Notes de visionnage 2017

janvier-mars / avril-juin /

Juillet-sept 2017

De Mayerling à Sarajevo, Max Ophüls (1940)

Direction d’acteurs exceptionnelle, récit parfaitement mené et une romance qui s’achève sur un attentat historique. Respect Max. Mais il est temps de filer à l’anglaise si tu veux être libre. Allez, ouste !

Mashenka, Yuli Raizman (1942)

Classicisme plus maîtrisé que d’autres films de la même époque soviétique. En revanche pour un mélo annoncé ça manque d’ampleur et de cœur. Le film est trop court et peine à lier les séquences intimes à celles qui se veulent épiques. Inévitablement de penser aux chefs-d’œuvre qui suivront dans le même style : La Ballade du soldat, Docteur Jivago ou Le Temps d’aimer et le Temps de mourir.

La Symphonie du Donbass, Dziga Vertov.

Aka Enthousiasme. L’enthousiasme de ceux qui regardent ceux qui travaillent. C’est un cinéma proto-hawksien. De l’action, de l’action, de l’action. Dziga, lui, zigzague en montage alterné. Façon presque eisensteinne d’inter-choquer des « attractions » ou séquences  non pas pour leur donner un sens (même si parfois Vertov leur en donne un) mais parce que comme le titre l’indique, le rythme qui en ressort attire l’œil (marrant de voir que Vertov réussit là où Eisenstein pour moi échouait). Le côté film industriel reste toutefois le plus intéressant : voir des ouvriers en action, parce que ça historiquement ça n’a pas de prix.

La Tendre Ennemie, Max Ophüls

Scénario en carton mais maîtrise impressionnante d’Ophüls. Les petits effets sonores ou visuels rappellent ceux employés par Clair ou Capra dans leurs histoires de fantômes, et les mouvements de caméra sont toujours aussi impressionnants : pas forcément toujours ostensibles mais des mouvements d’appoints donnant du relief au récit avec une efficacité assez redoutable

Incidents de parcours, George A. Romero (1988)

Pas si série B que ça. On est entre Cronenberg, Carpenter et Joe Dante. Une excellente maîtrise du récit et du temps. Un téton, une fesse et seulement quelques gouttes de sang. Du plaisir.

Volga Volga, Grigoriy Aleksandrov (1938)

Il a bon goût ce Staline. Comédie musicale tout à fait réjouissante. Un petit côté Show Boat et une descente de la Volga à aubes abattues. On se croirait presque dans les musicals hollywoodiens.

Le lion est mort ce soir, Nobuhiro Suwa (2017)

Improvisation laborieuse et un Jean-Pierre Léaud qui n’en finit pas de mourir. Son personnage lunaire et décrépit est formidable, quelques instants magnifiques grâce à ses fulgurances absurdes ou facétieuses, mais aucune direction d’acteurs ne saura être impossible quand son directeur ne parle pas la même langue que ses jeunes comédiens et qu’on base sa méthode sur de l’improvisation. C’est un non-sens total. Résultat prévisible, toutes les scènes ratées figures au montage. Mise en abîme sans doute.

Volga Volga, Grigoriy Aleksandrov (1938)

Il a bon goût ce Staline. Comédie musicale tout à fait réjouissante. Un petit côté Show Boat et une descente de la Volga à aubes abattues. On croirait presque ça inspiré des musicals hollywoodiens. Et tout le communisme résumé en un argument dramatique : une factrice pond le nouvel hymne à la mode mais sera incapable de faire valoir ses droits d’auteurs. Réjouissant donc. 7/10

Liebelei, Ophüls (1933)

Leçon n°1 pour réaliser un film : choisir une bonne histoire. Comme disait Kubrick à propos des musiques de film, pourquoi se contenter du médiocre ? Ophüls adapte donc Maupassant, Schnitzler, Goethe, Zweig… La forme Max. Direction d’acteurs au top. On comprend d’où vient Ophüls et son incroyable savoir-faire à diriger et choisir ses acteurs. Luise Ullrich notamment est phénoménale. C’est théâtral car ça donne beaucoup à voir, les personnages sont construits avec de nombreux gestes et attitudes pour identifier leur personnage (chose qui malheureusement s’est perdu au profit d’un jeu lisse et presque impersonnel à force de chercher à coller à sa propre personnalité), mais tout paraît d’une justesse et d’une simplicité remarquables. Un réalisme dans le jeu pas évident dans les années 30, mais avant que les nazis virent tout ce petit monde, l’Allemagne était bien là où tout cela se mettait en place. Une telle réussite ne trompe pas. 8/10

Et Maxou, comment qu’on appelle ces travellings avant très lents, lents, très très lents, qu’on perçoit à peine mais qui permettent de donner une impression si envoûtante à l’image et de passer l’air de rien d’une échelle à l’autre ? Tu n’es sans doute pas le premier à avoir employé ce procédé (je l’ai vu pas plus tard que dans le Bosetti pour un film avant-guerre), mais tu es peut-être le premier à l’avoir utilisé à dessein dans tant de films, avant que d’autres réutilisent ce même procédé. Notons aussi que tu utilises le même principe mais cette fois en reculant la caméra, cette fois un peu plus vite, comme pour prendre du recul à la fois physiquement donc mais aussi symboliquement avec des personnages et une scène qu’ils sont en train de jouer (parfois aussi simplement pour entamer un de tes fameux plans séquences tout en mouvement, bien plus voyants qui font jouir les cinéphiles amoureux d’ostentatoires effets pas forcément plus efficaces ou compliqués à mettre en place).

Bezbog, Ralitza Petrova (2016)

Excellente maîtrise formelle mais une plongée dans la glauque bulgare qui n’a rien de bien enthousiasmant. Bien trop angelopoulé à mon goût : des acteurs formidables (prix d’interprétation à Locarno), mais sinistres, un récit abstrus et donc… chiant. 6/10

Jätten, Johannes Nyholm-Nyhobbit (2016)

Leçon n°1 quand on écrit un film : N’oublie pas que t’es pas Maupassant. Bref, une horreur sans nom. Le bon goût suédois sans doute. 1/10 Merci ArteKino pour ces splendeurs venues d’Europe.

