Les ratés de la Cinémathèque française

La Cinémathèque ne serait pas la Cinémathèque sans le charme de ses projections désastreuses. Une projection, ça vit, ça gratte, ça rate, ça pète et ça foire. Parfois même ça brûle. En tout cas, ça ne se reproduit pas numériquement*.

La Cinémathèque avait rendu hommage en 2016 à Pierre Richard, on comprend mieux pourquoi. Sans quelques gamelles mémorables, ce ne serait pas pareil.

Merci qui ?

Merci aux petites mains en coulisses qui rapatrient des copies parfois en lambeaux mais qui ont droit à leur dernier chant sur les écrans de la Cinémathèque, merci aux programmateurs, assistants, au personnel en caisses et en salles, aux projectionnistes endormis, aux traducteurs dyslexiques, à la sécurité, au personnel de ménage, à la cuisinière… et à Roger, toujours le premier à râler quand une couille montre le bout de ses poils en séance mais qui laisse toujours son téléphone allumé ou qui se planque dans un coin de la salle à l’extrême opposé de la sortie alors qu’il aime rien de mieux, quand tout se passait jusque-là très bien, que de se faufiler cinq minutes avant la fin du film pour se tirer le premier au cabinet ou ailleurs. Merci à tous ceux-là d’être ce que certains cinéastes guettent dans leurs films plus que tout : des petits instants inattendus, des ratés merveilleux, des preuves de la vitalité du cinéma tout simplement.

Ici, témoignages des ratés donc. En projection, hors projection ou sur le site officiel.

*même les séances avec projection numérique peuvent faire pschitt, comme lors de cette projection du Château de l’araignée, où au bout d’un quart d’heure on nous signale que si le film ne commence pas, c’est que le projectionniste est en vadrouille (personne en cabine, comme l’impression d’être sur un navire à l’abandon), puis après dix minutes supplémentaires, le film commence, puis s’arrête. Motif évident : ce n’est pas le bon film. Ah. Dix minutes encore, et là, le rideau tombe : « On n’a pas le film, séance annulée ».


Il y a un groupe Facebook dans le cas improbable où d’autres spectateurs voudraient profiter des leurs expériences.


Belle journée du 23 février 2019. L’Imprévu, Lattuada / Dear Doctor

L’occasion fait le larron. La Cinémathèque profite de la venue de Robert Redford en France à l’occasion de la remise d’un César d’honneur pour l’inviter. Parfait, même si ce n’est pas prévu au programme. Jusque-là tout va bien. Reste que le film et sa masterclass sont alors programmés en Langlois, et que c’est là où devait être projeté L’Imprévu, un film quasiment invisible d’Alberto Lattuada avec Anouk Aimée et Tomas Milian, déjà déprogrammé, lui, à une autre occasion. Là encore, jusque-là, tout va bien. Sauf que voyant l’afflux de demandes pour la masterclass de notre cher Robert, la Cinémathèque décide encore une fois de changer son programme et de projeter comme ça se fait parfois pour certaines avant-premières de prestige à la fois le film de Robert et son entrevue en Langlois et en Franju. Or, c’était en Franju que devait être projeté notre film rare de Lattuada. Un film qui désormais est reprogrammé… au poulailler de la Cinémathèque, sur l’écran démoniaque de la Lotte Eisner. Peut-être deux fois moins de places qu’en Epstein. Tout ça pour un film projeté qu’une fois, et que beaucoup d’habitués veulent voir. Résultat assez prévisible : une salle comble pratiquement uniquement constituée de vieux abonnés. La tek a peut-être fait le plein au guichet des deux grandes salles, mais n’a pas dû gagner un kopeck pour une copie qui pourrait lui avoir valu la peau des fesses. Mais, ça c’est accessoire. Le problème, au-delà des déprogrammations multiples, c’est de privilégier à ce point l’intervention d’un cinéaste important (si, si, perso, j’adore Des gens comme les autres et Quizz Show) au détriment d’un tout petit film sans importance (oui, le film n’est pas bon) mais attendu et par ailleurs invisible. Faudrait pas que l’un se fasse au détriment de l’autre. D’autant plus agaçant que quand on sort de la salle, on n’existe pour ainsi dire pratiquement pas, tous les accès nous sont interdits par la sécurité, et on se fait gentiment engueuler par les vigiles pour avoir traversé les jolies barrières. On aurait voulu presque qu’on y meure devant notre écran démoniaque. Paraît que tous les ans on y perd quelques-uns des plus assidus des vieux abonnés devenus indésirables : « Viendez, chers abonnés, nous avons concocté une séance spéciale tout spécialement conçue pour vous ! » Place aux jeunes, donc à Robert, et à ses 82 ans.

Bref, autre « coquille » de la journée. L’éternelle angoisse des sous-titres ne s’affichant pas. Il y a encore pas si longtemps, on était esclaves d’un genre de synthé analogique balançant les sous-titres dans un cadre réservé en bas de l’écran, et à l’ancienne, le traducteur devait sans doute appuyer sur un bouton pour livrer la phrase synchronisée. C’était pas toujours au point, c’était surtout plein de fautes d’orthographe, mais ça, ça ne changera probablement jamais. Depuis, la Cinémathèque expérimente un nouveau procédé d’incrustation, le Nec© plus ultra de la technologie informatique. Ça ne marche pas forcément mieux. En plus des anciens problèmes récurrents, on en gagne de nouveaux liés à l’informatique. Les sous-titres semblaient pourtant bien partir au début, en revanche, on sentait le gros bordel en cabine. Ça bavardait, comme d’habitude je devrais dire, sans respect pour les spectateurs, peut-être la nécessité de former (c’est bien le moment) le préposé aux sous-titres qui a gagné sa journée en venant bosser un samedi soir. On se croyait déjà à Cannes, parce qu’en plus des sous-titres incrustés informatiquement en français (enfin pas toujours), la copie, elle, possédait déjà une traduction en anglais. Dans ces cas-là, je snobe le plus souvent la version française, à tout moment elle peut foirer, et ça n’a pas manqué. Le système reboot, gros voile violet sur la moitié de l’écran, merci, logo Nec, et ça repart. Enfin peut-être pas. On est tranquille pendant une demi-heure, durant laquelle à peine une poignée de spectateurs non anglophones ou japonais quitte la salle. Ça bavarde toujours au poste de commandement, reboot, re-voile violent dans la tronche, on nous refile en cinq secondes l’ensemble des sous-titres passés sans doute entre-temps par l’écran démoniaque de la Eisner, et voilà qu’on était tranquille, on se retrouve avec deux lignes en plus de traduction en plus des deux sur la pellicule. Faut réhabituer l’œil à ignorer la version française, rien de grave, et faut bien que le traducteur justifie son salaire. Et puis ça bavarde encore jusqu’à la fin, avec en prime, le projectionniste qui, comme au billard, annonce la dernière bobine, donc les dix dernières minutes de film : ça c’est une idée au poil à la cinémathèque, mieux que le DVD à la maison. Avec l’argent gagné sur les réservations en Franju pour la retransmission de la masterclass du bon Robert, la Cinémathèque va pouvoir cet été changer l’insonorisation de ses cabines de projection. Enfin.

