Notes de visionnage 2019

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septembre – décembre 2019

Crise, Pabst (1928)

La haute société de 28 ne connaît pas la crise. Mélodrame parfois follement répétitif rehaussé par quelques fulgurances. La séquence du cabaret est interminable par exemple, mais de jolies travellings sur la face livide de Brigitte Helm. Un humour également, qui vient souvent étrangement à rebours, voire à rebrousse poil, mais qui fait toujours mouche. Et une « art direction » digne d’Hollywood. La description des humeurs de la femme (forcément changeantes voire contradictoires) me paraît assez bien faite, et même assez amusante malgré le ton résolument dramatique de ses revirements pathétiques : il faut la voir se dévêtir dans l’atelier de son amant en sachant que son mari est à la porte, regarder pleine d’insolence forcée son mari quand l’amant un peu nigaud se résout à ouvrir, et qui se décompose en voyant que son mari s’apprête à tourner les talons et qu’elle le dégoûte ou se désintéresse d’elle. On croirait voir une petite fille jouant au docteur et qui s’amuse à lui montrer, à lui interdire, à lui montrer… On frôle peut-être la caricature, mais y a un peu de vrai dans tout ça.

The Assassin, HHH (2016)

Pour faire simple, j’ai rien compris et très vite, lassé par une mise en scène qui fait illusion dans un film contemporain mais fait pschitt ici, je n’avais plus l’intention de comprendre. HHH n’est pas pour moi, il me parle chinois.

Après, c’est décorativement parlant très joli. Les intérieurs sont soignés et les extérieurs sont époustanflants. Ca n’a juste pour moi aucun intérêt. Dès le premier panneau, j’étais déjà aux paquerettes, et en retrouvant le style de mise en scène inutilement lent de HHH, j’ai commencé à m’agacer. Le pire entre tous ces effets n’aidant pas à suivre une ligne de récit particulièrement fine et fragile, la gestion du son avec ces hors champs de nature, en particulier le vent, poussés à fond les manettes. C’est un peu comme écrire essayer de lire du Corneille avec Led Zeppelin en arrière fond. Je le dis souvent, si un réal fait tous les efforts possibles que ce soit moi qui en fasse, il n’y a aucune raison que j’accepte de me faire avoir de la sorte : les efforts, c’est à lui de les faire. Je peux à la limite en faire pour des génies, mais HHH avec l’ensemble de ses manières adoptées pour cacher son manque de savoir-faire en matière de mise en scène, ne m’aide pas plus à ce niveau.

Deux bons films noirs avec Sterling Hayden.

Le premier, Crime Wave, est du genre noir poisseux, naturaliste, portrait sans concession des repris de justice et de la difficulté pour ceux parmi eux faisant le choix du droit chemin de s’y maintenir. Le second, Crime of Passion, est plus classique dans sa mise en scène, un noir de série A, mais assez cynique et imparable que le premier. Plus question ici d’anciens détenus, mais d’un personnage féminin tirant un peu trop fort les ficelles pour imposer son mari, à la condition maudeste et à l’ambition quasi nulle, à des postes plus haut que lui dans la police. Un rôle presque écrit sur mesure pour Barbara Stanwyck : elle qui jouait vingt ans plus tôt les femmes prêtes à tout pour monter les échelons, image sans fards de la femme active et émancipée, se voit proposer sur le tard un mariage qui la renvoiera illico à ses fourneaux (un rôle qui n’est pas sans rappeler le destin d’un personnage interprété par Joan Crawford quelques années plus tard). Un choc pour elle, et la source de ses conneries futures. Les deux films ont en commun un casting large assuré par des acteurs impressionnants.

