Aphorismes barbares

Une anthologie du pire… des aphorismes personnels. Ou une petite revue anthostropique du pire, parfois du meilleur quand on s’y laisse prendre, de la plume, du devant, et du derrière… De la petite phrase aphorisante à la formule poncifiante.

L’aphorisme, c’est la vérité présentée avec un nez rouge. Mais en rhétorique la vérité compte parfois moins que le nez. On flirte alors plus avec le lieu commun, surtout quand il perd son caractère irrévérencieux, décalé, ironique ou paradoxal. Quand le nez se présente sans son rouge, sans ses fards, et sans pied, l’aphorisme nu tombe à plat, et la vérité devient pour de bon ridicule à dire.

La sentence tance.

Ce n’est pas tout de le dire. J’abuse des formules toutes faites qui claquent comme des sentences creuses. Bien trop simples pour être pertinentes, bien trop retournées pour être honnêtes.

La recherche de la petite phrase aphorisante, c’est le mal. C’est pour cela qu’il ne faut cesser de le chérir, l’aphorisme. Mais honteusement. Le chérir quand il dit autre chose que des vérités simples, des sentences absurdes et contradictoires.

On peut tout laisser passer à un aphorisme réussi, même ses petits arrangements avec la réalité. S’il est brillant et rouge. Mais l’aphorisme mou, l’aphorisme civilisé, le truisme morne, le poncif éculé, la vérité niaise, le dicton, le précepte, la sentence civilisée, qui ne dévoilent et ne rient de rien, qui ne font que présenter des évidences comme des grandes découvertes, il faut y faire la chasse. Jusqu’au sang.

L’aphorisme doit être barbare sinon rien.

Certaines phrases s’approchent trop souvent du rien. Partons en chasse :


L’audace n’est pas signe de génie. (The Naked Kiss)

L’amour n’existe pas. Il n’y a que la passion. Et la passion est capricieuse. (Le Lauréat)

L’art montre, ne démontre pas. (Le Miroir)

Le désir peut bien être meurtrier pour être rassasié. Car le désir est une faim impérieuse, un démon, une divinité qu’il faut honorer à travers des offrandes sacrificielles. Tout le reste, n’est qu’artifice, du consommable. (Désir meurtrier)

Le créateur propose, le spectateur suppose. (La Double Vie de Véronique)

On souffle, elle ferme les yeux, et c’est son cœur qui rougit. (La Double Vie de Véronique)

La mère nourrit son enfant, mais le monde est une Amazone : bientôt, les enfants devront rembourser le lait qu’ils ont soutiré à leur mère. (Tonnerres lointains)

Il y a des films qui nous ramènent à l’essence de l’art, qui nous transportent en nous-mêmes, et qui sont au-delà des mots, des codes et des habitudes. (Crépuscule)

Chez Tarr, tout me laisse de marbre. L’histoire coule sur moi comme une ombre chinoise traduite par un créole polonais, et l’orgie de travellings pointant mystérieusement vers la gadoue flasque et tremblante me laisse plutôt l’impression d’un voyage omnibus à bord d’un transsibérien souterrain… À se demander si le noir et blanc n’a pas comme utilité de cacher la réalité d’une gadoue verdâtre que le spectateur aurait lui-même rendu. (Crépuscule)

Et à ce flou de rôles répond une certitude, une unique réalité : ces fillettes. Des objets de désir morbides. Des orbes de lumière naissantes convoitées par les tentacules de la nuit. Le crépuscule. (Crépuscule)

La vie est une toile d’araignée tragique. (Kiri no hata)

Au même titre que Yoshida, Shinoda est un formidable plasticien de la lumière. Il crée des ambiances comme personne, il mène d’un bout à l’autre une idée de mise en scène et s’y tient jusqu’au bout jusqu’à l’obsession. Mais là où Yoshida est souvent chiant à mourir, obscur dans le mauvais sens du terme, avec une beauté froide, désincarnée, comme une gueule de bois antonionesque au petit matin, Shinoda n’a aucune autre ambition (en tout cas dans Fleur pâle) que de proposer une chorégraphie des images. Yoshida est dans la géométrie froide, Shinoda est dans la transparence, l’évocation, la chaleur, et la densité des espaces : son noir et blanc scintille dans la nuit, il ne laisse entrevoir que l’apparence des choses, pour se concentrer sur les visages de ses deux acteurs principaux. (Fleur pâle)

Le charme de Shimizu, c’est une sorte de nostalgie désuète du bonheur. (L’Histoire de Jiro)

La fulgurance des lames courtes : ni mise en garde ni parade, droit au cœur et la fuite. (Trois Femmes)

La structure commande le récit (…) Un film doit être comme une flèche, avec un empennage fort et massif, une tige droite et sans ambages, et enfin une pointe d’acier qui fait mouche. (Un monde parfait)