Pour mémoire, et puisque pas eu de réponse, voici une demande adressée à la cinémathèque au sujet des retardataires au début de la nouvelle saison 2018-2019 :

Je vois que de jolis travaux de façade fardent tes murs pour cette nouvelle saison, c’est fort appréciable pour les yeux, seulement je note que la pratique la plus agaçante dans tes salles est toujours de mise : l’admission des retardataires jusqu’à dix minutes après l’heure prévue.

Sur mon billet, je lis toujours : « Les retardataires ne sont pas admis en salle. » Un retardataire, dans ma définition japonichiante, c’est un spectateur qui entre dans la salle après que le noir tombe. Les ouvreurs ont manifestement toujours comme consigne de laisser entrer jusqu’à dix minutes après l’heure prévue, et à la caisse, de ce que je peux en comprendre, on peut acheter des billets là encore jusqu’à dix minutes après, même bien sûr si le film a commencé.

Un spectateur qui arrive en retard en salle n’a que mépris pour le film et pour les spectateurs arrivés, eux, à l’heure. Ces retardataires auraient-ils l’idée de commencer un livre à la cinquantième page, à faire l’amour à leur voisine alors que celle-ci rejoint déjà son bidet, à payer leur impôt sur le revenu l’année suivante ? Non. Eh bien au cinéma, c’est pareil, on regarde un film « à la source », et chaque film commence par une prière : celui qui n’assiste pas au visa d’exploitation d’un film est bon pour les séances pop corn du réseau UGC.

Les salles ouvrent jusqu’à trente minutes avant l’heure prévue, chaque spectateur a donc le temps de venir prendre son billet et de poser ses miches à côté des miennes ou de celles plus aimables d’autres papys arrivés à terme ou en devenir. Pour tous les petits malins qui se pointent cinq minutes avant et qui coincent ainsi en queue, bison futé leur recommande l’itinéraire bis numérique (1€ pour les abonnés).

Autrement, ma Cinémathèque, je t’explique comment ça se passe en salle. Alors que le film commence et qu’on essaie de suivre le magistral plan-séquence avec lequel le cinéaste tente de nous faire rentrer au mieux dans son film, des portes claquent, des voix s’élèvent, des pas tâtonnent ; ça bouscule, ça vient se poser à l’autre bout de la salle pour bien avoir à passer devant l’écran ; ça rouspète, ça se met en place, ça bouge et ça papote ; et pendant ce temps, du plan-séquence, on n’a rien vu.

Un retardataire, il a toujours tort. Qu’il ait été retenu par une séance de spiritisme avec le pape ou qu’il y ait eu ce jour-là du monde en caisse pour aller voir l’expo du moment, un retardataire, ça ferme sa gueule ou ça arrive à l’heure.

Et un spectateur, ça s’éduque. De mauvaises habitudes ont été prises, notamment par certains abonnés qui savent qu’ils peuvent se pointer deux minutes avant à chaque séance, qu’importe s’il y a du monde en caisse ou non… Le personnel de caisse ne devrait pas à « rusher » juste avant le début des séances pour que toutes les personnes arrivées « pile à l’heure » puissent entrer dans la salle. J’ai vu une fois des visiteurs venant, eux, pour l’exposition se voir prier gentiment d’attendre que les retardataires d’une séance aient leur billet, et partir ainsi un peu énervé de ne pas avoir été « servi ». Tu prévois d’arriver pile à l’heure, eh ben tu prends le risque de ne pas pouvoir entrer en salle. Un « retardataire » n’est pas « prioritaire ». Dès que le noir tombe dans la salle, paf, entrée interdite. Ces dix minutes de tolérance devraient cesser. Parce que c’est la double peine pour ceux qui arrivent à l’heure : non seulement ils font des compromis temporaires afin de respecter les horaires prévues, mais en plus ils doivent se farcir le tintouin de ceux qui ne les respectent pas.

La Révolte des morts vivants, suivi de La Terreur des zombies, soirée bis, vendredi 29 juin 2018.

Les spectateurs de la Cinémathèque sont-ils pires que les films qui y sont projetés ?

Les soirées bis à la tek, c’est souvent un peu le bordel, il faut le reconnaître. Sans doute pas autant que les nuits ou certaines séances popcorn auxquelles je n’ai jamais assisté. Mais tout de même. Je connais aussi les séances pour enfants où les accompagnateurs se pointent en retard avec leur groupe et foutent alors le bordel en salle les premières minutes du film, sinon les suivantes parce qu’au contraire des enfants ces adultes se soucient peu du film qu’ils viennent voir. J’apprécie aussi beaucoup les séances bondées de premières où les jeunes en groupe (encore) se déplacent pour ne plus les revoir aux séances random du cycle et qui chahutent ; les séances avec des invités à qui tout est permis, en particulier vous filer des coups de bottine dans le siège pour bien impressionner le mâle grisonnant qui les accompagne… Mais ce soir, c’était la soirée des couples. Des couples d’emmerdeurs.

Je l’ai déjà dit, je ne comprends pas qu’on laisse la salle accessible dix minutes après le début de la séance. C’est en principe pas autorisé, pourtant les ouvreurs ont comme consigne de laisser entrer, voire d’attendre, ces seigneuries les retardataires. Le problème, c’est que c’est le plus souvent un même type de public : des emmerdeurs. Presque invariablement, ceux-là, c’est l’autre bout de la salle qu’ils choisissent pour trouver une place. Alors certes, il faut sans doute un peu plus de largesse pour garder l’esprit bis, mais les connards doivent rester derrière la porte. Et comme personne n’a encore inventé le détecteur à cons, le mieux est encore de la fermer, la porte. (Et s’il y a la queue en caisses, pas de passe-droit pour ces retardataires de séances : les visiteurs du musée font la queue comme eux ; et le personnel n’a pas à se presser pour faire entrer le plus de monde : tu n’arrives pas à l’heure, tu rentres chez toi. On éviterait alors toutes ces ondes négatives déferler par vagues en salle. La plèbe des gens à l’heure devrait pouvoir regarder son film sans que des intrus d’une classe supérieure viennent lui gâcher la fête.)

Et ce qu’il s’est passé hier est un bon exemple de ce qui ne devrait, ou ne pourrait, pas se passer.

La séance est donc déjà commencée, le générique et la première scène crétine aussi, quand un guignol fait son apparition, comme d’autres. Mais lui se fait remarquer par le temps qu’il met à choisir sa place. Une jolie fille était elle à un siège de la rangée de gauche (on était en Franju), et allez savoir pourquoi, le bonhomme dans le noir repère le siège vide et s’y vautre. À croire que la fille lui avait réservé, sauf qu’à voir sa tête et le temps mis à se poser, ça laissait assez peu de place au doute. D’autres vagues arrivent, dont une déferlante d’un groupe de jeunes jacassiers, hésitant à se mettre tout à gauche, avant de déborder vers le centre par deux ou trois écumes successifs. Arrive alors le spécimen le plus vulgaire de la soirée, la vague scélérate qu’on voit qu’une fois l’an : pas lourd mais non précipité, dégaine de guenon ceinturée dans une robe en boyaux de bovins. La demoiselle repère son jules assis à côté de la bombe, le prie de se lever et de venir la rejoindre où elle avait l’intention de se poser. Ça discute deux secondes, mais ça discute : nous, on n’existe pas, le film non plus, on savoure les nouveaux principes des doubles séances de la Cinémathèque : le spectacle est à la fois sur l’écran, et dans la salle… Il faut pas longtemps pour que ça discute à nouveau, une femme semble se plaindre derrière les nouveaux venus du bruit qu’ils font : il n’en faut pas plus pour que la guenon reproduise son défilé devant l’écran en vomissant au passage sur les spectateurs de la salle (?!). Tout le monde pense avoir assisté au clou du spectacle, au triste dénouement de la guenon éconduite dans ses aspirations à devenir femme… Perdu, ce n’était que la mise en bouche : la guenon reprend son défilé devant le film mais cette fois suivie par le charmant ouvreur, qui sans doute par mimétisme, reproduit la marche nonchalante de la canaille qui la précède, et sans doute là parce qu’un peu tendre, vient dire quelques mots à la femme qui s’était plainte des deux intrus. Un comble, une arnaque, une saloperie, on appellera ça comme on voudra. Le personnel de caisse sur ce coup s’est bien fait flouer.