Revu Le Plaisir et Lettre d’une inconnue, Ophüls (1952)

Plans-séquences encore, mais virevoltants. 8,5/10

Cœurs cicatrisés, Radu Jude (2016)

La Montagne magique au niveau de la mer et sans les discussions philostropiques de Mann. La justesse du plan-séquence, sans excès. 8/10

Cinq burlesques présentés et accompagnés à la cave de la Cinémathèque : Gribouille redevient Boireau (1912), Les Débuts de Max au cinéma (1910), Un idiot qui se croit Max Linder (1914), Mabel’s Dramatic Career (1913), Before the Public (1925).

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El río de las tumbas, Julio Luzardo(1964)

Le souffle hésitant de la satire. L’air de rien, au milieu des maladresses techniques, ça fusille nonchalamment les bassesses des petites gens du village. 6/10

Oscuro animal (2016)

Supplice moite, akermano-weerasethakulien et muet. 3/10

Soleil battant, Laperrousaz sisters (2017)

Ratage complet. Pas bravo à ArteKino pour la sélection de cette horreur. Règle n°1 pour faire un film : raconter une histoire. Ces deux-là devraient retourner à l’école. Presque honteux d’imprimer autant de vide sur une pellicule. 2/10

Le Mari de la femme à barbe, Marco Ferreri (1964)

De bons moments égratignant les petits travers de l’espèce humaine (et pour beaucoup liés à la performance d’Ugo Tognazzi et d’Annie Girardot), mais Ferreri n’a aucune idée où mener son film. Comme d’habitude.

Vu les trois fins proposées par les restaurateurs. Les trois inutiles, mais on sait surtout que c’est un argument publicitaire. La meilleure fin, c’est encore celle qui aurait dû finir juste avant l’accouchement, laissant Annie Girardot sur sa chaise longue, les poils tombants, les yeux vagues en s’interrogeant de quoi sera fait son avenir. Nous aussi on aurait dû nous interroger. Et aucune fin « ne nous laisse ainsi sur notre faim ». Je vous aurais coupé tout ça moi.

L’Étreinte du serpent

Pas sans rappeler l’esthétisant et creux Tabou. Y a un peu une forme de sacrilège à proposer des images d’Amazonie en noir et blanc, surtout avec un thème comme ça, c’est un peu se foutre de la gueule du monde. Qu’est-ce que fait le noir et blanc sinon dénaturer les couleurs de la jungle ? Un choix esthétique d’ailleurs qui sert juste à combler comme bien trop souvent le manque de maîtrise.

La direction d’acteurs est plutôt bonne, le scénario ça peut encore aller, mais la mise en image manque de poésie, de lyrisme. Boorman, Herzog, Coppola, en voilà des cinéastes qui savaient mettre en scène la forêt. Ici c’était comme si le cinéaste ignorait ce qu’il était en train de filmer, et qu’il se foutait de ce que ça représentait. Un comble quand on monte un tel sujet.

Qu’on ne me dise surtout pas que le film est beau. Non, c’est vide. Le néant c’est tout sauf beau.

La Petite Marchande de roses, Víctor Gaviria (1997)

Y aura-t-il de la colle à Noël ?… Film touché par la grâce.

Je n’ai cessé en le voyant d’essayer de comprendre ce qui le séparait du précédent. Les deux usent des mêmes procédés narratifs (montage alterné très dense nous faisant naviguer d’un personnage à un autre, naturalisme très cru, voire violent, probablement une même technique de direction d’acteurs basée sur de l’improvisation dirigée), mais pour moi Rodriguo D souffre au moins de deux défauts : les personnages sont antipathiques et leur introduction est complètement ratée (les deux étant peut-être liés).

C’est sans doute une perception personnelle, j’ai souvent du mal à comprendre les histoires avec trop de personnages et avec un enchevêtrement d’enjeux complexes, et j’ai un gros faible pour les personnages non seulement féminins mais encore plus avec les enfants (quand le film évite poncifs et autres écueils liés à leur présence). D’ailleurs les personnages masculins de La Petite Marchande de roses valent bien ceux de Rodriguo : des idiots. Parce qu’ici, la force du film, c’est principalement la grâce, le charme, l’intelligence, la fragilité de ces jeunes adolescentes livrées à elles-mêmes dans les rues de Medellín les deux jours précédents Noël. J’y retrouve un peu la même grâce que dans Certificat de naissance par exemple (et peut-être dans Los Olvidados mais j’avoue ne plus avoir un grand souvenir du film).

Le film fait mal, c’est pas tous les jours qu’on voit des gosses drogués quasiment en permanence dans le film, et ç’a sans doute été la plus grande difficulté dont a dû faire face le metteur en scène (si on y croit c’est sans doute aussi parce que les enfants y sont réellement drogués…). Ce qui éveille la sympathie, la pitié dirait mon pote Aristote, c’est bien que drogués, ils se débattent avec une énergie toute enfantine pour survivre. Elle est là la grâce. Chose qu’on ne retrouve pas du tout dans l’autre film.

Rodrigo D: No futuro, Víctor Gaviria (1990)

Chronique bien trop dense pour être compréhensible. Introduction bâclée voire inexistante. Rien capté.

Les Gardiennes, Xavier Beauvois (2017)

Nouvelle qualité française. Paresse à tous les compartiments. Seul Cyril Descours sauve un peu le film.