La beauté endort, l’humour réveille. (Histoire écrite sur l’eau)

On ne fait pas de clafoutis avec de la boue et quelques trognons de pommes. (Tabou)

Si ces personnages sont des natures mortes, c’est pour mieux nous renvoyer une image figée de nous-même. (Le Baiser du tueur)

Dans ces taudis sans porte, sans fenêtre, on ne voit rien, et on voit tout. (Le Baiser du tueur)

Renoncer à montrer, prendre ses distances, c’est pousser le spectateur à regarder au-delà des images. (Mort à Venise)

L’artiste, le cinéaste, le raconteur d’histoire, ne dit rien. Il le fait dire aux autres. (…) L’auteur dit moins qu’il dirige. (Mort à Venise)

(…) Ce qui est charmant dans les baisers, au cinéma ou ailleurs, ce n’est pas quand les lèvres se joignent et se pétrissent, c’est au contraire l’insistance à se faire face sans se toucher, ou si peu, quand le désir est encore plus pressant que la jouissance, qui elle n’est jamais qu’un effleurement éphémère impossible à rendre à travers l’image. (Les Fiancés de Glomdal)

Il y a des comédies qui sont des tonnerres et qui ont l’ambition de nous faire rire aux éclats ; et il y a des comédies qui sont des brises de printemps, ou de petits torrents qui dévalent tendrement des collines. (Yaé, la petite voisine)

Qu’est-ce que le cinéma ? À cette question, je répondrai inlassablement : « Le montage ! ». Le montage sert à varier les points de vue. Le cinéma n’est plus dès lors muet puisqu’il ne cesse de faire dialoguer un plan à un autre… (The Salvation Hunters)

Qu’est-ce que le cinéma ? Qu’est-ce que le propre du cinéma ? (…) Le théâtre est une suite de papotages entre des personnages s’émouvant de ce qui s’est passé et de ce qui pourrait arriver ; la peinture est une composition immobile qui fait trembler notre imagination comme la surface d’un lac altérée par le passage d’une barque ; la poésie est un art auquel, quand on s’y essaie, nous embarque et nous noie lâchement (cherchez pas la rime) ; le roman, une suite d’évocations habiles dont la structure plus ou moins uniforme tend à nous raconter une histoire dont on prend plaisir tout autant à relever ce qui nous correspond que ce qui concerne notre voisin ou un héros inaccessible… Et le cinéma alors ? S’il a commencé par être plus ou moins une forme de théâtre filmé d’un laconisme presque poétique, constitué parfois comme un tableau, évoquant plus qu’adaptant certaines œuvres de la littérature, il a petit à petit trouvé sa place dans la nourriture divertissante du public en expérimentant diverses techniques capables de déterminer, après échecs et espoirs, les contours d’un art qui allait dévorer son siècle comme le roman avant lui. Les domaines de recherche privilégiés ont toujours été le montage et le découpage technique. (…) Voilà, le propre du cinéma, c’est sa capacité à raconter une histoire dense, en quelques minutes, à travers des images, des tableaux animés. (Le Journal d’une fille perdue)

Le récit, les histoires, c’est un peu l’expression d’un idéal, d’une transmission empirique des choses. (Le Journal d’une fille perdue)

Le plan-séquence ne raconte rien, il montre, il s’étire, il déroule, alors que le montage-séquence, c’est l’articulation d’un récit. (Le Journal d’une fille perdue)

Le parlant s’étale de sa longue vie paisible, mais obscure, tandis que la belle muette s’est éteinte jeune et pleine de gloire. (Le Journal d’une fille perdue)

Le verbe, c’est l’action. Et le cinéma, c’est l’action. (Le Journal d’une fille perdue)

Le film traduit très bien le spectacle de nos vies ou du film qu’on se fait de celle des autres : on n’en voit que des bribes, pourtant, de ce spectacle parfois tragique, on se plaît à prétendre tout savoir. Parce qu’une part de nos vies est dédiée au commentaire, aux commérages, de la vie des autres. (Secret Sunshine)

Les secrets sont des boîtes faciles à remplir : on peut tout y ranger. (Secret Sunshine)

La repartie découpe la silhouette de nos imperfections. (Pension d’artistes)

Suspense et mystère (les deux moteurs du récit pour deux cylindrées que tout oppose) jouent sur l’appréhension. C’est là que notre belle langue montre sa sublime subtilité. D’un même terme (l’appréhension), ces deux principes narratifs en tirent deux définitions différentes. Le suspense joue avec « l’appréhension » du public, il est question de la crainte de ce qui pourrait arriver ; on est dans l’anticipation et l’inquiétude qui l’accompagne. Quant au mystère, s’il joue avec « l’appréhension » du public, il s’agit de « compréhension », de la faculté de chacun à saisir des vérités cachées ; on est dans la déduction, la réflexion. Avec Sherlock Holmes, on déduit, on renifle les traces du passé, et on cherche à comprendre avec lui ; avec le personnage de Vera Miles dans Psychose, on anticipe, on flaire les prémices du crime à venir, et on cherche à s’échapper avec elle. (Cinq Cartes à abattre)