C’est tout pour la première séance, et ç’aurait sans doute été assez, mais séance double oblige, on remet ça pour la séance qui suit. Avec moitié moins de spectateurs dans la salle mais le double de retardataires.

Il était dit que ce serait une soirée pour les couples. Habituellement, dans ce genre de séances, deux types de public s’opposent et se rencontrent : les habitués des lieux allant voir un peu de tout, dont du bis, et les habitués du bis, ne venant à la Cinémathèque que pour ça ou presque. Parfois les deux se retrouvent et s’entendent, parfois ça se regarde en coin, se méprise en silence, mais grosso-modo, ce gros de la population du bis (presque exclusivement composé d’hommes) connaît et respecte les règles : ça chamaille avant le film ; pendant, on regarde le film comme le curé à l’office. Mais ce gros de la population tekienne apprécie peu de voir débarquer des intrus qui eux ne respectent pas les règles. Première règle brisée : les retardataires ; deuxième règle (non officielle) : les couples ; troisième règle : les bouffeurs. Quand des spectateurs enfreignent ces trois règles, on a tous les ingrédients pour voir monter un joyeux happening. (Encore une fois, ça n’arriverait pas si les portes étaient fermées en début de séance.)

C’est donc un vrai moulin, et pour on ne sait quelle raison cachée, ce ne sont que des couples qui vont et viennent dans la salle : certains reviennent peut-être après la pause, d’autres arrivent, d’autres changent de place, ou d’autres décident de partir… Grand mystère. La palme revient à un couple qui présente bien, très BCBG comme on disait à une époque, qui se place juste derrière la jolie fille précitée (entre les célibataires endurcis et les couples malpolis on pourrait se demander comment celle-ci avait pu se perdre ici). On profite d’une magnifique séquence d’éviscération à l’écran, et notre attention est peu à peu ébranlée par un bruit agaçant dans la salle : notre couple retardataire, BCBG, nos Ken et Barbie, se sont sans doute vu pousser un petit creux en voyant un estomac prendre la tangente dans le film… Quoi qu’il en soit, ce sont deux gros magnifiques sandwichs qui pendent désormais à leur bouche, et ça, c’est un type de stéréo que les amateurs de la Cinémathèque ne goûtent guère. Un des habitués fond vers eux, d’un geste élégant, rapide, silencieux et maintes fois sans doute répétés : il leur souffle à l’oreille sa botte secrète. Outrepassement (non pas de jambes mais…) de la règle numéro 3 : point tu mangeras dans une salle de la Cinémathèque. Que la règle 3 servent à leur faire payer les deux précédentes, c’est entendu et c’est de bonne guerre, mais quand les mangeurs de sandwichs se rebiffent y a comme à parier qu’on n’en… restaurera pas là. Le couple insiste, ça discute, non plus avec le souffleur d’argent déjà remonté en une fente à sa place, mais avec d’autres qui les remettent à leur place et pas forcément de manière très élégantes (mais à mon avis nécessaire), le jeune homme BCBG s’offusque, la jeune fille, semble-t-il sincèrement désolée, réclame à ce qu’on lui parle poliment… Les sachets à sandwichs se referment, Ken se lève et fait signe à sa dulcinée que l’herbe sera meilleure à brouter dehors ; la fille rechigne mais au contraire des couples primitifs, dans la haute société c’est le mâle qui fait montre de son autorité, en particulier face aux meutes de loups célibataires (conclusion statistique non contractuelle).

On peut enfin apprécier l’un des plus mauvais films de l’histoire, à l’écran, sans perturbations ou presque, à sa juste valeur.

(Ou presque, parce que le projectionniste aurait semble-t-il profité du chahut ambiant pour faire des essais d’éclairage en séance. Nul doute que pour une soirée triple séance, des boules à facettes sont testés en cabine : les spectateurs n’y verraient que du feu.)

Fermez les portes… Fermez les portes…

Courts métrages Chris Marker, jeudi 17 mai 2017

Un petit classique amusant : le mauvais film projeté. Je viens surtout voir le premier, Dimanche à Pékin, les autres n’étant pas précisément de Marker. Tout commence bien puisque ce film nous est parfaitement projeté, et puis tout de suite on sent le hic au lancement du suivant. C’est un DCP et le projectionniste peine à adapter le format du film à la largeur de l’écran semble-t-il prédéterminé pour le film prévu. Résultat le film projeté est rogné sur les bords latéraux, on comprend à peine qui a participé au film. Ça grogne un peu dans la salle mais tout le monde se tient tranquille, au bout de quelques minutes certains spectateurs plus réveillés que d’autres se lèvent de leur siège, les autres, dont je fais partie, regardent en longueur l’oraison filmée et funèbres, hagiographie plutôt imbuvable, dédiée à Mario Ruspoli. Le film fait plus d’une heure et on ne saura jamais qui en était l’auteur et c’est tant mieux. À l’issu de cette projection éprouvante, une responsable (souvent la même) nous explique avec des trémolos dans la voix qu’il y avait eu un problème et qu’on ne nous avait pas projeté le bon film. Quelques malins qui avaient ronflé toute la séance nous font alors part de leur grande révélation, qu’eux, ils s’en étaient aperçus. Les autres, comme moi, restent un peu ébahis non pas par le “raté” de la projection, mais par le film édifiant qu’ils viennent de voir… « On s’est trompé de DVD ». C’est beau comme du Pierre Richard.

La question à cinq sous, ce serait de savoir quand le projectionniste s’est rendu compte du problème. Le deuxième film (de Ruspoli, et non pas sur, d’où sans doute une première méprise) ne devait durer qu’une vingtaine de minutes mais les suivants prévus lui auraient demandé une plus grande attention vu qu’ils étaient supposés être sur support pellicule. Doit-on comprendre que ce n’est pas seulement le “DVD” du film de Ruspoli qu’il manquait mais les deux autres films ?… Bizarre, Bizarre. Et finalement peu importe. J’ai vu mon Marker, tout le reste est silence…

Les abonnés seront informés par mail le lendemain, qu’en plus de la seconde séance prévue pour je ne sais plus quand (ce sera sans moi, j’ai vu mon Marker) les courts métrages seront projetés en remplacement de quelques autres prévus dans d’autres séances mais indisponibles. (Cette rétrospective Marker est tellement foisonnante qu’il ne serait pas étonnant d’assister à d’autres problèmes pour récupérer les films.)

(Quelques semaines plus tard pour la même séance, le même film est projeté à nouveau, mais cette fois, on aurait gueulé, du moins peut-être ceux présents à la précédente séance, le film a été arrêté, et cette fois les autres courts ont pu être montrés. Il s’en est fallu de peu. Deux fois la même bourde.)