Attends-moi, Boris Ivanov, Aleksandr Stolper (1943)

Amourette sur fond de guerre sans grand intérêt rappelant par certains côtés Deux Camarades (mélange de scènes au front et à la ville). D’excellents acteurs mais un modèle de ce qui ne faut pas faire dans la reconstitution. Il y a au cinéma un élément essentiel pour faire illusion, reconstituer un univers et qui revient toujours quand il est question de contextualisation, c’est tout con, mais ce sont les portes, plus précisément le pas des portes. Parce que cet encadrement délimite un passage, un raccord souvent entre deux espaces. Il nous aide ainsi à nous faire une idée de l’espace dans lequel sont censés évoluer les personnages. Pour passer ainsi d’une scène à une autre, ou plus vraisemblablement d’un espace ou d’un décor à l’autre tout en restant précisément dans la même séquence, ces petites portes sont donc indispensable pour le raccord et la fluidité du récit, la vraisemblance. Or ici, on n’en voit jamais, une fois seulement un personnage franchit son seuil, et le raccord ne se fait pas sur le mouvement donc tout est fichu… Pour le reste, il manque également des figurants pour donner corps à ces décors, ces espaces dans lesquels on évolue comme sur un plateau de théâtre. Le pire venant des scènes censées être en extérieur mais qui sont tournées en intérieur avec trucage (pour les scènes d’avion, ça pardonne pas). Ce n’est même pas une question de moyens, mais de savoir-faire. La première chose à faire quand on reconstitue un lieu, c’est de faire vivre le hors-champ. En montrant par exemple des scènes dans la rue ou dans les cages d’escaliers (il y en a mais les acteurs entrent dans le cadre comme en sortant des coulisses dans un théâtre, on ne profite donc pas du lieu charnière qui permet à notre imagination de « raccorder » deux espaces supposément contigus).

La Fête de Saint Jorgen, Iakov Protazanov (1930)

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L’Accordéon, Igor Savchenko (1934)

commentaire en passant

La Nouvelle Babylone 1929

Revue +1 (9/10).

Ancien et nouveau commentaire.

La Punition, précédé du segment de Jean Rouch Les Veuves de 15 ans.

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La Chasse au lion à l’arc, Jean Rouch

Eh bien en voilà un exemple de Rouch documentariste. Pas de fiction, sinon le récit d’une chasse bien réelle qu’il s’attache à rendre fidèlement avec force détails. Rouch est ethnologue comme Painlevé était scientifique, et c’est son regard, ses précisions, notamment sur les préparatifs, l’utilité de chaque objet, la signification de tel ou tel geste ou comportement, qui valent de l’or. Quand on regarde ses films, on n’attend pas seulement qu’il nous raconte une histoire (et la voix de Rouch, omniprésente ici, prouve également que c’est un excellent conteur) mais qu’il nous donne des informations sur ce que lui en tant que sage africain et ethnologue peut partager avec nous. Apprendre et s’amuser, le ludique et le didactique… le graal pour tout auteur sans doute depuis Aristote.

Dionysos, Jean Rouch

Joyeux bordel volontaire. On est plus dans la fiction que dans l’ethno, et même si Rouch peut être amusant dans le baroque (ou le surréalisme), il épuise avec ses danses antiques, ses références lourdes ou incompréhensibles. Espéré un temps que ça tourne à L’Héritage de la chouette de Marker, autrement dit que le film devienne pour de bon didactique, éclairant. Dans l’ethnofiction de Rouch, c’est rarement la fiction qui captive. Cocorico Monsieur Poulet, tourné avec ses fidèles acolytes, avait la même veine absurde, sorte de mélange improbable entre Easy Rider et Vanishing point, le tout bien sûr en Afrique. Mais Rouch n’est jamais aussi meilleur que quand il fait dans l’ethnographie. Et Dionysos est surtout un grand n’importe quoi.

Retour à la vie, Cayatte, Clouzot, Gréville (1949)

commentaire

La Fièvre des échecs,  Vsevolod Pudovkin (1925)

+2 Le jeu de pantin mécanique proposé par Vladimir Fogel est parfait. C’est absurde, idiot, plein d’inventions.

L’Erreur de l’ingénieur Kotchine, Alexandre Matcheret (1939)

Des espions très méchants, des détectives de l’armée doux comme des agneaux, des collaborateurs espions qui se repentent et qui lancent de vibrants « J’ai trahi ma patrie, c’est à elle de me juger ! », un ingénieur qui fait une gaffe et qui tout à fait honnêtement vient se livrer à la police sans rien cacher, ni craindre pour sa vie (seul le préoccupe le destin de sa belle et la préservation des secrets de la couronne), un tailleur juif qui révèle à lui tout seul toutes les ficelles de l’intrigue… Non, c’en est presque risible.

Macbeth, Polanski (1971)

Excellente adaptation. Polanski fait de Macbeth une tragédie presque lumineuse quand on la charge peut-être trop souvent d’obscurité. Il évite le ton sur ton et arriverait presque à gommer ce qu’il y a d’antipathique chez un individu à poursuivre une quête folle du pouvoir. Macbeth est plus montré comme victime du destin qui se joue de lui à travers les sorcières, que celui de sa femme manipulatrice. Les deux sont extrêmement jeunes ici, voire un peu naïfs. Pas con, puisque leur folie et leur sort final n’en deviennent que plus tragique. Le côté lugubre de la pièce avait tendance à me rebuter un peu, mais avec un tel éclairage, il faut avouer que les deux Macbeth gagnent plus facilement notre sympathie. Bien meilleure adaptation en tout cas que celle de Welles* et de Kurosawa (les deux tombant dans le piège donc du ton sur ton). (*Mis B donc 9 ou 9 au Welles, en fait, en 2006, pas grand-souvenir.)

Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point Macbeth, Hamlet et Richard III étaient structurées pratiquement de la même manière. Trois tragédies sur des usurpateurs, sur le pouvoir conquis ou à conquérir. Une entité initiale chargée d’éveiller et de prédire le sort, l’ambition, du personnage principal (Lady Marguerite, les sorcières, le spectre du père d’Hamlet). L’utilisation des éléments surnaturels entrant en contact avec le héros tourmenté (le père d’Hamlet, les sorcières mais surtout les visions des fantômes pour Macbeth, les fantômes également dans Richard III). Un combat annoncé contre un freluquet exilé (Fortinbras, Richmond, Macduff), et donc un combat final (à l’épée) se terminant par la mort du personnage principal. L’utilisation par le héros de personnages de seconde zone pour agir à sa place mais qu’il convainc lui-même de tuer avant de les faire tuer à son tour (les assassins divers dans Richard III, ceux qu’engagent Macbeth pour faire tuer Banco, et de manière plus détournée dans Hamlet, qui engage là des acteurs pour jouer un meurtre en espérant ainsi confondre – démasquer – le roi). Le rapport aux mains souillées après un meurtre et donc la culpabilité qui va avec (pas souvenir dans Hamlet cela dit). Un personnage qui peu à peu tombe dans la folie (qui parfois ne l’est pas toujours, comme avec l’intervention des spectres). Des consciences tourmentées par des actions (ou une quête du pouvoir) que d’autres voudraient qu’ils entreprennent en leur nom (moins clair dans Richard III qui passe pour l’arriviste de première, mais on voit bien aussi que sa monstruosité est cet élément qui le pousse comme une revanche à prendre le pouvoir, tout comme sa volonté à légitimer sa branche royale ; Hamlet est pressé par le spectre de son père et par sa conscience de fils à le venger ; Macbeth est lui poussé par sa femme). C’est trois fois la même pièce en fait^.

Le Mystère Picasso

– Pablo, tu as fini tes devoirs ? On mange.
– Oui. Attends, je voudrais finir mon tableau.
– Je te laisse cinq minutes. Et après tu ranges tes encres.
– Tu as fini ?
– Pas encore.
– Fais voir ça.
– Qu’est-ce que tu en penses ?
– C’est bien, Pablo. Tu viens manger ?
– Je trouve que c’est « extérieur ». Je voudrais essayer avec de l’huile comme à la maison et peindre par dessus.
– C’est risqué…
– C’est justement ce que je cherche. On mangera une autre fois.
– D’accord. On change de technique de prise de vue alors.

Pablo peint un chef-d’œuvre. Et décide de tout bazarder en deux trois coups de pinceau.

– C’est très mauvais. C’est très mauvais. Pourquoi tu fais cette tête ? Si tu crois que c’est mauvais t’inquiète pas pas ça peut être encore plus mauvais. Voilà, bon, c’est vraiment très mauvais, mais maintenant je sais ce que je veux faire. C’est précisément ce que je voulais montrer.
– Hum.

Ça commence en film de Clouzot, ça finit par être un film de Picasso. Bien joué l’artiste.

Femmes en révolte (Amour et Haine), Albert Hendelstein (1935)

Deux actrices formidables pour une direction d’acteurs très pauvre. Une histoire et un film au service du pouvoir et de l’idéologie. Une subtilité digne de la moustache de Staline. On connaissait les films tire-larmes, eh ben le bon goût soviétique n’a pas seulement fait couler la glycérine sur les joues de ses actrices (et pas vraiment des nôtres), mais aussi le lait maternel d’une pauvre ouvrière envoyée à la mine et dont la poitrine gonflée laisse couler sur son chemisier la précieuse pitance lactée promise au bambin laissé derrière les grilles de la mine. Les films n’ont pas seulement à être tire-larmes, mais aussi tire-lait. Vive les bolcheviks.

Le Salaire de la peur

+2
Sympa de finir sur une « fanfaronnade »… La différence donc avec la merde de Friedkin, c’est donc que c’est un film initiatique. Le vieux, le jeune, et la bonne jauge aux apparences qui finit dynamitée. Le Clouzot manie son trois tonnes avec la minutie d’un horloger. Ah, et merde… y a des zooms ou j’ai rêvé ?! 1953 ce serait pas parmi les premiers ?

Blade Runner 2049

Musique de broyeur sanitaire, scénario recopié au jet d’ancre.

Pensé à Her pendant le film, mais aussi à cherry 2000 dans lequel un type se trimballe avec la mémoire de sa femme humanoïde court-circuitée dans des zones interdites pour retrouver le modèle de « réplicant » désuet de son joujou sexuel… C’est là qu’on voit l’énorme écart entre des questions potentiellement intéressantes qui ne doivent rester le plus souvent que suggérées dans de bons films et qui sont expliquées sans trop de retenue dans les mauvais…

Un jeune homme sévère, Abram Room (1934)

L’humour géorgien, c’est déjà quelque chose, mais alors l’ukrainien, c’est bien quelque chose d’étrange… L’humour ukrainien ne semble pas connaître le principe de premier et second degré, tout se mêle, et c’est un peu comme quand un prix Nobel de physique fait une blague, on cherche l’œil qui frise pour avoir un indice s’il plaisante ou pas. Là c’est parfois tellement mal fichu (début du parlant, le son est horrible, le découpage fait peur, le jeu affreusement mécanique du genre « ça tourne, vas-y gars » « quoi c’est bon, d’accord, j’y vais ».) pis on se demande si à la manière d’un Starship Trooper tout ça n’est pas précisément de l’humour. Je veux dire, toujours de l’humour. C’est que nos beaux et jeunes athlètes semblent discutailler le plus sérieusement du monde de ce qui est communistiquement correct, jusqu’à l’absurde. Une première scène dans un stade vous sort les yeux des orbites (bon, sauf moi, j’ai un œil mort qui réagit plus à rien et qui boude), on croirait une parodie des Dieux du stade, où, placés en coulisses, on écouterait philosopher les athlètes… Le pompon avec un lanceur de disque qui ne quitte jamais son engin… sauf dans un rêve de son pote qu’il troque pour… des tartes à la crème (et faut pas croire que c’est burlesque, c’est juste bizarre mais je suppose que les Soviétiques trouvaient ça hilarant). Humour trop subversif, apparemment, le film a été interdit pendant une demi-siècle. Sans doute plus parce que le comité de censure n’y comprenait rien : « Attends, il se fout du communisme, là, non ? » « Bah, en fait on sait pas. » « C’est pas clair, donc c’est forcément bourgeois. » « Oui, un communiste, ce doit d’être clair et d’assumer ses idées. » « Oui, tiens, on dirait une réplique du film. » « T’es sûr ? » « Oui, allez, au goulag. » (Le film compte quand même dans une liste des meilleurs 100 films « russes » — le film a été réalisé dans les studios de Kiev par un « Lituanien » — comme quoi, c’est un classique… …)

Ma grand-mère, Kote Mikaberidze  (1929)

L’humour géorgien est décidément tourné vers l’absurde. Fantastique critique loufoque et burlesque de la bureaucratie.