Doctor Sleep, Mike Flanagan (2019)

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Le Traitre, Marco Bellocchio (2019)

Plus informatif que réellement spectaculaire ou divertissant. Une reconstitution de l’attentat contre le juge Falcone impressionnante. Et des acteurs bluffants. Les scènes de confrontation son particulièrement savoureuses. Le bon point, c’est qu’on échappe à tous les clichés sur la mafia : Bellocchio dit un peu partout dans la presse que ce n’est pas un film glorifiant la mafia à l’américaine et c’est vrai que sur ce point c’est parfaitement réussi. Impossible pour autant de se passer d’empathie à l’égard du personnage repenti grâce à qui le château de cartes s’effondrera, et même si on sent la volonté d’appuyer sur le côté beauf du bonhomme, la mise à distance n’est pas si facile à faire, voire même désirable. C’est toute la difficulté de montrer des personnages réels, et réellement détestable, à l’écran. Le mauvais point, c’est que c’est tout de même réalisé comme un film de télévision : laisser libres les acteurs pour qu’ils puissent s’exprimer, c’est bien, mais si on en donne trop, on ne maîtrise plus rien et c’est eux qui dirigent le film. Quand ils sont bons, au moins, ça passe.

Rotaie, Mario Camerini (1929)

Deux tourtereaux pris par l’urgence de survivre : résister à la tentation du jeu, de la convoitise de l’étranger, et retrouver les bonnes vieilles valeurs populaires.

Les quinze premières minutes sont magnifiques. Les deux amoureux échouent dans un hôtel, accablés par les dettes, osent à peine se regarder, se demandant comment survivre. Tout est affaire de regard, un peu comme trente ans plus tard dans le magnifique Eté violent de Valerio Zurlini. Le montage suit littéralement le langage des yeux : une situation, une atmosphère, un regard souvent hors champ, et hop, on montre ce qui est vu, et rebelote. On se passe ainsi pas mal d’intertitres, et en effet, en un peu plus d’une heure, le film n’en contient qu’une vingtaine. L’influence allemande, celle de Murnau tendance Kammerspielfilm (voire celui de L’Aurore, avec l’attrait pernicieux des lumières de la ville, le personnage tentateur) est évidente, même si on joue moins sur les décors : l’accent est mis sur la psychologie des personnages (on est loin de l’expressionnisme, si le jeu est plein d’intensité, on est dans une veine beaucoup plus naturaliste, voire stanislavskienne) et la caméra est parfois virevoltante sans jamais toutefois tomber dans des excès.

Le cœur du film est peut-être moins convaincant. Le jeune délaissant sa belle, accaparé qu’il est par ses gains, puis ses pertes, au casino ; et la belle voyant fatalement le bellâtre rôder autour d’elle. C’a au moins le mérite d’être vite expédié et d’être efficace. Même en Italie, 1929 semble avoir été un cru exceptionnel pour le muet…

Terror in a Texas Town, Joseph H. Lewis (1958)

Il suffit parfois de voir un très mauvais film pour prendre conscience de la difficulté d’en réaliser un. En dehors du scénario (Dalton Trumbo, avec cette amusante et symbolique histoire de harpon, arme et image inattendue d’un type de pionniers bien réels dont on parle assez peu dans le mythe de far west), rien ne marche : aucun rythme (c’est outrageusement lent, et pas une lenteur pour instaurer une atmosphère, c’est lent parce que la direction d’acteurs est inexistante et parce que les acteurs semblent attendre presque des indications ou pire qu’on leur souffle leurs répliques) et une caméra posée façon TV, apathique, incapable de saisir les évolutions dramatiques dans une scène (faut dire que sans un réel metteur en scène pour guider les acteurs et souligner ces avancées, ça n’aide pas non plus) si bien que tout est joué avec la même intensité (le tueur à gages est particulièrement mauvais à jouer toujours en dessous), la même humeur. En revanche, c’est amusant, on retrouve certaines des bonnes idées dans l’histoire qui feront le succès d’Il était une fois dans l’Ouest (le riche propriétaire, l’homme de main qui assassine froidement le pauvre propriétaire assis sur « une mine d’or », l’enfant face au tueur, la putain blasée mais ferrée cette fois aux pieds du tueur…). Je suis pas sûr que le harpon ait pu faire plus recette que l’harmonica en revanche.