Le Piège d’amour, William Wyler (1929)

Dans la collection « les sous-titres de la Cinémathèque française ». Le film est muet… jusqu’à un certain point, puisqu’il est un de ces étranges morceaux composites nés pendant la transition du muet au parlant, et si le film est donc muet une bonne partie, il devient tout à coup parlant en plein milieu du film. Sauf que si tout se passait plutôt bien quand il était question de traduire des cartons, la traduction devient inexistante pour les séquences (nombreuses) sonores. Parfois on peut rire des traducteurs qui se contentent de traduire des fichiers .srt en en oubliant parfois quelques morceaux et laissant apparaître le travail d’origine effectué par un autre (en anglais), ici c’est peut-être un peu moins drôle parce que ça donne l’impression que le traducteur, croyant avoir affaire à un film totalement muet, se serait passé le film en accéléré pour y trouver les cartons à traduire et salopé le reste du travail. La surprise a dû être grande lors de la projection.

(À noter que pour la séance qui suivait juste après, un Wyler parlant, on aurait cru qu’un seul employé se partageait en cabine le travail à la fois de traduction et de projection. Quand ce n’était pas les problèmes de sous-titres, c’était l’image décadré sur un quart de la hauteur… Parlant peut-être, mais c’était un peu comme avoir le fantôme de Buster Keaton projectionniste en cabine. Merci bien.)

Le Journal d’Anne Frank, George Stevens (1959)

Dans la collection « les séances jeune public ce n’est vraiment pas pour les enfants ». Il est rare qu’on y trouve beaucoup de bambins à ces séances (et pour cause… films sous-titrés bien souvent, voire carrément expérimentaux ou imbuvable — comme lors d’une séance pas bien plus vieille à laquelle on avait proposé un film belge dont il faut mieux oublier le titre), et pour cette séance, il y en avait même… aucun.

Un raté pour la programmation ou pour les spectateurs, c’est à voir. Pour ce qui est de la présentation, c’était au contraire du très bon. La présentation jeune public, ça doit faire office de bizutage de fin de stage ou un running gag interne à la Cinémathèque, ce sera à celui (souvent celle) qui s’en tirera le mieux. La candidate du jour s’en sort donc avec les félicitations du jury, parce que la présentatrice s’est adaptée et a proposé une très bonne introduction… pour adultes. C’est peut-être plus facile quand on n’a pas à essuyer les plâtres de précédentes séances folkloriques, mais c’est non seulement un joli travail, mais aussi fort appréciable pour nous autres… vieux.

L’Expiation, Camille de Morlhon (1918)

On touche le fond en matière de respect du public. Vingt habitués pour voir une rareté de 1918, c’est encore moins que pour les séances du cinéma français des années 30, mais ça se passe dans la même salle, Epstein, souvent maudite, et qui ne pardonne pas quand il y a du bruit en cabine. Parce qu’on entend tout. On entend surtout quand il s’agit d’un film muet sans piste sonore ou accompagnement.

Or, puisqu’il n’y a personne dans la salle, qu’il ne s’agit que de la plèbe méprisable de la Cinémathèque, autrement dit des petits vieux forcément sourds dont de toute façon personne ne prête attention, on vient les mains dans les poches. Passe encore la projection du film sans avoir prévu que les intertitres (souvent nombreux) seraient en anglais, mais le bruit en cabine comme s’il n’y avait personne en salle ou que ça comptait pour du beurre, voilà qui est bien inacceptable.

En tant que public habitué des aléas de projection, des imprévus, on peut accepter beaucoup de choses. Voir, ou entendre, qu’un projectionniste reçoit un coup de téléphone en pleine séance et passe la moitié du film à discuter tout fort avec un interlocuteur, ça ne rentre pas dans la catégorie des aléas de projection. C’est du mépris et une faute professionnelle.

J’ai cru à un moment que le projectionniste n’était pas seul dans la cabine. Mais on a eu l’explication à la fin de la projection. Celui-ci rangeait le matériel avec un kit mains libres toujours sur les oreilles.

Joli professionnalisme.

(Le même projectionniste — semble-t-il reproduira la même bévue lors de la projection, belle ironie, de Splendor, film d’Ettore Scola mettant à l’honneur un cinéma de quartier.)

Les Révoltés / Outside the Law, Tod Browning (1920), Samedi 24 2018

Le film est accompagné au piano, mais on entend la pianiste se plaindre d’une lumière. Un spectateur vient aux nouvelles, et elle semble expliquer qu’elle ne peut pas jouer… dans le noir. Étonnant, les pianistes ne jouent pas à l’aveugle les films muets ? Le spectateur sort de la salle, quelques instants après : allumage salle. On soupire. « Ah, non, pas le bon bouton. » On ré-éteint, et la pianiste semble avoir eu sa petite veilleuse pour continuer à jouer. Je n’ai rien vu, elle a assurée. (Ça commençait bien quand on nous a annoncé que le film initialement prévu en 35mm serait projeté en… vidéo. Vidéo ?! numérique, DCP, il veut dire ?! « Vidéo… »)

(Une parenthèse pour le public qui m’agace le plus en salle : les accompagnateurs d’enfants pour les séances jeune public. Puisqu’ils viennent voir des films soit disant pour enfant, le film ne leur concerne pas donc certains regardent leur portable pendant le film. Et puisqu’il faut bien arriver à l’heure pour que les parents retrouvent leurs mômes à l’heure et qu’on ne fait pas d’heure sup’, on se barre dix minutes avant la fin, en prévenant bien tout le monde encore dix minutes avant pour que chacun se prépare, et cela bien sûr avec les interrogations des enfants… Il y a aussi les accompagnateurs qui parlent aux enfants comme des chiens ou qui leur aboient dessus pendant le film alors que les enfants ne font que réagir au film… Un vrai poison.)

Maria Chapdelaine, Duvivier (1934) jeudi 8 février 2018

Les joies des projections à l’ancienne, avec bobines interverties.

Tout d’un coup, c’est l’hiver (on dira qu’au Québec, on y arrive vite mais là la bobine devait venir un peu plus tard) : ellipse parfaite, je ne vois rien venir, jusqu’à… ce que la même séquence réapparaisse. Ah ?!… Perso, je ne comprends pas ce qui se passe, et je pense d’abord que le projectionniste nous refourgue la bobine précédente et attends de voir quand il s’en apercevra. Je suis au dernier rang, je me lève et je le vois manipuler une pellicule près du second appareil comme pour y vérifier ce qui y est inscrit (façon Eisenstein regardant un film à l’œil nu dans une image célèbre). Je me rassois. Le film suit son cours. Je commence à comprendre qu’il a rattrapé le coup je ne sais comment, et que c’était la précédente bobine qu’il (ou un autre) avait intervertie.

En rentrant, je vérifie sur Youtube où un zouave a charcuté le film dans un ordre bien plus folklorique (pour éviter les problèmes de droits sans doute), et il me semble qu’on a rien perdu. Au final un petit couac pas bien grave, résidu charmant des projections d’antan. Le pire qu’on puisse avoir avec des projections numériques de nos jours (et ça m’était arrivé dans la même salle…), c’est qu’une galette 4K ou autre s’arrête suite à un problème technique… et personne en cabine pour s’en apercevoir. Pour des raisons de sécurité, il faut passer par la gare Saint Lazare via Barbès pour arriver en cabine, donc à part jeter un œil, on ne peut rien faire sinon attendre vainement impuissants comme écrabouillés dans un conduit à ordure galactique – et dans ce cas y a toujours un spectateur qui tient moins l’apnée que d’autres et qui file aux caisses.