Elisso, Nikoloz Shengelaia (1928)

Sympa l’humour tchétchène. Il faut bien une heure avant d’être bien convaincu qu’il s’agit bien d’humour, et que dans ce western du Caucase notre grand dadais « étranger » vienne demander des comptes au duc russe pourquoi qu’il veut expulser les Tchétchènes vers la Turquie. Et là on est entre Hercule (le péplum), Zorro et je ne sais quel héros de Marvel. Captain Kaukas veut que le duc signe un autre billet à l’attention de ses amis, pour qu’ils puissent rester, et il est têtu notre Captain Kaukas. Seul contre vingt, cinquante, gardes armés, et lui pourvu d’un glaive deux fois plus petit que lui et d’un bouclier, presque sans bouger, droit et flegmatique comme un prince anglais, il le terrasse un à un en ferraillant leurs épées comme de simples aiguilles à tricoter. Y a du Douglas Fairbanks là-dedans, avec la stature de Cary Grant. L’humour tchétchène, c’est donc ça, nous présenter pendant une heure, presque sérieusement le destin d’un village perdu dans la rocaille caucasienne, et tout d’un coup nous prendre par surprise avec une séquence hilarante et absurde. Absurde d’ailleurs, comme l’ordre du duc qui vient à arriver avant l’autre qu’il aura finalement daigné écrire devant l’insistance de notre super-héros : « Expulsez-les de telles sortes à ce que ça paraisse volontaire. » Et de ce « volontaire » naîtront alors d’innombrables situations ridicules et absurdes (quand le traducteur voulait bien nous les offrir). « On ne vous expulse pas parce que vous partez volontairement ! » « Hein, heu… quoi ?! » « Si vous ne partez pas volontairement, ce sera beaucoup plus douloureux. » « Nous allons faire savoir au duc que nous préférons rester volontairement. » « Mais je vous dis qu’il vous expulse et que vous êtes volontaires ! »

Cocasse, adj. : qui est d’un humour Caucase…

Beau western picaresque.

Boccace 70 (1962)

Le premier segment de Monicelli est un bijou. Satire à l’italienne avec quelques délires sur le modernisme à la Tati : un jeune couple qui travaille dans la même entreprise doivent cacher leur mariage parce que elle est contractuellement obligée de rester jeune fille, et lui n’a qu’un petit poste de livreur. C’est d’une extrême bienveillance pour ces deux tourtereaux. En quelques minutes, le résumé des petites bisbilles sans conséquences entre deux jeunots magnifiques qui s’aiment d’un amour tendre et sincère. C’est pas tous les jours qu’on voit ça, et c’est justement en voyant ça, et cette particularité de la comédie italienne capable toujours de toucher là où ça gratte avec la plus grande justesse et malgré tout, bienveillance, qu’on se désolé que ce cinéma soit mort et enterré. Qui aurait cru qu’une femme aussi pingre pouvait la rendre aussi sexy. C’est beau les amoureux, surtout quand ils font un bras d’honneur au monde, et qu’ils restent dans le leur.

La partie de Fellini ne vaut que pour la présence technicolorée d’Anita Ekberg, et Fellini y met déjà tous ces délires démesurés, ses fantasmes un peu ridicule. C’est parfois brillant, souvent vulgaire ou vain, mais globalement c’est long et répétitif. J’ai failli piquer du nez plusieurs fois. Peut-être que les fantasmes imagés étaient les miens.

Le gros morceau de Visconti est insupportable de bout en bout. Les personnages antipathiques, des aristocrates, comme par hasard. On voit le talent à enir de Romy par intermittence, mais globalement elle force tellement qu’on a du mal à n’y voir encore que la sottise de Sissi. Fallait vraiment y mettre de la bonne volonté pour repérer le talent, parce que le personnage ne lui convient finalement pas très bien (à moins que ce soit elle qui soit encore incapable de la tirer plus vers une forme de gravité et de dignité, d’intelligence et d’intériorité, qu’on lui connaîtra par la suite ; cette légèreté la rend franchement insupportable). Tomas Milian en fait aussi des tonnes, mais en même temps, on l’appelle pas Milian pour rien. Dès que Visconti devient bavard, j’ai envie de lui faire chier les tomes de la Recherche. L’élégance de l’aristo, Luchino, c’est de la fermer. Fais-moi taire ces deux emmerdeurs. (Cela dit l’idée de départ — enfin qui prend surtout corps à la fin — est pas mal du tout : pour ranimer la flamme entre les deux, elle se voit rabaissée à proposer à son mari qu’il la paie pour faire l’amour. Sont quand même d’un compliqué ces aristos… Ça ferait une bonne nouvelle, mais là, non, juste non. Les plaintes au milieu des fastes et des serviteurs, c’est d’un vulgaire…

La dernière partie de De Sica est sympathique. Après les deux qui précèdent, ça fait du bien de se retrouver à Naples. L’impression de prendre un grand bol d’air frais au milieu des collines Sophia Loren. Cette femme est si bien constituée, si généreuse, qu’on peut la trouver dans tous les atlas géographiques… Pas humain. Et je voudrais pas dire, mais dans l’exercice du fou rire, la Loren grille sans discussion la petite Romy. On n’honore pas assez les acteurs de comédie, c’est pourtant bien plus dur que tirer des tronches d’enterrement d’un kilomètre de long (Milian approuve mais avec sa gueule, lui, la terre tremble…).

Donc bof. Le Monicelli est génial, le reste à jeter.

La Dernière Nuit, Iouli Raïzman (1937)

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Le Brigand bien-aimé (Jesse James), Henry King (1939)

Aka, The Lost Fancy of Zee.