Il n’y a pas de vérités, il n’y a qu’un jeu d’apparences dans lequel on est toujours perdant. (La Rumeur)

Comme on dit aux écoliers russes qui ne font pas leurs devoirs : « Au bouleau ! ». (Le Retour)

Un film, c’est un aller simple pour le rêve, pas un aller-retour à la case départ. (Le Retour)

Qu’importe le flocon, pourvu qu’on ait l’avoine. (Le Retour)

Les monstres ne naissent ni dans les boutons de rose ni dans les choux, on le devient. (Citizen Kane)

Comme le samouraï n’ayant jamais levé son sabre sur un ennemi, la voie du cinéaste s’écrit dans l’art de l’évitement. (Une poule dans le vent)

L’addiction, c’est avoir le choix entre une goutte de Gardner ou une goutte de Cyd Charisse. (Ville haute, Ville basse)

Le cinéma est l’héritier de la lanterne magique et des fantasmagories : il est un lieu où on projette et où on se trouve projeté. (Equus)

Tout chez Lumet concourt à cette nécessité d’éclairer le sens, de mettre en évidence sans brutalité les évidences du récit. (Equus)

Un film n’est pas un tunnel de passions sans fin. (Equus)

Ce n’est pas en mouillant qu’on fait couler les larmes. (Love Letters)

Regarder sans être vu, c’est déjà être dans la suspicion. Plus on attend, plus on doute, plus ce qui apparaissait anodin commence à devenir suspect, et plus ce qu’on croyait être sans reproche finit, faute d’élément concret, faute de preuve ou d’indice, à être sujet à nos fantasmes. Si on ne voit rien, c’est forcément qu’il y a quelque chose ! (The Chase)

Le cut, ç’a la puissance d’un point, ou d’un retour à la ligne. Certains trouvent un certain confort à délayer leur pensée au milieu des virgules et des points-virgules (voire des parenthèses) sans à avoir à décider de quand foutre un point ; or un point est un tournant, une décision, un parti pris, un pari. Chaque cut est un choix. (La Poupée)

Un mélo est toujours un prétexte à se mettre à la place du lièvre, sautant d’un fantasme à l’autre, plongeant allégrement dans le brouillard, défiant les embûches avec une svelte fureur que rien n’arrête… et nous n’en finissons pas de vouloir bousculer ces difficiles tortues paradant mille ans sans succomber et qui semblent toujours à la traîne de nos rêves.(…) Le mélo, comme le film d’horreur, est une torture masochiste. On y vient pour ne jamais y trouver ce qu’on voudrait voir, entendu que notre plaisir, on le trouve à imaginer ce qu’on ne verra jamais. (Fleurs de papier)

(Sur les saris : ) Étrange plumage qui corsète la femme indienne comme une seconde peau, une peau qui peut dignement s’offrir au regard, mais qui ne fait surtout que souligner les traits gracieux des corps nus. (…) Quand on montre tout, on ne voit plus rien. (Fleurs de papier)

La parade ne sert pas à montrer mais bien à cacher ses intentions, et on ne s’attache jamais qu’à ceux qui feignent le mieux. (Fleurs de papier)

Pour un acteur, haïr, c’est exister ; mourir, c’est dormir, rêver peut-être… En tout cas, c’est être indifférent au regard des autres. Quoi de plus mortel pour des acteurs qu’une chambre d’hôtel impersonnelle ? (The Broadway Melody 1929)

Il y a comme un hiatus quand la femme à la frange est dirigée par un borgne. L’un voit pas ce que fout l’autre, c’est plutôt ennuyeux. (Femme de feu)

Un bon film, c’est comme un bon papier peint. (La Clé de verre)

Ça tient à peu de chose parfois l’excellence en matière de mauvais goût. (Tommy)

Le cinéma, c’est l’illusion de la réalité 24 images par seconde. Un mensonge répété vingt quatre fois, et autant de fois altéré, ne fait pas une réalité. (Miracle en Alabama)

Cette modernité serait précisément l’absence de manichéisme, l’incapacité à livrer au spectateur les contours d’une fable moralisante, l’image nette d’un héros sans faille. En fait, rien n’est moderne et rien n’est classique. Tout cela est mêlé depuis des lustres, et la dualité, le désenchantement, a toujours été une part importante du cinéma hollywoodien comme de n’importe quelle culture… Toute posture est une imposture. On commence par identifier des formes, à percevoir une dialectique derrière les images, on classe, et au final on ne comprend plus rien même si tout donne l’apparence d’une cohérence. (Quatre Étranges Cavaliers)