Cette salle est maudite, et c’est souvent pour les séances où on se retrouve une vingtaine que d’étranges phénomènes se produisent. Récemment on a aussi eu droit à l’allumage intempestif des lumières en pleine séance. Epstein porte bien son nom, tout y est un peu surréaliste, irréel. Le charme d’une ville projection de quartier.

Bon, je dirais bien « ne changez rien », mais ce serait tout de même plus pro si au lieu de faire les choses en douce, on arrêtait la projection, et préparait une annonce (curieusement en Franju, on y a plus souvent droit).

Le Balcon, Giedrė Beinoriūtė (2008)

S’il y a une chose clairement à changer pour la prochaine saison au niveau de la programmation, ce sont bien ces programmes croisés pas toujours pertinents. Que Jean Douchet profite d’une rétrospective quelconque pour choisir un film et en discuter, ça ne pose pas grand problème, mais pour être un habitué des séances jeune public du mercredi et du samedi, c’est rarement une bonne idée. La question n’est d’ailleurs pas toujours de proposer un programme croisé pour ces séances jeune public, mais bien plus souvent d’y trouver des films mal adaptés au public que ces séances sont censées viser. Sous-titres imbuvables pour des enfants, films d’auteurs traitant certes de l’enfance mais n’étant pas précisément des films pour enfants, ou tout simplement vieux films ou tirés d’une culture trop étrangère parfois même aux parents qui sont peut-être ceux qu’il faut avant tout convaincre, ça fait beaucoup pour un « jeune public ».

Ce mercredi, on a donc atteint un sommet dans cet art maladroit de la programmation croisée avec une séance d’un moyen métrage lituanien, Le Balcon. Faut-il préciser qu’un film avec des enfants n’est pas forcément destiné à des enfants : Le Voleur de bicyclette est-il un film pour enfant ? Certains parents pourraient s’y laisser prendre, avec un film lituanien sous-titré, c’est déjà moins probable. Les cinéphiles s’intéressant au cinéma lituanien sont déjà assez rares, et la majorité d’entre eux iront de toute façon se recueillir devant les films des cinéastes dont ils ont déjà entendu parler ; ça se résumera donc pour beaucoup aux demi-dieux que sont Mekas et Bartas. Le reste s’adressera aux amateurs de raretés et de découvertes. Même pour un chef-d’œuvre la semaine dernière comme La Belle, présenté dans le même cadre, le public était peu nombreux, mais au moins ceux qui s’étaient renseignés avaient pu supputer qu’il s’agissait d’un classique rare lituanien sinon soviétique (ce qu’il est à mon avis). Pour un obscur moyen métrage d’une cinéaste actuelle sans grandes références, ça sentait un peu le jambon. Comme la forte probabilité d’être envoyé au casse-pipe sinon dans un coupe-gorge pour le programmateur chargé de la présentation du film.

On était treize dans la salle, sans compter les deux programmatrices (l’une semblant être venue à la rescousse de sa collègue sur le tard), pour une « fillette ».

Il faut du courage pour travailler dans ces conditions.

À savoir si les habituelles présentatrices de ces séances sont elles-mêmes responsables des choix de programmation ou si cela vient d’une demande d’en haut, mais pour le public cela ne change pas grand-chose : il ne vient pas, et pour celui qui vient, on sent assez souvent un malaise. Qu’on se retrouve entre vieux croûtons célibataires en Epstein pour les séances du programme des films français des années 30, on est me semble-t-il dans le respect d’une mission claire que la Cinémathèque s’assigne à elle-même : un peu comme pour les séances de classiques à l’heure de la sieste, on est là pour préserver et diffuser des « films du patrimoine ». C’est beaucoup plus discutable pour certaines programmations croisées. Il existe une flopée de films destinés aux enfants et souvent inconnus venant des pays de l’Est par exemple, mais viendra toujours le problème de la langue car ces films ne seront évidemment jamais doublés. Reste les classiques français ou occidentaux : les séances jeune public devraient limiter leur programmation à ces films, même si c’est peut-être parfois moins gratifiant pour un programmateur d’en revenir à des classiques. Le personnel compétent de la Cinémathèque serait sans doute plus utile, et épanoui, en présentant certains de ces films « exigeants » dans le cadre des rétrospectives traditionnelles destinées aux adultes. La Belle, encore une fois, n’est pas un film pour enfant, et aurait plus trouvé son public en restant dans le cadre de la rétrospective lituanienne (le paradoxe ici, c’est que le film ayant été très bien présenté par la réalisatrice Alanté Kavaïté, on débordait déjà clairement du cadre défini par la séance « jeune public »).

Liebelei (1933) dimanche 10 décembre

Encore et toujours un problème de sous-titrages.

Il faut dire que la Cinémathèque ressort probablement les vieilles copies pour l’occasion et se retrouve avec les très étranges habitudes en matière de traduction des années 30. Les sous-titres sont incrustés à l’image, tout devrait donc bien se passer, sauf qu’en ces temps reculés du cinéma naissant parlant et chantant où on préférait produire des versions alternatives avec des acteurs de différentes nationalités pour un même film, les copies destinées à un public préférant lire des sous-titres, ça ne devait pas bien être la norme. L’usage d’alors c’est donc de ne sous-titrer que les passages essentiels pour la compréhension de l’intrigue. De nombreuses séquences de bavardages passent ainsi à la lessiveuse, mais pas seulement, deux ou trois qui semblaient bien essentielles défilent sous nos yeux sans contrôle frontière, et là c’est plus ennuyeux. Plus ennuyeux encore quand on sait qu’il s’agit du second passage, et que visiblement certains spectateurs s’étaient déjà plaints de l’absence de sous-titres.

Ironiquement (ou pas), le lendemain, lundi, une petite affichette est placée aux caisses par les programmateurs comme pour s’excuser d’avance des sous-titres probablement défectueux de la comédie musicale favorite de Staline. Peur d’une purge tardive ou retours désagréables sur l’absence de sous-titres lors de nombreuses séances, l’ironie c’est bien que la projection s’est déroulée, elle, globalement sans accroc.

On aurait pu espérer les mêmes soins la veille. Au mieux bien sûr, on aurait pu rêver qu’un traducteur d’appoint se soit chargé du travail pour nous éviter de nous sentir tout cons à l’écoute de ces petits bavardages ophülsiens qui font aussi le sel de ses films.. Mais comme on aime désormais le rappeler, on est à la Cinémathèque « de Henri Langlois », et Henri Langlois… (moulinets des bras au-dessus de la tête à la Jean-Pierre Léaud), les sous-titres, il s’en tamponnait le coquillard.

Moi pas. (Moulinets avec la langue :) Je préfère ma Cinémathèque à Langlois.

Qui liebelei gut châtie gut. Qui n’y voit goutte, s’en va kaput.

Les Inconnus dans la maison (1942) samedi 18 novembre

L’art du spoil.