Dracula : Pages From a Virgin’s Diary, Guy Maddin (2002)

L’alliance « Dracula + ballet + film muet » était ambitieuse, mais tout l’éventail d’effets de scénographie déployé avec emphase se révèle assez peu cinématographiques. On retrouve la même volonté de renouer avec le cinéma muet de frères Quay (tout ce petit monde est d’ailleurs distribué en France par ED distribution), doublé en plus ici d’une autre gageure relevant de l’impossible : filmer un art qui à ma connaissance n’a jamais été bien rendu à l’écran, le ballet (en dehors peut-être de West Side Story). Le résultat est plutôt déconcertant et se révèle surtout assez peu cinématographique. Guy Maddin s’y prend comme un manche pour réaliser le ballet allant le plus souvent jusqu’à user de plans américains pour montrer les danseurs en action, et surtout multiplie bien trop souvent les changements de caméra ou d’inserts pour faire oublier qu’il est en train de filmer un ballet. On a le plus souvent l’impression d’assister à une captation télévisée rehaussée d’effets « faisant cinéma » et plus spécifiquement cinéma muet. En dehors de ces problèmes inhérents au caractère protéiforme du film, on assisté sur l’écran à tout ce qui pose problème quand vient à retranscrire un ballet par des images et du son : l’absence de réelle direction d’acteurs, des acteurs certes très bons danseurs mais qui n’exprime pas grand chose, un montage un peu perdu qui coupe dans la choucroute (ou les gousses d’ail), et surtout une musique (Mahler pourtant) purement décorative semblant venir en dernier recours sur le reste. Il faut toutefois remarquer le travail exceptionnel des danseurs, une scénographie magnifique, et surtout un sujet qui se prêtait parfaitement au ballet (et supposément au cinéma muet).

Journey Into Light, Stuart Heisler (1951)

Sorte de néoréalisme bigot surligné par violons et trompettes. Assommant. Sterling Hayden en impose, mais quel acteur médiocre…

Thirst, Park Chan-wook (2009)

Sous-titré Curé de jouvence… Sérieusement, la mise en scène est brillante, ça fout des grues à tous les étages sans jamais donner la nausée. En revanche, on frôle la crise de foie côté écriture, elle aussi découpée à la grue. Je vais finir par penser que le personnage principal d’un film, c’est l’unité d’action. Celui-ci en est dépourvu, c’est du baroque dense et foisonnant, touffu et indigeste. Ça part bien trop dans tous les sens pour qu’on puisse se concentrer sur une problématique bien définie, et ça récupère bien trop d’éléments venus d’ailleurs qu’on cherche à maintenir artificiellement en vie à force de transfusions incessantes et de greffes improbables qu’il faut presque goutte que goutte arriver à faire tenir. Le tout donne une œuvre morte, boiteuse, flasque, une créature de Frankenstein qui erre sans jamais savoir où aller et qui trouve finalement sa parfaite définition dans l’image de fin : deux corps consumés mis à jour se répandant en poussière.

The Tall Target, Anthony Mann (1951)

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Das Stahltier, Willy Zielke (1935)

Objet filmique très étrange semblant parfois un peu perdu du muet avec une certaine fétichisation des bécanes à vapeur. On croit réellement voir lors des scènes dramatisées au présent un réalisateur de documentaire s’essayer à la fiction et se trouver complètement perdu face aux acteurs. Pourtant le sujet est sympathique : un ingénieur rendant visite à des cheminots, et qui sympathisant leur raconte les différentes étapes de l’évolution des machines jusqu’à celles sur lesquelles ils travaillent aujourd’hui. L’ingénieur, d’abord un peu gauche, ne semblant pas être à sa place, renverse… la vapeur, et devient maître à bord, avec une seule volonté, partager sa passion pour l’histoire de ces vieilles bécanes. Ces séquences joliment fraternelles entre des personnages de différentes classes sociales jurent sans doute un peu avec ce qu’on attendait alors sous le régime propagandiste nazi. Pourtant, si le film a été interdit, c’est pour une autre raison : dans ses flashbacks historiques, les inventeurs et l’industrie d’outre-manche étaient un peu trop glorifiés… Ben, ouais, mais en même temps… Le plus étrange peut-être, c’est que tout d’un coup lors de ces séquences de fiction documentée digne des pires soirées d’Arte, le film trouve un souffle nouveau. Les reconstitutions sont épatantes surtout, et rien que pour ça, ce serait peut-être un film à montrer à l’école ou à tous les amoureux… de trains électriques (dans la salle y a dû en avoir un, qui ne manquait rien, et qui a dû filmer l’écran avec son smartphone pendant bien le tiers du film…). Une vraie petite curiosité… historique ou documentaire, plus réellement que cinématographique.