Chercher à comprendre, c’est discriminer ; discriminer, c’est exclure, et exclure, c’est (se) tromper. À force de modeler une image de ce qu’on veut comprendre, on ne fait rien d’autre que constituer une image de ce qu’on veut voir. (Quatre Étranges Cavaliers)

Le film noir et le western sont comme des toiles poreuses où se concentre et s’imbibe tous nos désirs contrariés. (Quatre Étranges Cavaliers)

Derrière tout self-made-man qui s’amollit se cache une pute qui l’endurcit. (Quatre Étranges Cavaliers)

Dans une société où la responsabilité est à la fois partout et nulle part, il faut toujours trouver la meilleure façon de s’en dégager. (…) On ne juge plus, on préjuge. (Les Dimanches de Ville d’Avray)

La psychanalyse, si elle a un génie, c’est de pouvoir s’appliquer à tout, d’avoir toujours raison, et de faire des interprètes les véritables stars d’une démarche hautement improbable. (The She Creature)

La femme de série B se caractérise moins par l’épaisseur de son encéphale que par la profondeur de son bonnet et par sa ferme docilité. (The She Creature)

Tous les hommes sont des petits garçons car solubles dans la psychanalyse. (The She Creature)

Les escrocs sourient, c’est bien pour ça qu’ils sont des escrocs. Un escroc qui tire une tronche d’enterrement, il doit faire autant fureur dans son exercice qu’un vendeur d’assurance honnête. (Le Troisième Homme)

Il n’y a pas de bons et de méchants, il n’y a que des crétins, des misérables, quel que soit leur rang ou leur grade, qui n’ont aucune emprise sur la marche du monde. Une guerre est faite pour être pourrie, injuste, cruelle, et vaine. Il n’y a pas de traître, il n’y a pas de collaborateur, il n’y a que des hommes qui se retrouvent le cul à l’air et entre deux chaises. Une seule vérité pendant la guerre : celle du chaos. Il n’y a de justice que de celle du vainqueur. Traîtres, héros, collaborateurs, vainqueurs, vaincus, on est tous un peu tout ça en même temps et ce sont les circonstances qui font qu’ont apparaît aux yeux des autres tantôt l’un, tantôt l’autre. (Les Démons à la porte)

La guerre, c’est un monde fermé où rien n’entre et d’où personne ne s’échappe. (L’Ange rouge)

La chair ne vient que recouvrir la structure. Sans elle, les œuvres auraient l’harmonie d’un morceau de gravier et la consistance d’une bouillie de lépreux. (Adieu ma concubine)

Entre le baroque et le n’importe quoi suspect, y a parfois un poil qui glisse au mauvais endroit. (Pandemonium)

La rébellion n’est pas une vertu. Ce n’est pas ça qui montre la grandeur d’un homme. Un chien peut se rebeller contre son maître comme il peut lui être loyal… La vertu, elle est dans le renoncement. (Rébellion)

Certains films sont des bonbons fondants rapidement sous la langue ; d’autres ont la saveur des goûts amers qui restent longtemps en bouche et qui vous imprègnent de leur atmosphère fumeuse jusqu’à en finir accroc. (La Griffe du passé)

Le mensonge, quand on le regarde à l’extérieur de soit, il est toujours dégradant ; quand c’est nous qu’il égratigne, on le pare d’excuses, d’explications, de circonstances atténuantes. (Une séparation)

Croire aux apparences, c’est s’en rendre esclave et avoir déjà perdu. (Une séparation)

L’amour sans limite n’est qu’un masque qu’on porte pour se tromper soi-même. Une illusion capable de nous ronger de l’intérieur quand on croit n’y voir que bienveillance et tendresse. (Careful, He Might Hear You)

Un acteur à poil, c’est tout sauf la vérité : c’est un acteur à poil. (La Gueule ouverte)

Pour comprendre le cœur, la pensée, il sait que le mouvement et l’image sont parfois plus honnêtes que les mots. Et pour s’assurer que les mots ne trompent pas, eux aussi, il les décompose, les enferme dans une bogue traînante, comme un écho qui vibre encore longtemps aux oreilles. Les mots ne sont alors que musique, et les gestes, un mystère qui bouillonne et remue pour jaillir enfin dans la lumière. (La Belle et la Bête)

On ne prête qu’aux riches le droit de faire des conneries… (Les Tricheurs)

Le bourgeois, c’est toujours l’autre, celui de la rive d’en face. (Les Tricheurs)

Un Français, ça ouvre sa gueule pour dire n’importe quoi, ou ça démissionne ! (Les Tricheurs)

On n’est jamais aussi bien que chez maman. (Frère aîné, sœur cadette)

Le regard moralisateur, c’est à celui qui regarde le film de le porter, non à celui qui le montre. (Went the Day Well?)

