Je bois vos prières
À deux balles

Bal urine
À la commissure des lèvres
Tout dégouline

Line de vapeur moite
Changée en stance
Troubadour

Dourmir rêver
Mourir peut-être
Dit le pouet

Mais de nos pouets
Aux interstices de nos cliques et de nos claques
Tout se mélange

Dans les langes
De l’instance
Mère

Mastodonne d’airain
Aux reins
D’argile

Oui, passer le Rubicon
Et mourir
En chemin

Tout composté
Déjà
…⚘…


Ô moi, eau écarlate !
Quand je baigne dans tes veines
T’as de la veine

Quand je pisse
Hors de tes entrailles
Tu baignes en moi

Ô, gicle ! de tous côtés
De l’air, de l’air !
Libre ! Enfin !

Fini le train-train de la vie
Dans ce cycle infernal
Maintenant la lumière

Ô qu’est-ce là mes globules ?
Je coagule !
Rentrons au bercail

Avant que de l’occire
— Ô rage ! eau de l’espoir !
Nous coagulerons plus tard !

Rentrons, vous dis-je !
— Impossible ?!
Rah, quelle plaie !

Quelle plaie !


Perlimpinpin
C’est le nom de mon papa
Comme lui je suis de la poudre du Bengale

Tous deux faisons des miracles

Sur les réseaux de l’instance pape
Nous saupoudrons un peu de nos larmes
Sur vos tracas quotidiens

Perlimpinpin
C’est le nom de mon papa
Retiens ce nom si tu as mal

Tous deux pouvons te vider les poches

Notre cousin
Marchand de sable
Trime pour le pape

Mais au Bengale
La rémunération est cruciale
Et vos bobos sont notre oseille

De la poudre pour tes yeux
Perlimpinpin


My last fortune cookie:

« What’s wong with you?! »
-你這人怎麼回事-


Dans les spirales
De mes pensées fétides
J’ai vu voltiger

Une mouche

Celle-ci était zinzin
Et me susurrait
Aux synapses

Combien mes volutes arides
La rendait marteau

Tsé quoi mon colibri chéri
J’men vais patauger
Au-d’ssus d’ta tête
Jusqu’à c’que le zag t’emporte
Qu’elle me dit

J’sais plus quoi penser depuis
J’ai la tête dans un étau à bois
J’sens plus mon tournevis

Et la zigzaguante a pris la mouche
La poudre d’escampette

Elle broie du noir
Maintenant

Dans ma cervelle


Je m’en allais flairer le groin dans les roches crevées
Mon patron sur le dos j’étais son féal
Je grattais sous la terre, truffe ! et c’était un régal
Oh, la la que de laies avides ai-je pu renifler !

Mon unique carotte, je la tenais de mon maître
Porcinet rêveur j’égayais vos blondes de mon chant
Porcin. Mon auge était ronde
Et mon patron aussi. Revenu bredouille, le traître

Me fit hisser en haut d’une broche
Tira des ficelles sur mes sabots
Blessés. Un pied près de mon cœur
Vidé.


Hier j’ai vu mon parachute
Par en haut

À la renverse
Je tombe

Soudain
Le vide

(Un parachute ça se regarde par en dessous comme les jupes des filles ou ça se regarde pas.)


Ce matin
Dans mon train
J’ai vu
Dudu

Faire le mariolle

Vers 14heures
Pour son malheur
Dudu
A vu

Un Laguiole

Lui frôler le pif
Paf !

Maintenant
Dudu
Saigne

Il en a une fiole
Pleine

Mais Dudu
Va mieux

Il batifole

Déjà
Dans les couloirs
Du RER

Demain
Dudu
Prendra
Son train

Tout affriolé

Un cornet
Au bout du cou

Façon à
Tutu
Tête

Traînant
Derrière lui
Son maître

Dudu
Mon toutou
Quotidien

Mon agent
De voiries


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Syntagmes, locutions et idiotismes

L’art d’accommoder les mots

 

Un écrivain, quel qu’il soit, vient toujours à s’interroger sur la richesse et la pertinence de son vocabulaire. Le langage est-il soutenu ou pas assez, use-t-on trop de mots savants, vieillis, argotiques, emploie-t-on les termes adéquats ? Autrement dit, notre usage des mots se met-il au service du récit et de l’histoire ? N’y a-t-il pas un piège qui nous éloigne de notre but si on prête trop attention précisément aux termes employés ?

Face à nos limites, on est amenés parfois à adopter de pratiques susceptibles de masquer nos lacunes, à en faire trop, à retravailler un texte en surface, en confondant vocabulaire et style comme on s’échinerait à peaufiner un paravent ou un vernis propre à masquer l’essentiel. Doit-on bannir ou non les adverbes, cet épithète apporte-t-il réellement quelque chose, serait-il mieux avant ou après le substantif, doit-on faire la chasse aux répétitions, etc. ? Or on se trompe sans doute d’échelle, c’est moins le mot qu’il faut questionner que le syntagme, et plus précisément, les articulations, les groupes de mots. Avant le détail, il convient de soigner le gros œuvre. Et le gros œuvre, c’est la maîtrise des usages syntagmatiques.