La première heure est formidable. Y a peut-être deux ou trois bobines de trop, c’était si passionnant la petite guéguerre avec les chemins de fer, qu’une fois évadé ça s’essouffle lourdement et on passe à un autre film. Fini robin des bois.

« Vous êtes dans le métal, c’est ça ? » « Pas tout à fait, j’ai un groupe qui fait dans le Guns & Horses ». Ben si, c’est du métal ou j’ai rien compris à l’histoire ?

L´Étranger, Luchino Visconti (1967)

C’est bien mais je n’ai rien ressenti. Disons plutôt que c’est moyen. Le personnage principal est intéressant. Voilà, Meursault Pastroianni est bien dans le film. Visconti en roule libre. Peut-être que Antonioni aurait été mieux pour réaliser cette histoire. Ah oui, voilà, je le reverrais bien si c’est Antonioni qui le réalise. Mais tout cela n’a pas beaucoup d’importance. Enfin, en fait si. C’est le seul film que j’ai vu aujourd’hui. Dommage. Rien de bien dramatique toutefois. Au fait, mon petit chat est mort. Et je n’ai plus de feu.

La Jeunesse de Maxime, Leonid Trauberg &  Grigori Kozintsev (1935)

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Son chemin, Aleksandr Chtrijak (1929)

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Komsomol, chef de l’électrification, Esfir Choub (1932)

Documentaire qui vaut surtout pour sa valeur historique. Amusant de voir à quel point l’effort d’industrialisation du pays pour les Soviétiques passaient par l’adoption des méthodes américaines. Et pour ce faire, on en vient même à faire appel à des ingénieurs américains pour superviser les travaux. On ne parle pas encore de guerre froide, pourtant parfois on pourrait presque se croire dans les années 60, comme quand ce responsable américain lors de l’inauguration de ce qui est présenté alors comme le plus grand barrage au monde, commence son discours par « I have a dream ».

On est entre le film de propagande (ou de commande), voire simplement partisan, et le film industriel comme il en existait à l’époque du muet pour mettre en scène les usines d’assemblage, les ouvriers ou artisans à l’œuvre, avec un montage presque à la chaîne, d’un mécanisme presque poétique.

Un mauvais garçon, Jean Boyer (1936)

L’art de l’escamotage. C’est pas tout de proposer un spectacle tout du long formidable, encore faut-il préparer sa chute. Et là, ça fait mal. Le twist, plus qu’inattendu, vulgaire, ridicule, discrédite en une seconde tout ce qui précède. Un saccage magnifique. Tout se passait pourtant admirablement : Danielle Darrieux veut se faire avocate pour s’imposer en femme libre et indépendante, sa mère l’encourage et son père la presse très gentiment d’oublier ces sornettes, de se marier et tout le toutim. C’est pas Baby Face ou Barbara Stanwyck, mais la Darrieux a du caractère et elle sait ce qu’elle veut… Jusqu’à ce que cette sotte (parce qu’il faut bien l’être pour se laisser ainsi tromper ou tomber aussi bas) tombe amoureuse. Jusque-là pourtant tout va bien. On peut être sotte et féministe, ce n’était pas moins à la mode dans les années 30 qu’aujourd’hui. Et puis, puisque c’est un vaudeville, tournant parfois à l’opérette, on s’en moque. Et jusque-là encore, on fait confiance à la Darrieux. Pourquoi est-ce que son amour lui interdirait d’être indépendante ? Et puis comme on doit être tout aussi idiots qu’elle, on se laisse prendre, on voit rien venir… Vient la scène de dénouement, les masques tombent, et là, l’horreur, on comprend en une seconde ce qui sépare la France de l’époque à un microclimat hollywoodien ou même à l’URSS depuis un moment… La petite fille se fait rouler comme personne par tous les personnages, c’est presque un viol collectif de son intégrité, aucun respect pour la pauvre petite, et elle… elle gobe tout. « Oh et pis finalement, autant me marier, je suis si heureuse, si amoureuse… » Pas grave de s’être fait ainsi rouler dans la farine de riz, t’es sotte et tu le resteras. Bonjour bobonne, adieu l’avocate. Voilà comment on croit effleurer du doigt une idée du féminisme antique, on se plaît à rêver que la femme française d’avant-guerre aussi a participé au changement de mentalité, et puis on comprend que non. C’est la petite bourgeoise à son papa qui ne fait que semblant de l’être, émancipée, qui joue trente secondes à jouer les femmes libres, et qui, une fois amoureuse ou en danger (c’est souvent la même chose pour ces femmes-là) demande son homme, son protecteur, son viril bobosse, et se change elle en vieille toupie. Nul n’est plus esclave que celui, ou celle, qui se croit libre, sans l’être.

C’est un peu comme des amis qui participent à une fête d’anniversaire surprise tout en sachant que l’honoré déteste soit les anniversaires soit les surprises soit les deux. Parce que voir le bâtonner et le juge participer ainsi à une telle mascarade tout en sachant ce qu’en est l’enjeu, c’est tout de même une saloperie pas croyable. Le patriarcat existe, je l’ai vu dans un film.

Vous ne pouvez pas vous passer de moi ? Viktor Chestakov (1932)

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Don Diego et Pélagie, Iakov Protazanov (1928)

Les bonheurs de la bureaucratie, camarade. Une petite vieille paysanne se voit poursuivie en justice par un pitre chef de gare, et passe des jours en prison. Deux membres des jeunesses communistes tentent alors de jouer les justiciers. À la fin, Pélagie et son mari seront tellement reconnaissants qu’ils voudront s’embrigader dans les jeunesses communistes. C’est beau la jeunesse.

Les Souliers percés, Margarita Barskaïa (1933)

Un peu facile. Parlant tourné et monté comme un muet. La piste sonore est à peine mixée on dirait, avec des coupures à chaque changement de plan comme quand on réalise soi-même un film au caméscope. Aucune continuité et donc de raccord dans le mouvement, je veux bien que c’est la mode en URSS de proposer un montage dynamique à travers des images statiques, mais quand il y a une situation à montrer, c’est quand même mieux, et en particulier dans des espaces réduits ça ne marche pas du tout.