Au théâtre, on déclame, au cinéma, on fait. (Went the Day Well?)

De la grâce, de la précision, du charme et du mitraillage en règle façon garçonne de prohibition pour la tap-dancing queen. Elle danse pas, elle mitraille. (Broadway Melody of 1938)

Le Point G ne se trouve pas, il s’enfile. Droit. À l’essentiel. (Drive)

Les hommes ne sont jamais que des petits garçons et les femmes avant tout des mères. (Une vie difficile)

Même les abrutis ont droit à un peu d’amour au cinéma. (Une vie difficile)

Les parents n’élèvent jamais aussi bien leurs enfants que quand ils en apprennent un peu plus sur eux. (…) On subit toujours l’autorité de quelqu’un ou de quelque chose et la vie consiste à apprendre à l’accepter, y faire face. (L’Histoire de Jiro)

Raconter, c’est prévoir. (…) Les images ne parlent pas, elles racontent. (Tuer !)

Raconter, c’est être obstiné par un seul objectif. (La Randonnée)

L’imagination pousse aux excès, à l’improvisation ; et au contraire, le talent, c’est la force de l’artiste à renoncer à ces facilités et à ces fulgurances. (La Randonnée)

Certaines œuvres sont des châteaux de sable échappant à leur triste destin. Érigées dans la simplicité, elles se figent dans leur perfection en des chefs-d’œuvre non éphémères. (La Femme des sables)

Ce qu’on cherche parfois en vain peut se révéler être tout proche. (lieu commun dans Quitting)

Des polygames rangés, tu parles d’une épopée. (There Will Be Blood)

La distanciation, oui, mais comme procédé, non comme une fin. Si on recule, c’est pour mieux avancer. Il y a les lents, et l’élan. (Pandemonium)

Si le monde est un théâtre, toutes les pièces qu’on y joue sont des satires cruelles et… humanistes. Seule la comédie a le pouvoir d’exprimer cette complexité humaine, la capacité de superposer les voix, les tons, et les humeurs. Un drame file droit vers l’implacabilité de sa chute ; la comédie, qu’elle soit une farce, une tragi-comédie, une satire, une comédie de caractère, de mœurs, elle, claudique en rigolant, nous nargue sur le chemin incertain, et nous toise l’œil en coin pour nous défier de la suivre. Et on rit alors, titubant de droite à gauche ; on rit de notre propre ridicule, jusqu’à tomber à terre, pleurer, rire encore, et nous demander avant de nous relever pourquoi nous marchons — et comment. (Dobu)

On ne force pas la main du spectateur, on ne lui apprend rien ; le film, ou l’auteur à travers lui, ne peut que suggérer des idées, des conclusions, aux spectateurs, car ils ne se laisseront jamais convaincre par un film, même si les thèses qui y sont exposées sont celles qu’ils partagent. (Ordet)

La bonne parole sort de la bouche des ressuscités. (Ordet)

Vivre, accepter de vivre, c’est comprendre qu’il n’y aura jamais personne capable d’adhérer pleinement à ce qu’on pense. La communion n’est jamais qu’un mirage. (Ordet)

« Ton espace vital est le mien : ta bouche, ma source, tes yeux, mon foyer. » (Ce que pourraient se dire les tourtereaux du Charlatan, Jerzy Hoffman)

Il est toujours plus simple de rejeter la faute sur quelqu’un quand tout l’accable et que tout le monde le montre du doigt. On ne risque rien. (…) Montrer l’autre, c’est toujours un moyen de détourner le regard de soi, de notre propre monstruosité, construite au fil des rancœurs et des blessures. (Ruby Gentry)

L’art est toujours affaire de discrimination. (Le Cheik)

Un film n’est pas bon : c’est ce qui tourne autour qui le rend bon ou mauvais. (Le Rebelle)

L’histoire doit être simple pour pouvoir la retenir. Parce que l’histoire, ce sont des grandes lignes. On oublie ce qui est trop complexe, ou ce qui en reste est vulgairement remanié. (David Golder)

Harry Baur quoi. Le Raimu du Jura. (David Golder)

Ironie tragique et quête vaine à vouloir devenir ce que l’on souhaiterait être quand, en fait, on ne sera jamais que ce que les autres voudront bien faire de nous. (David Golder)

Certains cinéastes sont comme ces écrivains qui ne savent taper à la machine qu’avec deux doigts. (Le Cri)

Le ton, c’est de l’art, le ton sur ton, c’est de la conserve de sardines. (Certaines femmes)

L’explication dans l’art, ce n’est pas de l’art. (Sátántangó)