Qu’est-ce qu’un syntagme ? Pour faire simple (mais je vais y revenir), c’est un groupe de mots signifiant dans une phrase. Ce n’est pas le terme seul qui importe et qui offre du sens, mais bien son articulation au sein d’un groupe et sa combinaison avec d’autres termes.

Je ne vais pas faire un cours de grammaire ou de linguistique, j’en serais incapable, et l’écrivain n’a de toute façon aucune obligation d’expertise en la matière pour se rendre maître, d’une langue qui doit rester personnelle et naturelle. Toutefois, il ne me semble pas inutile d’apporter quelques remarques concernant ces usages, ne serait-ce d’abord que pour définir à travers certaines de leurs caractéristiques ce qui pourrait poser les bases d’un bon style, d’une écriture correcte.

(Ayant souvent moi-même les pires difficultés à trouver le mot juste, ou plutôt donc, la combinaison de mots juste, à éviter les lieux communs, à échapper aux tics reflets de ma pauvre capacité à m’exprimer, ces questions sont d’abord les miennes, mais elles peuvent s’appliquer je le pense à tout le monde soucieux de mieux écrire.)

Dans mon esprit (et de ce que j’en comprends), on peut identifier trois niveaux d’usage de la langue ou types d’articulation : le syntagme, la locution et l’idiotisme.

Un syntagme, c’est selon la définition une combinaison de mots qui se suivent et produisent un sens acceptable. Une locution, c’est un groupe de mots constituant un syntagme figé, ou encore un groupe de mots ayant dans la phrase la valeur grammaticale d’un mot unique. Un idiotisme (dans le sens expression abusive, proverbe, formule toute faite, etc.) est un syntagme populaire, très utilisé, qui a l’avantage d’être a priori compris de tous mais qui peut présenter le désavantage, à force de jouer avec la connivence du lecteur, de plus se référer à un contexte étranger au récit (souvent par métaphore) qu’à la situation qu’il est précisément censé décrire.

« Mot » est un mot ; « le dernier mot » est un syntagme ; « avoir le dernier mot » est une locution pas loin d’être un idiotisme.

Une locution, c’est donc un assemblage de termes qui ont cessé de constituer un simple syntagme en passant dans le langage courant ; et un idiotisme, c’est une locution, une expression, dont l’usage est devenu proverbiale, et en tout cas presque toujours abusif.

Les syntagmes offrent à l’écrivain toute une gamme de possibilités et de combinaisons qui n’aura de limite que son imagination ; la richesse d’un syntagme sera souvent moins le fait d’un vocabulaire recherché que des combinaisons de termes susceptibles de produire des figures de styles. Les locutions étant figées, il convient de les utiliser à bon escient ; le piège, il est dans leur usage intensif, parfois inapproprié, qui tend à les rendre populaires et à les muer alors en idiotisme, parfois même au sein d’une même écriture. Elles présentent l’avantage d’être le plus souvent transparentes, mais toutes ne le sont pas, certaines sont rares ou triviales, et ne conviennent par conséquent pas à toutes les situations.

Quoi qu’il en soit, si tant est qu’elle puisse se mesurer, la créativité stylistique (ou la maîtrise de la langue) d’un écrivain se juge bien là, en sa capacité à se servir du grand répertoire des locutions de la langue française, à user au mieux des combinaisons syntagmatiques à même de fournir au lecteur des images et des assemblages lexicaux compréhensifs et préservés des lieux communs. Il y a des syntagmes qu’un bon écrivain saura rendre riches, et il y a des locutions pauvres ou maladroites dont il faut user avec prudence. Inutile de bourrer un texte de locutions, l’art est dans la mesure et l’à-propos. Le style est au service du récit, l’écrivain s’égarerait à faire de lui l’otage d’une langue qui serait devenu plus importante que lui. Pour ce qui est des idiotismes, en revanche, et pour le coup (locution pauvre), elles sont probablement le plus souvent à éviter même si elles sont très populaires dans certains cercles (journalisme, éducation nationale, communication, politique).

À chacun, pour améliorer sa maîtrise de la langue, de ne plus seulement sortir son dictionnaire ou de s’émouvoir à la lecture d’un mot inconnu. Car l’art d’écrire, il commence là, non pas dans l’emploi d’un vocabulaire savant, précieux ou rare, ou dans la vaine récitation d’idiotismes qu’on offrirait au lecteur comme des clins d’œil, mais dans la connaissance et la bonne utilisation des locutions existantes, et dans la pertinence, la créativité, dans l’usage de ses petites sœurs, les assemblages syntagmatiques, ou pour leur donner plus simplement le dernier mot : les syntagmes.