La séance, ou ce qui précède, commence par un imprévu epsteinien : un projecteur semble ne pas marcher. Pas bien grave, tout le monde se met en rang, et on entre finalement à peine avec dix minutes de retard dans la salle. Gabriela s’excuse et félicite « Mathieu » d’avoir réglé le problème aussi rapidement (Mathieu oubliera de lancer une bobine au milieu du film, mais ça doit être encore le projecteur, parce que Mathieu est super efficace) ; Gabriela s’excuse du même coup pour les autres séances problématiques de cette rétrospective (j’ai manqué semble-t-il la rétro Clouzot vu par le cinéma soviétique proposée dans un univers parallèle), et présente enfin Christine Leteux dont l’ouvrage Continental films : Cinéma français sous contrôle allemand sort justement avec en couverture le film de Decoin que nous allons voir.

Christine a fait de super recherches, rien que les faits nous dit-elle, pas de on-dit. Là ma curiosité se cabre déjà sur ce qu’elle a bien pu trouver concernant la mort de Harry Baur dont « on dit » que l’incarcération injustifiée (si tant est que celle d’un juif soit plus justifiée que celle d’un non juif) avait précipité sa mort, mais la voilà déjà qui parle du film pour lequel Mathieu s’active là-haut en cuisine. Jusque-là tout va bien : Gabriela interroge Christine sur les raisons pour lesquelles Pierre Fresnay n’est pas crédité au générique, mais Christine, qui a revu le film trois fois ces derniers jours, trépigne et pense à tout autre chose. Christine voudrait nous raconter tout le film, elle se retient, s’oblige à partager quelques anecdotes pour moucher ses envies, mais Christine n’en peut plus, et c’est les joues en feu qu’elle nous spoile la fin à la figure, autrement dit dans un film à énigme, le gros de l’affaire, la résolution, le bouquet final… le véritable meurtrier de l’histoire !

Il n’y avait que des vieux dans la salle, comme d’habitude, et cette nouvelle mode qui consiste à prendre soin de ne pas dévoiler les « poils de l’intrigue » est si peu partagée par cette frange grisonnante de la population, que personne ne semble avoir réagi à cette divulgation inopportune (seul Mathieu dans sa cabine hésitera plus tard à nous livrer la bobine dans laquelle on avait la confirmation de l’identité du meurtrier). Cela m’a bien fait rire. Connaissant le meurtrier, on ne voyait plus vraiment la chose comme un film à énigme, mais comme un film à suspense, et c’était au poil. Une expérience cinématographique qui en vaut une autre…

Merci Christine. Qui aurait cru dès le début du film que c’était M______I* l’assassin !

* ce n’est pas un pendu, mais un guillotiné

Autrement, Josette, qui semble avoir apprécié beaucoup l’humour cluedo-esque du film, s’est amusée de la réplique de l’avocat général que Clouzot reprendra vingt ans plus tard dans La Vérité : « Mais maître, vous plaidez ! » Je n’ai pas dû comprendre toutes les autres allusions ou références cachées quand Josette cravachait sur mon siège, du genou, de la bottine ou de la bague… : j’avais beau lancer des « hue ! » et agiter la tête de part et d’autres à chacun de ses escamorsages en espérant la désarçonner, j’ai filé droit sans me cabrer une seule fois en attendant docilement que Mouloudji soit confondu.

Oh, mince.

Macbeth, Roman Polanski (1971) 11 novembre

Petite confusion à la fin de la projection du Macbeth de Polanski. Celui-ci devait être suivi de la discussion avec Jean Douchet en Langlois, mais on nous refourgue gentiment en Franju où semble-t-il la projection des films de Solveig Anspach ne peut se poursuivre. Chassé-croisé baroque entre spectateurs des deux salles comme dans un cinquième acte de Shakespeare. Pas facile pour le personnel de faire comprendre aux spectateurs de la Langlois de ne pas rentrer immédiatement en Franju. C’est qu’il faut bien que le public qui s’y trouve encore puisse quitter la salle et transvaser par capillarité volcanique en Langlois. Un public, c’est con, c’est à ça qu’on le reconnaît. Alors quand des petits vieux, anciens soixante-huitards, restent devant les plots de départ quand on leur demande sagement de rester derrière pour laisser les autres sortir, ça s’énerve contre le personnel de sécurité. Un vieux con, ça rouspète, c’est pour ça qu’on les reconnaît en tête de toutes les queues improvisées du monde. Être le premier rentré dans une salle dont on sait qu’elle sera à moitié vide comme être le premier parmi une foule de jeunes geeks se ruant sur le dernier iphone… Ne jamais réclamer à une foule de faire preuve d’intelligence et de patience.

Bon point, aucune Femen n’est venu montrer ses seins pendant la séance de Polanski. Les poitrines étaient à l’écran, et tout le monde a trouvé ça parfaitement normal. Pas besoin de grognasses intégristes pour créer un peu d’agitation.

(La discussion avec Jean Douchet était comme d’habitude hautement inintéressante. Mais ça c’est un raté traditionnel. Interprétation sur la dualité chez Polanski plus que nébuleuse, et aveu de méconnaissance totale de Shakespeare — enfin vaut mieux ça que l’inverse. Douchet n’est pas un critique cinéma, c’est un ésotérique, il cherche des signes partout. Il faudrait songer à le transvaser au grenier en tant que druide à l’expo Goscinny. — Je rouspète. J’ai un aveu à faire moi aussi : je suis vieux.)

Le commentaire du film

Deux Combattants, Leonid Loukov samedi 11 novembre

Bis repetita. Après un premier passage sans sous-titres et une remise en Epstein, la salle est bondée. Chacun savoure les premières vingt minutes sans le moindre accroc… jusqu’à ce que manifestement un problème intervienne en cabine : un violent « Putain ! c’est pas ça !!!… » éclate et, en effet, c’était pas ça. Ça le fera d’ailleurs plus pendant le reste du film. Peut-être les trois quarts des sous-titres seront soit en retard soit sucrés. Au milieu de ce nouveau désastre pourtant, on arrive à comprendre grâce aux bribes l’enjeu de chaque situation, et on s’amuse à deviner la fin des phrases. Comme quand un personnage se pointe chez une autre avec des morceaux de chaises, qu’il commence à dire « C’est drôle, avant quand je venais chez toi, tu me proposais de prendre une chaise… » Le reste est laissé à notre intelligence : on alimente le foyer du feu, c’est donc que les chaises y passent elles aussi… Pas bête de flatter ainsi l’intelligence du spectateur. On dit que Langlois regardait les films sans sous-titres et que ça ne lui posait aucun problème. Ton expérience à la Cinémathèque, si tu l’acceptes, jeune abonné, sera de regarder des films avec des bribes de sous-titres et de t’en contenter. Si Langlois l’a fait, tu peux le faire. Alors…

Expérience moins plaisante toutefois, les insultes permanentes assenées par le traducteur à son téléscripteur (or whatever). Je n’ose même pas imaginer l’effet produit si cela avait été un film muet… Le son est globalement trop fort en Epstein et il s’agissait là d’un parlant bavard et parfois explosif… J’étais au milieu de la salle, les derniers rangs ont bien dû souffrir de l’étrange capitaine qui derrière leur tête insultait ainsi sa machine. Le traducteur était tellement hystérique qu’il a fini comme dément, probablement blasé de voir qu’il était incapable de faire son travail ; car bientôt ce n’était plus des insultes qu’on entendait depuis la cabine, mais d’étranges éclats railleurs.