Jean Harlow, c’est une poire qui vous dégouline sur les doigts. Pas vraiment belle, toute cabossée (…), son visage est un sexe fardé de nectar prêt à s’offrir à toutes les bouches. La peau de son visage est toute calleuse à force de s’être trop frottée à la barbe des hommes. (L’Ennemi public)

L’enfance est cinématographique. Parce que les enfants sont des monstres regrettés. On les regarde avec envie. Les apprivoiser pour les comprendre à travers ces images perçues ne servira à rien. Et c’est parce qu’ils demeurent insaisissables que la tentation de les aimer est toujours intacte. (Cria Cuervos)

Ici on chevauche les répliques comme pour surenchérir sur la précédente. (Johnny Guitar)

La vie est brouillonne ; l’art n’est que rigueur. (Histoire singulière à l’est du fleuve)

Dans la vie comme à l’écran ou sur les planches, on se met en avant en mettant l’autre en avant. On ne voit que celui qui sait regarder. (Les Damnés de l’océan)

La connivence, c’est la danse de tâtonnements qui précède la certitude d’être faits l’un pour l’autre : regards en coin, bouche qu’on plisse pour réprimer un sourire, œil qui frise qu’on masque en haussant les sourcils, regard qui fuit pour mieux voir si l’autre se laisse appâter… (Les Damnés de l’océan)

Les acteurs sont des putes. C’est à ça qu’on les reconnaît. (Le Bonheur d’Assia)

Le western est un désert où les personnalités se dévoilent soufflées par le vent des grands espaces. Loin de la société, on peut forcer une décision d’un simple coup de feu. Et voir ensuite comment une société s’organise pour se rattacher à ce qu’il lui reste d’humanité. (Jakten, La Chasse)

Derrière la grande scène éclairée de l’histoire, il y a toujours des faubourgs, des héros oubliés, qui portent ceux placés au sommet de la vague. On ne retient que l’écume, que les lumières de la ville, mais derrière, il y a un océan tout entier. (Les Faubourgs de New York)

S’engueuler, c’est encore la meilleure façon de s’attacher l’un à l’autre. (The Strawberry Blonde)

L’amour, c’est simple et c’est compliqué. (Tsuruhachi et Tsurujiro)

La langue beuglante et fleurie des rejetés de la société est tout autant sophistiquée que celle des gens des villes, il faut juste savoir la décoder. (Les Nuits de Cabiria)

Raconter, c’est prévoir ; raconter, c’est vivre à la place de : le monde virtuel avant l’heure. (Kiru)

Un récit, c’est le contraire du réel : c’est du réel sélectionné. (Kiru)

La poésie, c’est beau comme une bouteille de lait qui se renverse sur une table. (L’Ascension)

La comédie n’est pas un genre, mais un moyen. (Bessie à Broadway)

Y a que ceux qui voient des cons partout qui retournent jamais leur veste. (Bessie à Broadway)

Le seul courage, c’est celui de vivre avec l’autre. Vivre, c’est renoncer à ses certitudes, renoncer à les imposer aux autres. La paix, c’est une guerre qu’on renonce à se faire. (La Honte)

Les crapules sont toujours les plus fortes. C’est une règle inébranlable de la démocratie. (Main basse sur la ville)

Toutes les utopies mènent à une forme de fascisme. (Gabriel au-dessus de la Maison-Blanche)

La musique, c’est comme le tennis : mettre à portée son adversaire en tentant négligemment le lob, et l’air de rien, éperdues, nos yeux se révulsent et se tendent vers le ciel. (Sexe, Mensonges et Vidéo)

Une œuvre qui ne vit qu’en référence à une autre n’est qu’un cul-de-jatte se déplaçant sur une planche à roulette la sébile à la bouche grattant la terre de ses godets rampants attendant qu’on veuille bien lui offrir l’aumône. (Homère béton ou la Balade de Jim)

La connerie est un art, non pas réservé à ceux seulement qui comme Casanova titillent ou mâchonnent l’isocèle, mais qui osent. (Le Casanova de Fellini)

Il y a des sujets qui réclament du bon sens, de la mesure, du respect, et il y en a d’autres qui réclament à ce qu’on les viole. (Le Casanova de Fellini)

Certaines œuvres se portent très bien où elles sont, figées comme dans une boule à neige. (Le Casanova de Fellini)

On ne se bat jamais mieux que contre celui qui nous donne la chance d’exister à travers sa propre haine. (Le Docteur du cabinet Caligari)

Quand on travaille grâce à son carnet d’adresse, on a la chance de pouvoir s’essayer aux films. Et comme tout dans l’art est une question de malentendu, autant saisir sa chance… Sur un malentendu, on peut toujours conclure, et même réaliser un bon film alors qu’il vous échappe. (Thomas l’imposteur)