Une femme qui tombe, Fedor Ozep (1928)

Petit mélodrame sur la descente en enfer d’une petite femme de campagne partie en ville jouer les nounous domestiques à un couple bourgeois alors que son mari et ses deux enfants restent aux champs.

Le film vaut surtout pour la présence hypnotique d’Anna Stern (La Jeune Fille au carton à chapeau, ou le moins prestigieux Nana). C’est l’époque où les Soviétiques aiment les gros plans statiques. Et des gros plans des yeux d’Anna, ça vaut de l’or.

Le reste tient la route. Dans un genre éprouvé. Surtout qu’on a la critique un peu facile contre la bourgeoisie, on se demande bien pourquoi. (À noter aussi l’omniprésent Vladimir Fogel, acteur au choix lunaire ou antipathique, de tous les « grands » films à l’époque, sous-alimenté, et qui disparaîtra un peu tôt.)

Croc-Blanc, Alexandre Zgouridi (1946)

Sacrée direction d’acteurs. Sans rire, on se croirait dans Histoires naturelles, toute la première partie quasiment documentaire sur la vie des animaux dans la forêt est formidable. Un petit côté Bambi. Les clairs-obscurs rappellent par moment les lumières de Rashomon, ainsi que le format 4/3 et la profondeur de champ poussée à l’extrême (dans la composition du plan, on est alors pas loin parfois des fameux tableaux de la Nuit du chasseur, mais en plus naturaliste puisque les vues n’ont rien de fabriquées).

Aucun souvenir si le film est fidèle au roman de Jack London, et peu importe finalement. L’histoire est simple comme bonjour, et d’une efficacité redoutable. Peu de dialogues (heureusement car les sous-titres une fois encore sont en grève à la Cinémathèque), et un jeu de regards surtout entre l’homme et la bête. Pardon, son plus fidèle partenaire, le chien(-loup).

Nénette et Boni, Claire Denis

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À travers l’orage, D.W Griffith (1920)

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César et Cléopâtre (1945)

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Toto et Cléopâtre (1963)

Une projection, un désastre, avec une copie qui a dû finir en lambeaux. Énième variation sur le thème du jumeau caché comme prétexte à des situations loufoques et aux quiproquos sans fin. De ce qui a pu être sauvé pour nos yeux n’est pas mal du tout malgré tout. Toto a ce petit quelque chose qui fera le succès de Louis de Funès, avec des mimiques burlesques, une exaspération naïve de petit garçon sexagénaire et un caractère à la fois de cochon et de mufle (à moins que ce soit la même chose).

Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen (1943)

C’est un peu Derrick sous LSD. Beaucoup trop bavard, un peu comme si des enfants commentaient tous les jeux fantastiques qu’ils entreprenaient. La photographie est superbe, pleine de couleurs, mais ça l’est trop justement, pas une ombre en vue, aucune nuance, la même profondeur de champ que dans les Teletobies. Autrement le personnage principal n’a rien de bien fantaisiste ou de même charmant, on lui colle un costume de général SS et c’est pareil. Quant aux aventures, on est entre Le Petit Prince et l’Odyssée, on avance de saut de puce en saut de puce, d’une planète presque à une autre. Un peu facile.

Trouble Every Day, Claire Denis 2001

Irréversible à l’endroit. Denis atteint le summum de la vulgarité lors de la scène du viol. Formidable de voir ça dans un film de femme. La scène de la branlette (minimum syndical pour Gallo) avec un type qui refuse de faire la chose avec sa femme était déjà puissamment vulgaire.

PTU Johnny To

Un rythme de traînard avec une formidable bande sonore qui fait légèrement « vuuu » mais sans trop en faire non plus (et basé sur d’autres effets à peine perceptible mais jouissif même si déjà vus, comme le rythme des rayons d’une bicyclette). Une photo magnifique le plus souvent en grand angle semble-t-il, effet grotesque assuré lors des mouvements de caméra, et il y en a en permanence. Beaucoup d’humour pince-sans-rire, des personnages féminins formidables, un entremêlement narratif à peine compréhensible mais là encore plein d’ironie (genre de chassés-croisés rendus populaires par Tarantino), un gun fight final bien inspiré. J’en demandais pas tant.

Vendredi soir, Claire Denis (2002)

Les personnages sont toujours aussi antipathiques (des types qui draguent à tout va et des nanas qui baisent le premier venu la veille de s’installer avec son homme, désolé j’aime pas les cons qui ont besoin de baiser pour se prouver qu’ils existent), mais l’exercice de style est parfaitement réussi : poétique, contemplatif ; surtout avant que Vincent Lindon se pointe et que ça devienne un peu trop vulgaire pour moi. Même Grégoire Colin est formidable : il file un râteau à Valérie Lemercier et au revoir : deux heures de présence sur le tournage, cinq secondes à l’écran, et tu fais tes heures pour le chômage des intermittents, meilleur rôle ever, moins on voit Grégoire, meilleur il est. Et pis c’est quand même mieux quand Claire Denis filme des femmes ; ses personnages masculins sont des verges dures et moisies, c’est insupportable.

Chocolat, Claire Denis (1988)

Bon, je surnote un chouïa, un peu comme un mauvais prof plein de bienveillance pour une mauvaise élève qui n’a jamais fait jusque-là que de mauvais devoirs. Mais ça fait plaisir, enfin un bon film de Claire, mon idole !