Peut-être sa machine était-elle simplement configurée par une quelconque ligue de vertu homophobe et que les passages trop sulfureux nous auraient été ainsi interdits. Le film semble être une jolie variation sur le thème de Cyrano de Bergerac (un prétendant se faisant écrire les lettres destinées à sa belle par un poëte), à la différence que Roxanne y serait presque totalement délaissée au profit du couple « combattant ». Christian et Cyrano tombant amoureux, il fallait y penser. « J’aime Tanya. Je l’aime tant Arkady, que je l’aime presque autant que toi. »

À noter, c’est presque une habitude en Epstein, que tout le monde est resté bien sage. La force des habitudes parisiennes peut-être. De celles qui nous laissent de marbre dans la rue quand vient à survenir le témoignage des petites catastrophes anodines de la vie : un homme trébuche sur un autre qui l’insulte, et les deux en viennent aux mains sous les yeux indifférents des passants. Tout est normal. Deux combattants aux abois et la caravane passe. Les passants sont des morts jouant aux vivants : ils passent leur chemin.

Epstein est une tombe. La nuit parfois, on y entend, dit-on, des cris semblant fendre la terre depuis les enfers jusqu’à elle (la Epstein) : « PUTAIN ! MAIS C’EST PAS ÇA !!!… PUTAIN !!!… AH, AH, AH !!! (NdT) ».

Boccace 70 (1962), 3 novembre

Erreur de programmation. Le film fait 3h30 et non 2H30. Personne ne s’en rend compte avant (pas même les spectateurs, faut l’avouer). Probable que le projectionniste s’est retrouvé avec cinquante bobines sous la main et s’inquiétant de ne pouvoir sortir dîner à l’heure, il aurait alors vérifié. Tout le monde s’était endormi pendant le Visconti, et là, lumière. Le responsable caisse/salle vient gentiment nous expliquer qu’il reste le dernier sketch et qu’il dure une heure. Tout le monde n’est pas encore bien réveillé. Tout le monde ne semble pas bien comprendre le dilemme. Ben le problème, c’est qu’un autre Visconti devait être projeté juste après, du coup il le sera, lui, une heure après l’horaire prévue, et ceux qui veulent aller voir le Polanski (ou le film de Aldo Fabrizi) peuvent donc se faufiler en douce de la salle. Un tiers de la salle (la même sans doute qui se réveille) quitte le navire, un peu dans la confusion. Une Américaine aboie « Mais Sophia Loren ?! je vois voir Sophia Loren ! » Elle se lève, se rassoie, se relève, s’assoie encore (elle s’endormira au bout d’un quart d’heure devant le Sophia Loren). On presse un peu les fuyards de se presser, et pour cause. Le Visconti qui suivait c’était La terre tremble. Et à l’heure qu’il est, ils y sont encore. La séance, si tout va bien, s’achèvera après minuit.

Le petit commentaire du film.

Zvenigora Alexandre Dovjenko, vendredi 27 octobre

Bon, bon, bon… Ça continue pour la rétro soviétique.

Manifestement on a changé de traducteur, mais d’après ses dires (ou de ce que j’en ai compris) il semble hériter d’une traduction qui n’est pas la sienne. Le film est encore muet et commence par un long intertitre. Première intervention, et elle fait peur parce qu’il laisse éclater son étonnement, un peu comme s’il était tout étonné de devoir traduire dix lignes d’un coup… Heureusement la suite prouvera qu’il a au moins potassé le texte traduit. Mais le comprendre, c’est surtout le signe qu’il n’a cessé de balancer des commentaires pendant tout le film.

On a donc un de ces films muets sans accompagnement musical (pas de place pour le piano en Epstein, et pas fous, les pianistes se pointent que quand il y a des copies de la Cinémathèque suisse avec des sous-titres intégrés), ce qui veut dire, habituellement, concert de gargouillis, toussotements, papiers froissés, défroissés. Là le traducteur s’embarrasse pas, on a droit carrément à une sorte de commentaire off en bonus de DVD. Il apprend les subtilités de la langue russe au projectionniste, lui indique que bientôt il y aura une faute de traduction dans le texte et qu’il faudra lire “ingénieur” au lieu de “ingénie” (le mec spoile les coquilles de la traduction, c’est génial), là s’étonne que l’intertitre ne soit pas traduit, dit ne rien comprendre à l’histoire. Et comme perso, j’y comprends pas plus avec ou même sans les bonus, il m’explique avant que cela vienne qu’il y a différentes époques dans le film, mais il a beau chercher, lui non plus, le trésor ukrainien il comprend pas bien ce que ça peut être. Peut-être le blé ? ah non, ça peut pas être ça. Attends mais si, l’Ukraine, c’est le grenier à blé de l’Union soviétique. Oui d’ailleurs, c’est un film ukrainien.

Ah, là attention, tu vas voir, le mec il va faire semblant de se suicider, à un genre de conférence. (Aucune réponse, le projectionniste est tout occupé à scotcher l’étui de la cinquième bobine avant de remarquer les bras levés dans la salle pour indiquer que ça fait vingt secondes que l’image se fait la malle pour un bon tiers vers le bas.)

Pendant que le projectionniste réajuste le défilement ou je ne sais quoi, le traducteur nous sert sa meilleure réplique de tout le film : « Mais il n’y a pas de musique sur la piste sonore ?! » Bah non, c’est un film muet. Silence gêné dans la salle mais en même temps nous ça fait une heure qu’on sait que c’est un film muet et qu’il y a en guise de bonus une piste en cabine qui nous enquiquine un peu la vie. On soupire, Thérèse étire ses jambes et on entend un grand coup de bottine dans un siège un peu comme un coup de buttoir dans une porte auquel on aurait enlevé l’embout en caoutchouc. Misaki, une Japonaise qui habite Aubervilliers ne bronche pas. « Alors comme ça, il n’y a pas de piste sonore… »

Ben non.

Le film s’emballe à nouveau, on entend un “grigrigri” dans notre dos, puis un « Rah ça fait la deuxième fois ! ». Le film plie mais ne rompt pas. “Grigroingroingrigroingroin” et ça repart. Jusqu’à la dernière bobine. Les bonus en prime.
Lumière. Ça papote. Personne n’a compris ce que pouvait bien être ce fichu trésor ukrainien. Derrière, tel un capitaine de navire à son poste de commandement prêt à affronter tête haute les déferlantes, le traducteur fixe au loin alors qu’il n’y a plus rien à voir, attend, mais la vague des spectateurs quittant le navire s’agite sans écumes sur les premières marches menant au pont. À côté de lui, le projectionniste s’active pour nettoyer et ranger son matériel.

Longtemps longtemps après que les spectateurs ont disparu leurs interrogations courent les pensées de notre capitaine traducteur…

Toi, c’est moi, René Guissart (1936), jeudi 26 octobre

Première fois de ma vie que je quitte une salle de cinéma. Fallait bien que ça arrive.

Le son était deux fois trop fort. Je tiens un quart d’heure dont cinq minutes avec les mains sur les oreilles. Je commence à pas me sentir bien. Les quinze autres morts-vivants perdus pour voir ce film semblent apprécier la fête. Certains se tapent sur les cuisses et quand ils remuent j’entends leurs os frémir comme un rideau de perles. Et puis ils commencent à rire et là ce sont d’effrayants claquements de dents qui se mêlent aux tam-tams insupportables de la bande sonore. Je me barre pris de vertiges et de nausées comme si on m’avait secoué une heure dans un accélérateur à particules. Une fois dans le métro avec son tintamarre presque reposant je me demande comment j’ai pu être le seul à pas supporter…
Aucun remords, le film était horrible.