Les histoires qui « tiennent sur des tickets de métro » sont souvent les meilleures. La sophistication est une complication laissée aux esprits brouillons. (La Folle Ingénue)

Lubitsch serait prêt à tuer pour un bon mot. La vraisemblance, elle est au placard, avec l’amant de madame… L’humour, c’est le contraire de la vraisemblance. (…) L’humour, c’est l’inversion des genres, des classes, des robes, des portes-monnaies. (La Folle Ingénue)

Porter son regard sur un détail, faire en sorte que ces détails soient toujours les plus pertinents possibles, voilà ce qui est la mise en scène. (Ce merveilleux automne)

L’Amérique est une vraie pisseuse, elle a l’arrogance d’une gamine de dix ans. (…) Il n’y a pas chez eux comme dans le film, une maman pour venir lui dire que les armes à feu ce n’est pas bien. (Shane)

Parfois il y a de films qui remettent les choses à leur place… Ceux qui portent des armes et qui s’en servent sont des voyous. (Shane)

Même dans la farce (surtout dans la farce), il y a un moment où les masques tombent. (L’Aventure de minuit)

Il y a une espèce chez qui pour survivre, il vaut mieux se fondre dans la masse et dénoncer au plus vite tout ce qui dépasse pour détourner les yeux de ceux qui pourraient nous voir. Cette espèce, c’est la nôtre. (Le Grand Inquisiteur)

On n’adapte pas une œuvre littéraire, on fait des films. (Crime et Châtiment)

Le champ contrechamp, ce n’est rien d’autre qu’une forme de montage alterné dans sa forme la plus simple, et la plus rapprochée. (Le Lys brisé)

Flash Gordon est un éclair dans le ciel qui jaillit comme un pet ridicule. Star Wars est au firmament des étoiles, au-delà des lumières de la voie lactée, dans un espace qui n’est plus qu’évidence et magie. (Flash Gordon)

Honorez un demi-dieu et vous aurez toutes les chances d’être remercié en retour par la Fortune ; honorez un gueux et vous aurez toutes les chances qu’il vous crache à la figure. (Trois Enterrements)

Les ellipses ne servent à rien sinon à montrer les mouches qui baillent et les vaches qui pètent. (Uski Roti)

La recherche du naturel au cinéma est un non-sens. La quotidienneté est parasitée de détails sans importance et leur reproduction (ou la tentative) ne fera qu’éloigner le metteur en scène de son sujet. Le vrai (ou l’illusion du vrai) devient finalement un prétexte, un renoncement, à ne pas s’interroger sur l’essentiel d’une histoire. (…) Tout est artifice pour donner une illusion de la réalité. Un monde où tout est à sa place donne au spectateur l’image d’une cohérence et donc d’une vraisemblance qu’il pourra confondre avec la réalité, ou le « naturel ». (Indochine)

Le Japon, c’est plus qu’une curiosité anthropologique, c’est de la science-fiction. (Le Repas)

La vie, qu’on habite en Chine à Sydney ou à Madrid, aujourd’hui comme hier, c’est un bonbon qu’on suce qui n’est ni sucré ni acide, mais simplement doux-amer et qui dure, dure, jusqu’à la fin… (Le Repas)

La rumeur est comme un sable mouvant : plus on se débat et plus on s’y enfonce. (Night Drum)

La mise en scène n’a pas les outils de l’écrivain pour suggérer la psychologie, évoquer le passé, mais il peut ralentir, se poser, et baigner l’atmosphère dans un mystère imprévu qui tout à coup questionne le regard, porte l’attention vers un espace vide que le spectateur se chargera de remplir. (La Charge fantastique)

Une femme finalement, plus on la regarde, et plus on la trouve belle… Surtout quand elle oublie d’être idiote. (Le Lac de la femme)

Au fond, en dehors des satires, un film n’est-il pas toujours un film de propagande ? (La 359ème Section)

Le poète doit rester vagabond, comme Charlot doit rester Charlot. (Assoiffé)

Ce qui compte dans une musique emphatique, symphonique, grandiloquente, c’est la capacité tout à coup de ralentir, de se retourner, de contempler le chemin parcouru et de sentir ces tourbillons sonores qui étaient à la traîne comme la queue d’une comète se répandre et mourir sur notre visage. (Adieu ma concubine)

La chair ne vient que recouvrir la structure. Sans elle, les œuvres auraient l’harmonie d’un morceau de gravier et la consistance d’une bouillie de lépreux. (Adieu ma concubine)

Si vous naissez belle et riche, ça peut être une chance, mais belle et pauvre, ça ne peut être qu’une tragédie. (poncif dans La Femme de Seisaku)