Des personnages sympathiques (pas con de tous les mettre dans le même film, mais Claire, comme championne des personnages antipathiques, t’es forte ; j’imagine qu’ils te ressemblent aussi un peu) ça aide pour faire de bons films. Récit elliptique, mais ça reste dans les clous, avant de prendre de sales habitudes à force de trouver les trous plus intéressants que le reste. On peut noter aussi une absence totale de savoir-faire en matière de direction d’acteurs, et ça se remarque dans les rares séquences a plus de quatre ou cinq répliques, avec des acteurs franchement mauvais. Faut imaginer que Claire s’en est rendu compte, mais au lieu de se dire qu’elle allait faire des progrès ou prendre juste de très bons acteurs (ce qu’elle a ici avec Cluzet — quand même, un génie, ça peut aider à pas flinguer un film — ou avec une mauvaise Huppert) ben elle s’est dit que pas avoir de dialogues du tout, ou peu, un ou deux échanges par séquence, c’était mieux… Boh, pourquoi pas. Bref, ici, ça passe tout de même très bien, surtout quand les situations sont compréhensibles, qu’on évite quand même pas mal les lieux communs, et donc que les personnages/acteurs sont sympathiques. Ici c’est L’Amant de lady Chatterley raconté et vu par Tom Sawyer au féminin. Les personnages secondaires antipathiques, manquent peut-être, déjà, de nuance, à n’être qu’antipathiques, mais on les voit si peu, et le reste fait tellement plaisir…

Enfin une copie rendue proprement. Merci Claire, je n’y croyais plus.

Lady Paname, Henri Jeanson (1950)

Tout ce qu’aiment les Cahiers. Du rehearsal movie à la française avec des vieux décors (superbe Porte Saint-Martin et tout le quartier des Grands boulevards montré comme un petit village), des dialogues merveilleux qui font bien faux et théâtraux, de la post synchro chaotique, des acteurs merveilleux qui jouent comme si la guerre de Troie n’avait jamais eu lieu, une vieille langue argotique et un accent aujourd’hui perdu. Ça s’essouffle vers la fin sinon c’était un 9.

Tiens, Jeanson avait signé l’adaptation de La Dame de chez Maxim pour Korda diffusé y a quelques semaines à la tek, d’où l’hommage à un moment à la pièce de Feydeau, avec le « Hé allez donc, c’est pas mon père ! » Les Cahiers ont vraiment fait tomber un gros sac de poussière sur tout ce qu’il y avait de théâtral et de merveilleux dans le cinéma d’alors… Salopards. Un peu ironique de voir que c’est alors la tek qui dépoussière tout ça plus d’un demi-siècle après. Mais c’est trop tard, les salles sont vides, et comme un symbole, les films sont diffusés pour les sourds et les malentendants.

 

Stars in my Crown, Tourneur (1950)

No-western sans arme ou presque (ça commence par un coup d’éclat du pasteur pour s’intégrer à la communauté). L’accent est porté sur les relations entre les différents protagonistes et notamment l’opposition entre le jeune médecin athée et le pasteur. Celle-ci tourne très largement à l’avantage du dernier, mais assez curieusement on échappe aux bondieuseries grossières. Au-delà de son penchant pour la religion, cette histoire parle surtout très bien de morale et de justice.

Aspect noir très appréciable avec utilisation notamment d’une voix off ou d’un noir et blanc très contrasté. Sublime reconstitution de l’ouest également avec un design soigné pour les intérieurs loin des pétards de cow-boys ou des saloons. L’autre Ouest, le plus intéressant, pas celui des mythes de la gâchette, mais du développement de la civilisation sur de nouvelles terres. Journal d’un curé de campagne.

High Noon, machin hongkongais

Peut-être la plus belle merde vue cette année au cinéma. Programmation sans doute faite à l’aveugle, parce que rien n’est à sauver dans ce film. Une bande de jeunes cons qui ne s’intéressent à rien sinon aux filles et aux conneries. La présentation la plus bâclée jamais vu, et la plus vulgaire (façon publicité pour boisson gazeuse des années 80), qui fera que pendant tout le film, alternant en permanence le passage de la vie de l’un à un autre, on sera complètement perdu. Trop de personnages, trop identiques, pour des séquences stupides.

C’est filmé avec des téléphones portables ou ça en donne l’impression. Ça pleure, ça rit, sans qu’on sache pourquoi, une vraie torture.

Record battu en tout cas. Même deux. Jamais vu aussi peu de personnes dans une salle (et c’était la grande), et jamais vu autant de monde quitter la salle (pas un mince exploit donc compte tenu du précédent record).

Le juge Thorne fait sa loi, Tourneur (1955)

Même veine que Stars in my Crown, le juge itinérant remplaçant celui du pasteur. L’atmosphère presque bressonnienne, sans musique, sans éclats, au rythme de traînard, fait particulièrement plaisir avant que Tourneur fasse appel aux violons, et sans que cela jure avec ce qui précède d’ailleurs. La chute et la mort du père de la témoin est ratée, faute peut-être de matériel, ou par bienséance (montrer un cheval tomber d’un ravin, c’est pas top), quoi qu’il en soit, même sans montrer la scène en détail, la réaction de la fille est mal amenée voire absente. Le twist presque littérale du juge à la fin est aussi assez mal mené, avec une sorte de ruse de sioux prépubère pour surprendre ses ennemis… Mais tout ce qui précède est très bien construit. Le film peine toutefois à reproduire l’enthousiasme final de Stars in my Crown.

Octobre, Eisenstein (1928)

Ce qu’il est chiant ce Eisenstein. Peut-être une idée de mise en scène dans son film (la longue chevelure de cette tête inerte sur le pont qui se découpe peu à peu… sorte de split screen avec chariot élévateur… même quand il fait pas de montage ce type, il fait du montage). Le reste, c’est de la reconstitution aux ordres avec aucune idée de mise en scène, aucun récit, presque documentaire et c’est pas un compliment. Autant voir la Nouvelle Babylone, ça c’est du cinéma.

Courts-métrages promotionnels pour Blade Runner 2048

En 1981 naissait à la fois Blade Runner et MTV. Luke Scott s’est trompé de copie. Il y a des réplicants, et il y a des redoublants. Suivant.

Bel aveu. On salit Blade Runner en en proposant des suites comme on mouille les plus beaux yeux du monde d’une lèpre numérisée et inexpressive.

(Pis ça ressemble furieusement à Next Floor ce truc. De ?…)

 

L’Intrus, Claire Denis (2004)

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