Deux Combattants, Leonid Loukov (1943), lundi 23 octobre

Aucune séance de cette rétrospective ne s’est déroulée comme prévu. Vingt minutes de retard, un technicien vient vérifier les connections du module de sous-titrage, quelques spectateurs remarquent que les deux traductrices sont au poste avant de disparaître. On vient nous annoncer ce qu’il y a effectivement un problème, puis une responsable cette fois nous explique qu’il n’y aura pas de sous-titres (j’évite de paraphraser les explications, j’ai rien compris). Il faut toutefois noter que comme par hasard, le film est très bavard et qu’il a, ou aurait, réclamé énormément de travail de traduction. Quand on voit à quel point les films muets ont été sabotés, une telle situation était prévisible. À se demander si les programmateurs regardent les films dans les conditions de projection. Si Bernard Eisenschitz a sélectionné les films, étant bilingue, mais que derrière personne ne s’est assuré de la parfaite exécution des sous-titres et avant ça de la traduction, ça pose problème…

Bref, la responsable était bien désolée de devoir s’excuser au nom de la Cinémathèque alors que les responsables du massacre de la rétrospective sont sans doute bien au chaud. Quelques vagues mouvements d’humeur, mais on est habitué. La salle était quasiment pleine (la Franju, à 17h un lundi, c’est dire pourtant qu’il y a une demande pour voir ce genre de films) et elle s’est presque vidée complètement.

Le film a l’air magnifique, mais il est bavard. Ça joue beaucoup sur l’évocation, les souvenirs, la connivence des personnages, les ballades mélancoliques, donc forcément, c’était comme si on n’avait rien vu. On ne devait plus être qu’une petite quinzaine à la fin de la guerre.

Don Diego et Pélagie, Iakov Protazanov, samedi 21 octobre

Peut-être mis au courant du désastre de la précédente séance, la Cinémathèque innove, ou expérimente, et cette fois c’est deux traductrices qui officient pour un film qui ne devrait pas trop être difficile à sous-titrer… puisqu’il est muet. On ne sera jamais trop de deux, n’est-ce pas…

Le film commence à l’heure (donc avec dix minutes de retard). Ceux qui étaient là à la précédente séance ne boudent pas leur plaisir en voyant parfaitement s’afficher le premier carton (Hortense n’est plus de la partie, elle est partie à la gendarmerie pour se plaindre de ne pas avoir été remboursée pour la séance précédente — plainte qu’elle changera par la suite par une plainte à l’encontre d’un gendarme pour des faits supposés d’agression sexuelle ; Hortense a 68 ans – ; quant à Vincent, il est bien là, mais sans Estelle et son accompagnateur inconnu — Brigitte et son rire éclatant sont au dernier rang).

Notre plaisir n’est que de courte durée. Le film étant entièrement muet (ce qui veut dire, sans musique, sinon celle de nos gargouillis émus), on en entend jusqu’aux clés des ouvreurs ou le souffleur des toilettes toutes proches. Manque de bol, les traductrices ne semblent pas bien comprendre qu’on les entend depuis la cabine, et pendant tout le film on aura droit aux commentaires de l’une ou de l’autre. Travail à quatre mains pas évident. L’une semblait traduire en direct à l’autre pour qu’elle trouve sur son prompteur la phrase correspondante. Les commentaires ne se limitaient pas à ça, mais j’avoue ne pas avoir cherché à comprendre ce que ces deux-là pouvaient se raconter en parlant aussi fort. Le public était bien gêné, mais n’a rien dit. Chacun devait se dire dans son coin que c’est toujours mieux d’avoir des éclats de voix dans son dos (en plus des rires de Brigitte, mais Brigitte est bon public, c’est pardonnable) qu’Hortense à râler pour on ne sait quoi. (Notons que Thérèse, qui souvent remarque très fort en séance à son voisin d’arrêter avec ses “papiers” — ce voisin étant précisément son mari — n’a pour une fois rien dit. Peut-être nous racontera-t-elle une autre fois ce que les traductrices pouvaient bien se raconter entre deux intertitres.)

(Ma troisième séance du jour s’est parfaitement déroulée, ou presque. Quelques intertitres à la trappe mais c’est pas bien grave, car les yeux de Anna Sten se passent de traduction. Pierre a bien murmuré deux ou trois fois à sa voisine quelques mots pendant le film — muet — pour lui traduire les intertitres. Enfin, plutôt deux fois que trois parce qu’il me semble bien que pour la troisième c’était pour lui dire qu’il n’avait pas compris. Et Christophe s’est endormi à la toute fin du film, mais Sophie, sa copine, alertée par ses ronflements s’est tout de suite précipitée pour le réveiller. Séance presque parfaite en somme. Je m’en vais en piquer un à mon tour. Epstein m’endort.)

Les Souliers percés, Margarita Barskaïa, samedi 21 octobre

Décidément, les sous-titres pour ces films de la sélection soviétique, ça promet beaucoup de catastrophes…

La séance commence avec du retard. Probablement un problème avec le système d’incrustation des sous-titres sur l’écran. Bien les trois quarts du film ne seront pas sous-titrés, et principalement pour les phrases comme « passe-moi le sel », l’inutile donc, quand les plus importants ne le sont pas.

Hortense, râleuse à toutes les séances (elle râlait avant même le retard parce que quelqu’un s’était assis devant elle, alors que la salle était quasi pleine) nous a fait patienter pendant tout ce temps (mais bien la moitié étaient des habitués donc en profitaient pour discuter), et pendant tout le film, c’est Brigitte qui s’est occupée de mettre l’ambiance avec ses rires bien puissants à l’accent du XVIᵉ. (Notons aussi que Vincent a cherché désespéramment à joindre Estelle depuis son smartphone alors qu’elle était à deux rangs devant lui, mais… accompagnée, et comme Estelle ne l’avait pas vu quand Vincent lui a fait signe en arrivant, Vincent espérait profiter du retard pour la joindre. Mais Estelle selon toute vraisemblance avait éteint son portable. Vincent n’a sans doute pas remarqué l’absence pendant tout le film de sous-titres, tout occupé qu’il était à se demander qui était ce jeune homme accompagnant Estelle.)

Croc-Blanc, Alexandre Zgouridi (1946)

Copie appartenant à la Cinémathèque. Jusque-là tout va bien. Sauf que comme d’habitude, les sous-titres sont charcutés par un traducteur au choix, épileptique ou dyslexique : des coquilles, des fautes, ou tout simplement des passages (pourtant rares compte tenue du peu de travail à effectuer sur le film) non traduits. Le plus énervant étant sans doute l’utilisation systématique des guillemets à la place des apostrophes. Nouveauté tout de même, les sous-titres étaient incrustés sur la pellicule (pourquoi, on sait pas, on se dit d’abord que c’est bon signe, un truc comme « chouette, un nouveau procédé plus fiable », et pis non).

À travers l’orage, Griffith 1920, jeudi 19 octobre

Un classique : les sous-titres non synchronisés. Ça devrait pourtant être plus simple avec un muet, mais le film était projeté avec des copies composites aux provenances diverses, et certaines bobines possédaient déjà des intertitres en français. Difficile de ne pas s’endormir quand on doit appuyer sur un bouton vingt fois en un peu plus de deux heures. Comme lors des projections des films de HK, mieux vaut lire l’anglais à la Cinémathèque.

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