Il ne faut pas le dire trop fort, mais le cinéma, comme le reste, est aussi affaire d’escrocs : si dans tous les cas, ce ne sont jamais les inventeurs ou les premiers qui sont récompensés ou passent à la postérité, le but, c’est encore de le faire croire. Tout est affaire, donc, de publicité. N’est premier que celui qui parvient à le faire savoir. Le faire savoir, et le savoir-faire. Il est là le tour de passe-passe de l’escroc. (Les Espions)

L’histoire est d’un ridicule à faire pleurer un âne. « Ah, l’aventure ! » The Perils of Pauline

Voici le vrai visage de l’humanité. Un masque de mort, un crâne inexpressif et sans vie qui nous court après, et finira tous par nous rattraper. Elle est là l’image du futur, plus que celle du futur de l’humanité, c’est la nôtre. Et c’est bien ce qui était terrifiant dans Terminator. (Terminator)

Cyrano est une péninsule ; tout le reste n’est que poussière. (Cyrano de Bergerac)

La caricature sert à faire tomber les masques, mais en premier lieu, ceux qu’on porte soi-même. Se caricaturer soi-même, c’est se mettre à nu, dire à celui qui nous regarde : « je sais que c’est ainsi que vous me percevez, je ne suis pas dupe, mais vous, êtes-vous bien certains de pouvoir voir au-delà de ce masque ? » (P’tit Quinquin)

Quand on n’a pas un coup dans le nez pour avoir un petit côté louche, ce sont les dieux du déterminisme qui vous font loucher. (L’Emprise du crime)

Avec deux fossettes, on voit mieux qu’avec une. (L’Emprise du crime)

Il n’y a qu’au cinéma que les histoires se terminent avec des bouchons de champagne qui sautent. Un bouchon, ça se dénoue tendrement, comme une évidence. (Angel Heart)

Il y a la sensibilité de façade ou de circonstance, et la sensibilité… de cœur, celle-là, elle se tait. (…) Quand on a ni subtilité ni sensibilité, reste le chantage à la sensiblerie. Pour un œil, ou un cœur, non averti, ça fera toujours l’affaire. (Hope)

Quand on monte au grenier pour s’amuser, l’histoire elle aussi est accessoire. (Les Oiseaux, les Orphelins et les Fous)

Une image sans grain, c’est comme du champagne sans bulle. (Une autobiographie inachevée)

« Ma lumière est dégueu, je ne sais pas diriger des acteurs, mes dialogues sont dignes d’Hélène et les garçons ou de Rohmer, et je ne sais rien du découpage technique, donc je fais des plans séquences que j’alterne avec des plans très rapides parce que je sais épeler Eseinstein ». (Travolta et moi)

Un film de monstre sans monstre, ça s’appelle un film catastrophe. (The Last War)

Le cinéma n’est pas là pour jouer les pères La morale. (The Last War)

Tout film est un petit moment de séduction où on n’a rien à faire d’autre qu’ouvrir la boîte à fantasmes et se laisser faire. (Démineurs)

La France a sa gauche caviar, l’Amérique sa gauche guimauve. (Georgia)

On ne peut jamais « dire » dans un film qu’une seule chose. Un film, c’est l’expression d’une idée fixe illustrée à travers les vicissitudes d’un ou de plusieurs personnages. Chaque élément du récit, chaque choix de mise en scène, doivent se tourner vers cette seule idée comme l’aiguille d’une boussole désigne invariablement la même direction. En voulant tout dire, on ne dit rien. (Indochine)

La question du choix est une question de sélection et d’exclusion, d’amoindrissement et de grossissement, d’appesantissement et d’ellipse, de mise en avant et de mise en retrait. Le naturalisme est une posture pratique pour un cinéaste, puisqu’elle lui permet d’échapper à ces choix. (Indochine)

C’est touchant finalement qu’un monstre puisse tomber amoureux d’un ange. (Une femme dangereuse)

L’art ne fait pas de politique, il en est tributaire. Ou plus simplement le témoin. (Une femme dangereuse)

On aura beau dire, ça reste les chattes, à la maison comme dans le monde, qui portent la culotte. (Une femme dangereuse)

Si le bon goût en Occident est affaire de mesure, de calcul, en Inde, c’est de se présenter en public avec une bague à chaque doigt, c’est de multiplier les bras des divinités, d’en faire toujours trop, parce qu’il faut que l’opulence et la prospérité s’exposent et marquent ostensiblement leur différence avec tout ce qui est misérable et ne possède rien. Le mauvais goût au contraire serait bien de mettre à nu la misère (un cul de jatte par exemple). Cinq mille ans de fascination pour les nouveaux riches. (Kohraa)

Sur les fautes : Jean-Claude Van Damme, spécialiste du grand écart comme de l’énallage des pronoms personnels, préconise toujours l’emploi de la coquille.

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