Les Lèvres rouges, Harry Kumel (1971)

Affreuse ambiance porno-chic tout du long et deux effets spéciaux usés jusqu’à la corde parce que le film ne tient qu’à ce fil : la voix langoureuse de Delphine, et les robes de Seyrig. Parce qu’à côté de ça, bon, le scénario est digne d’un giallo fauché, mais le pire c’est encore cette mise en scène refilée à un mauvaise élève de fac. Le montage est si mauvais lors de certaines séquences, les situations si mal dirigée, que c’en est franchement embarrassant.

Joker, Todd Phillips, (2019)

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Les Longs Adieux, Kira Mouratova (1971)

Après le visionnage de films plus récents, plus austères, bien trop expérimentaux pour moi, retour au début de sa carrière, et à des expérimentations plus mieux intégrées au récit. Le remarquable ici tient pourtant de la qualité et de la simplicité d’une histoire. Celle de l’amour d’une mère pour son fils. La peur de le voir partir rejoindre son père, sombrer peu à peu dans une dépression, ne pas céder au chantage pour le retenir, se retenir aussi de lui supplier de rester, et finalement craquer psycholiquement, nerveusement pour une babiole, où elle fait un peu honte à son fils, se ridiculise devant des centaines de spectateurs, et s’en foutre royalement parce que pour elle rien ne compte plus que son fils qui l’abandonne. Rien qu’à y repenser, ça met les larmes aux yeux. Quel dommage que Mouratova ait choisi par la suite de s’adonner plus à des expérimentations franchement trop chaotiques (ses acteurs qui gueulent dans un nombre incalculable de séquence m’ont donné la migraine).

Fando & Lis, Jodorowski (1968)

Le plus sans doute que je puisse encaisser de cet escroc. Et encore, ce que j’aime dans son film, on le doit sans doute plus à Arrabal dont j’ai vu le texte travaillé il y a de ça des années. J’avais une sympathie pour les personnages avant même de voir ce que Jodo en ferait. C’était absurde, surréaliste, touchant, et une alliance formidable dans laquelle l’un n’est rien sans l’autre. Jodo en a fait forcément un objet baroque fourmillant d’inventivité, d’expérimentations, et d’excès en tout genre. Il charcute Arrabal, dont il ne reste pratiquement rien, mais ce rien, c’est encore le plus poétique et le plus symbolique du film.

Psychomagie, Jodorowski (2019)

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Brèves rencontres, Kira Mouratova (1967)

Narration éclatée à la Woolf/Conrad, cadres et mouvements de caméra virtuoses (pouvant rappeler parfois Tarkovski, même si la comparaison est facile), une des plus vieilles histoires du monde (deux femmes pour un homme, mais sans opposition, en ne gardant que le meilleur ou presque, comme un cinéma impressionniste des instants fugaces de la vie, et dont le récit éclaté permet une surprise de taille : la cohabitation sous le même toit et en toute harmonie des deux femmes… sans leur homme). Du grand art. Cette Kira Mouratova est à découvrir.

Ad Astra, James Gray (2019)

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Once Upon a Time… in Hollywood, Quentin Tarantino (2019)

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Born to Be Bad, Nicholas Ray (1950)

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